France Reportage

Le tribunal condamne Alexandre Benalla et son « sentiment d’impunité »

Considérant son comportement comme « inadmissible et insupportable au corps social », le tribunal a condamné l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron à trois ans de prison, dont un ferme, dans les affaires des violences du 1er-Mai, du selfie armé et des passeports diplomatiques. 

Michel Deléan

5 novembre 2021 à 17h34

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Le jugement vient tout juste d’être prononcé. Dans la salle d’audience, les jeunes gens qui avaient été molestés le 1er mai 2018 place de la Contrescarpe et au Jardin des plantes s’étreignent avec de larges sourires. Dans le coin opposé, Alexandre Benalla, légèrement sonné, discute de longues minutes avec son avocate. Ce vendredi 5 novembre, la Xe chambre correctionnelle de Paris, présidée par Isabelle Prévost-Desprez, vient de condamner sévèrement l’ancien « monsieur sécurité » d’Emmanuel Macron et (dans une moindre mesure) son acolyte Vincent Crase, qui devront en outre verser des dommages et intérêts aux parties civiles.

Les peines prononcées comme les attendus du jugement constituent un camouflet pour les deux représentants du parquet de Paris – ceux-là même qui avaient tenté de perquisitionner Mediapart en marge de l’affaire Benalla –, dont les réquisitions à ce procès ont été très clémentes.

Alexandre Benalla quittant le tribunal judiciaire de Paris, le 5 novembre 2021. © Stéphane de Sakutin/AFP

L’ancien homme de confiance du président de la République est reconnu coupable de la plupart des infractions qui lui étaient reprochées, des « violences en réunion » à l’« immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique », en passant par la « détention et le port d’arme », le « recel » d’images de vidéoprotection policières, « l’usage sans droit » d’un passeport diplomatique, et le « faux » commis pour se faire délivrer un passeport de service.

« Au regard de la gravité des faits dont il est déclaré coupable, de la mission qu’Alexandre Benalla exerçait à la présidence de la République et de son comportement insupportable au corps social », le jeune homme écope d’une peine de trois ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi que de 500 euros d’amende, avec interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans, de détenir et de porter une arme pendant dix ans et confiscation de ses armes.

« Le sentiment d’impunité de M. Benalla est tel qu’il a cru bon de fournir des pièces problématiques au tribunal, qui se trouve en conséquence dans la difficulté pour procéder à l’aménagement ab initio de la peine d’emprisonnement ferme », lit la présidente. Faute d’adresse vérifiable, de contrat de travail ou de bulletins de paie, Alexandre Benalla devra donc effectuer sa peine d’un an ferme sous surveillance électronique, au domicile de sa mère, dans l’Eure, ont décidé les juges.

Le jugement fustige l’attitude d’Alexandre Benalla pendant l’instruction et lors du procès : il a « nié les faits », « refusé de reconnaître sa responsabilité pénale », et a « constamment mis en cause les déclarations des témoins, parties civiles, et évolué dans ses déclarations en s’adaptant aux éléments établis ».

« Ainsi, il a contraint à des investigations pouvant mettre en cause l’image de la présidence de la République, comme les perquisitions effectuées pour vérifier ses déclarations. Alexandre Benalla n’a pas hésité, dans le même ordre d’idées, à semer le doute sur les déclarations des membres de la chefferie de la présidence de la République, du secrétaire général de l’Élysée, du directeur de cabinet et du chef de cabinet de la présidence de la République, et ce bien loin de sa prétendue volonté de protéger l’institution Élysée », lit la présidente du tribunal.

Le jugement pointe également le « sentiment d’impunité et de toute-puissance » d’un Alexandre Benalla refusant d’aider à la perquisition de son domicile ou de restituer son téléphone portable aux enquêteurs, manœuvrant pour se faire établir des passeports ou s’en servir sans en avoir le droit, et donnant des « explications absurdes et irresponsables » sur l’affaire du selfie avec arme pris pendant la campagne de 2017.

Pour la journée du 1er mai 2018, il a profité de « sa proximité assumée avec le chef de l’État » pour s’immiscer dans le dispositif de maintien de l’ordre et jouer au policier avec son ami Vincent Crase, tous deux équipés d’une matraque télescopique et d’une arme à feu, et commettant des violences injustifiées. Comme l’ont déclaré de nombreux témoins, les nombreux CRS présents place de la Contrescarpe et au Jardin des plantes n’avaient aucun besoin de l’aide de Benalla et Crase, tranche le tribunal.

Ce 1er mai au cours duquel il a molesté plusieurs manifestants, Benalla a adopté « un comportement inadmissible et insupportable au corps social, jetant l’opprobre sur la fonction de policier », poursuit la présidente. Une fois le scandale révélé, c’est cette même proximité avec Emmanuel Macron qui amènera les commissaires Maxence Creusat et Laurent Simonin à lui remettre illégalement des images policières de vidéoprotection pour l’aider à se défendre, estime le tribunal.

Également reconnu coupable, le gendarme réserviste Vincent Crase est condamné à deux ans de prison avec sursis, ainsi que 500 euros d’amende, avec interdiction de porter et de détenir une arme pendant dix ans, et confiscation de ses armes.

Compte tenu de leurs états de service, les deux policiers sont pour leur part condamnés à des peines très symboliques, sans inscription au casier judiciaire : 5 000 euros d’amende pour le commissaire Creusat, trois mois de prison avec sursis pour le contrôleur général Simonin.

Alexandre Benalla peut faire appel du jugement. Il est par ailleurs cité dans deux enquêtes judiciaires toujours en cours : celle sur ses contrats russes et celle sur ses coffres-forts.

Michel Deléan


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