André Vallini accusé de harcèlement moral

Par et

Le sénateur de l'Isère, proche de Hollande, est accusé par une de ses anciennes assistantes de «licenciement abusif, discrimination et harcèlement moral». La décision des prud'hommes de Grenoble est attendue mi-février.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

André Vallini se serait bien passé de cette publicité. Proche de François Hollande, le sénateur socialiste de l'Isère le conseille sur les questions de justice depuis de longs mois, et fait figure de favori pour le poste convoité de garde des Sceaux, si la gauche l'emporte en mai. Mais, d'ici là, celui qui s'est rendu célèbre en présidant la commission Outreau, pourrait lui-même être condamné par un tribunal. En l'occurrence le conseil des prud'hommes de Grenoble, saisi par une de ses ex-collaboratrices pour «licenciement abusif, discrimination et harcèlement moral».

Les faits remontent à 2010: à l'époque, André Vallini, député de 1997 à 2011 (jusqu'à son élection au Sénat), décide de licencier B., 56 ans, avec qui il a travaillé pendant 18 ans. Depuis 1997, cette militante socialiste, ancienne élue de la petite ville de Tullins dont Vallini a été le maire, était une de ses assistantes parlementaires dans sa circonscription de l'Isère.

«Mais, avec ma collègue, on a commencé à être mises au placard en 2006, affirme B. André Vallini a détourné tout notre travail sur le conseil général. Petit à petit, on n'avait presque plus rien à faire. Et à partir de 2008, je n'ai plus vu du tout mon employeur, ni même reçu un coup de fil.» Commence alors, dit-elle, une longue descente aux enfers.

«On ne communiquait plus que par recommandés. J'ai alerté l'Inspection et la médecine du travail. La dernière année a été très violente. André Vallini a recruté une autre collaboratrice, beaucoup plus jeune pour superviser mon travail.» B. craque. Anti-dépresseurs, arrêt de travail. Les relations avec sa jeune collègue sont détestables. «B. a levé la main sur l'autre attachée parlementaire. Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase», affirme André Vallini. «C'est faux. J'ai élevé la voix, mais je ne l'ai pas giflée», répond B. Elle est finalement licenciée en juin 2010 et décide d'attaquer aux prud'hommes. «Je voulais que justice soit rendue», explique l'ancienne assistante qui demande trois ans de salaires de dommages et intérêts. «Contrairement à d'autres, ma carrière est derrière moi.»

André Vallini. © Reuters André Vallini. © Reuters
Malgré l'échec de la conciliation, André Vallini, lui, se dit «très serein». «Mon dossier est très solide. Les choses se sont détériorées progressivement, c'est un conflit du travail comme il y en a des milliers. Entre nous, le lien de confiance s'est rompu, et ce lien est essentiel dans le travail parlementaire.» Il argue aussi des propositions de nouvel emploi qu'il a soumis à B., et jure «ne pas lui vouloir du mal».

Il la juge «ingérable»: «Plus personne ne voulait travailler avec elle...», dit-il. Avant d'insinuer un complot politique: «On m'a rapporté qu'elle avait été vue en train de déjeuner avec des UMP locaux. Tout ça est cousu de fil blanc...» «N'importe quoi!, rétorque B. Ce sont des amis d'adolescence, c'est tout!»

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous

Nous avons été alertés il y a plusieurs mois sur les relations d'André Vallini avec des ex-collaborateurs. Au cours de notre enquête, nous avons eu connaissance en décembre dernier de la procédure lancée aux prud'hommes. Nous avons retrouvé B. et elle a accepté de témoigner mais préféré conserver l'anonymat.

André Vallini a été joint jeudi par téléphone, il nous a répondu vendredi. Son avocat, Jean-Michel Detroyat, par ailleurs élu au conseil municipal de Grenoble, a refusé de répondre à toute question, invoquant le «secret professionnel».