L’histoire du meeting fantoche de Valérie Pécresse

En août 2019, Valérie Pécresse organise le meeting le plus important de l’histoire de son parti, Libres!, à Brive-la-Gaillarde. Derrière la foule de 1 500 personnes se trouvaient des contingents entiers de faux militants rameutés depuis Paris et issus d’associations communautaires, selon notre enquête. Certaines de ces structures sont financées par la région Île-de-France, qu’elle préside.

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Il est des instants décisifs dans une carrière politique. La rentrée politique de Valérie Pécresse, le samedi 31 août 2019, est assurément de ceux-là.

Ce jour-là, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), la présidente de la région Île-de-France organise son premier grand rassemblement depuis qu’elle a quitté Les Républicains (LR) quelques mois plus tôt, au lendemain de l’échec du parti de droite aux européennes.

Valérie Pécresse en une du "Point", le 13 mai 2021.

Mme Pécresse veut désormais voler de ses propres ailes avec son mouvement Libres!. Elle « joue gros » à Brive, comme le souligne alors Le Figaro, dans un face-à-face à distance avec LR, qui réunit le même jour ses troupes à La Baule (Loire-Atlantique).

Valérie Pécresse monte sur scène à 15 h 15. Large sourire et pouces levés. « Nous sommes plus de 1 500 ! » Impressionnant : à l’autre bout du pays, les LR, malgré leurs moyens, ne sont que 400... « Si aujourd’hui vous cherchez des militants de droite, c’est ici que ça se passe ! », exultent les porte-parole de Libres!. Pari gagné. En façade du moins. Car, en réalité, tout cela relève d’une mise en scène habile.

En effet, selon une enquête de Mediapart, une bonne partie des personnes réunies le 31 août 2019 à Brive n’étaient pas des militants, ni même des sympathisants de Valérie Pécresse, mais des habitants de la région Île-de-France, membres ou issus des réseaux d’associations communautaires, invités tous frais payés à passer une journée en Corrèze.

Leur venue s’est faite par l’entremise d’associations (Fédération de Wallis-Futuna, Union des Serbes de France, Parti panafricain, mouvement d’opposition cambodgien, etc.) implantées en Île-de-France, la région que dirige Valérie Pécresse depuis 2015.

L’opération s’est déroulée sous la houlette de l’un des vice-présidents de Mme Pécresse, le puissant Patrick Karam, chargé de la vie associative et du sport, qui détient par ce biais un levier important sur les subventions régionales.

Plusieurs associations dont sont issus les faux « militants » mobilisés pour gonfler les rangs du rassemblement ont vu leurs subventions augmenter sous la présidence de Mme Pécresse.

Notre enquête vidéo :

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Parties de la gare d’Austerlitz, à Paris, à 6 h 38 du matin, des centaines de personnes ont été acheminées sur les lieux du meeting dans un train spécialement affrété pour l’occasion. Contactées par Mediapart, plusieurs d’entre elles se sont rendues à Brive pour profiter d’une journée à la campagne gratuite, transport et repas offerts, sans adhérer aucunement au programme et aux idées de Mme Pécresse.

D’autres, généralement à la tête d’associations, ont confirmé qu’elles avaient participé à l’excursion, en rameutant leurs troupes, dans l’objectif de s’attirer les faveurs de la présidente de région.

Questionnée sur cette situation par Mediapart, Valérie Pécresse répond qu’il « n’y a aucun lien entre le financement de ces associations [par la région — ndlr] et [s]on activité politique ». « D’ailleurs, ajoute l’élue, les associations que vous citez sont clairement apolitiques, mêlant des personnalités de droite et de gauche, financées pour certaines par l’État ou la mairie de Paris. »

« Il y a une étanchéité totale entre la région et Libres! », affirme aussi le directeur général du parti, Jean-Didier Berger. En ce qui concerne le financement de l’opération, M. Berger confirme que le mouvement « a pris en charge les transports et le casse-croûte des courageux qui se sont levés à 5 heures du matin pour venir dès le début de la matinée des débats politiques ».

Le vice-président Patrick Karam explique pour sa part qu’en tant que responsable de Libres!, il a « convié tous [ses] contacts et relayé auprès de [ses] contacts » l’invitation à participer au meeting de Brive. « Libre à chacun d’y répondre ou pas », ajoute-t-il, en précisant que « l’invitation mentionnait bien l’objet de la réunion politique ». 

D’ailleurs, toutes les « personnes qu[’il a] rencontrées avaient bien évidemment conscience de l’objet politique de la réunion », explique-t-il. Du fait de la distance entre Paris et Brive, « seuls les plus convaincus étaient présents », complète Patrick Karam. Ce qui paraît néanmoins contradictoire avec le récit de plusieurs invités.

Visuel diffusé par les équipes de Valérie Pécresse après le meeting. © Libres !

Dans l’intercités spécialement affrété, les membres des différentes associations se sont installés dans chaque compartiment, donnant au convoi une ambiance improbable.

« Franchement, j’étais dans le wagon, j’étais choqué. Je me dis : non mais attends, je suis où ? Je rentre, c’était l’ONU le truc », explique par exemple un membre* de la Coordination des Berbères de France (CBF), également mobilisée pour l’occasion. 

« C’était très, très coloré dans le train. Dans chaque wagon, on avait l’impression d’être dans un continent différent. […] Il n’y avait que des Chinois, puis que des Africains, que des Antillais, plein de Maghrébins… » Lui, de gauche, raconte être allé à Brive à la demande du président de la Coordination des Berbères : « C’est très tribal : il nous dit de venir, on vient, on ne se pose pas de questions. Dans les gens de la CBF, il y a de tout : des gens de l’UDI, de gauche, du PS… Ce qui nous rassemble, c’est notre berbérité. »

Le déplacement était d’ailleurs selon lui une opération de lobbying assumée : « On a demandé qu’il y ait une grande Maison berbère à Paris. C’est un projet qui nous tient vraiment à cœur. Que ce soit des gens de gauche ou de droite, on fait en sorte de passer nos idées et nos revendications. Le président nous a dit : “Parle de ça.” On avait des prospectus. Dès qu’on voyait des élus, on leur parlait de ça », raconte-t-il au téléphone.

Quelques heures plus tard, il a toutefois rappelé Mediapart pour ajuster son propos : son déplacement était en réalité lié à la « préparation d’un documentaire », un projet vague qui ne s’est toujours pas concrétisé, mais pour lequel il accumulerait des rushes « depuis 2005 ».

D’autres ont vécu ce rassemblement politique comme une balade à la campagne ou une sorte de rencontre d’associations franciliennes.

« De ce que j’ai vu, c’était plus une sortie de groupe, histoire de s’aérer. Il y en a peut-être qui étaient partis pour Mme Pécresse, mais sinon, honnêtement, je pense que la majorité y allait plus pour s’évader », confirme d’ailleurs sans détour une femme membre d’une association culturelle cambodgienne.

Un autre, également membre de la communauté cambodgienne, parle aussi d’une journée pour aller se balader à la campagne. Étranger travaillant en France, cet homme aimerait bien participer à la vie politique française mais n’a pas la possibilité de voter aux élections.

« Valérie Pécresse est contre le droit de vote des étrangers en France ? », semble découvrir un autre de ses compatriotes, qui doit aussi ignorer que la présidente de région a fait de la suppression de la solidarité transport aux sans-papiers un de ses combats.

Un autre Cambodgien installé en France, âgé de 41 ans, explique être allé au rassemblement « en observateur ». D’ailleurs, il ne saurait dire si Valérie Pécresse est de droite ou de gauche : « Personnellement, je n’ai pas fait de recherches. Je sais qu’au niveau du sport, elle peut nous aider. Je sais qu’elle est présidente d’Île-de-France, j’ai vu aux infos, j’ai vu ses discours sur BFM, mais je n’ai pas poussé les recherches sur les partis gauche/droite », répond-il avec franchise.

« Comme dans toutes les réunions publiques, les adhérents, les sympathisants, les curieux, les sceptiques ou les opposants ont le droit d’aller et venir », assume Jean-Didier Berger, de Libres!.

Toutes ces personnes disent avoir été sollicitées par Ton-Tona Khul, adjoint à la mairie de Villepinte (Seine-Saint-Denis) et candidat sur la liste de Valérie Pécresse.

M. Khul, qui travaille depuis plusieurs années en lien étroit avec Patrick Karam et participe à l’organisation du nouvel an lunaire à la région, confirme à Mediapart avoir activé les réseaux associatifs asiatiques pour les inviter à Brive. « La majorité sont quand même des soutiens de Valérie Pécresse », affirme-t-il. 

« Même si des personnes ne partagent pas les idées de Valérie Pécresse, elles partagent sa personnalité. Elle dégage quelque chose de respectueux. […] Nous sommes membres d’une communauté asiatique, donc on respecte la personne avant tout », abonde un autre associatif.

Une partie de la délégation cambodgienne a aussi été mobilisée via l’antenne française du CNRP, la principale force d’opposition au dictateur Hun Sen, qui règne sur le pays depuis 1998.

Vice-présidente du CNRP pour l’Europe, Kanika Lim explique que son parti « sensibilise d’une manière générale le gouvernement français » sur la situation politique au Cambodge, largement occultée en France. « On sensibilise toutes ces personnes [comme Valérie Pécresse – ndlr]. C’est pour cela que c’est important d’aller les voir. »

La militante se félicite aussi que « Patrick Karam [ait] fait beaucoup pour le Cambodge ». Par exemple ? « Je ne le dirai pas (rires) », élude-t-elle.

Un autre parti s’est activement mobilisé pour gonfler les troupes pro-Pécresse. On ignorait jusqu’ici que l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy soit proche du CRI-Panafricain, mouvement de « protestation contre la recolonisation de l’Afrique », qui prône la « révolution démocratique et pacifique »

Son président Abel Naki confirme à Mediapart avoir « contacté plusieurs dizaines de personnes pour pouvoir venir à Brive-la-Gaillarde » : « On a fait un recensement, on s’est donné rendez-vous à la gare. Le voyage a pu se faire. »   

Cet Ivoirien explique avoir été sollicité par un de ses compatriotes, qui « est huissier au niveau du cabinet de Mme Pécresse ». Comment a-t-il ensuite convaincu ses adhérents de participer au rassemblement ? Tout d’abord en leur disant « que les personnalités que le [mouvement suit] militent pour un rapprochement de la France et de l’Afrique ».

Mais surtout en rappelant que Valérie Pécresse « est présidente de l’Île-de-France ». Or, « la majorité de nos compatriotes sont en Île-de-France », rappelle M. Naki. « Quand on sait que ces communautés ont très souvent des besoins dans leur vie quotidienne… Ça les intéresse aussi. […] Ça peut être du logement, ça peut être des aides au niveau du transport, ça peut être dans l’activité salariale… Ça, ça peut les intéresser à suivre la personne. C’est ce que nous mettons très souvent en avant, c’est un élément qui se vend bien. »

Même motivation pour Armand Kipré, président de l’Alliance nouvelle des ressortissants de Bogbam (un village de Côte d’Ivoire) en France. « C’était surtout pour lui demander une contribution pour les écoles […]. Cela peut être des ordinateurs, des livres… », détaille-t-il, en indiquant avoir fait déplacer une « vingtaine » de membres de son association.

L’Union des Serbes de France présente le meeting comme un partenariat avec la région

Sur place, Valérie Pécresse lui aurait déclaré, selon son récit, qu’elle « était prête à [les] aider, mais qu’il fallait qu’[ils] prenn[ent] rendez-vous ». Depuis, Armand Kipré indique qu’il a essayé, en vain, « d’appeler son protocole pour obtenir un rendez-vous ». « Ça viendra un jour… », espère-t-il encore aujourd’hui.

« Aucune association n’était représentée à Brive. Uniquement des personnes physiques, libres de venir ou non », insiste le délégué général de Libres!, Jean-Didier Berger.

Sur son compte Facebook, l’Union des Serbes de France a pourtant carrément présenté le déplacement de plusieurs de ses membres au rassemblement du parti de Mme Pécresse comme le fruit d’un « partenariat » entre l’association et la région Île-de-France, qui n’a pourtant rien à voir, en théorie, avec le meeting de Libres!.

« Invités par la présidente de la région et son vice-président Patrick Karam, les membres de l’Union sont invités à être présent et à débattre sur des questions telles que la fragmentation politique de la région Île-de-France », a commenté l’association, qui s’est vu attribuer, en 2017, 2018 et 2019, 15 000 euros de subvention par an de la part de l’exécutif régional.

Un femme membre de la communauté serbe présente au meeting explique clairement à Mediapart que « non », elle ne soutient pas Valérie Pécresse.

Le président de l’Union, Djuro Cetkovic, qui insiste sur la nécessité de représenter sa communauté auprès de tous les camps politiques, relativise pour sa part la participation de son association : « On n’était pas beaucoup, on était cinq-six, et puis c’était organisé par je ne sais pas qui d’ailleurs. » « Le train était loué par la campagne de Valérie Pécresse. C’était tout le train, personne n’a payé je pense », complète-t-il ensuite.

La présidente de région Valérie Pécresse au meeting de Brive, le 31 août 2019. © Diarmid COURREGES / AFP

Lorsqu’on contacte les membres des associations, il n’est parfois pas rare que les personnes donnent des versions contradictoires. Il en est ainsi des membres de Civica, qui regroupe les élus portugais et d’origine portugaise en France. L’association s’est vu attribuer 20 000 euros de subvention régionale en 2018 (pour une fête sur l’entrée du fado au patrimoine mondial de l’Unesco), 30 000 euros en 2019, puis 5 000 euros en 2020.

Contactée, une militante de cette association présente à Brive explique que « les personnes qui se sont déplacées sont celles qui adhèrent aux idées de Valérie Pécresse ». Mais, un autre membre de la délégation livre une autre version quelques instants plus tard : « De mon point de vue, ce n’était pas tant que ça politique, […] je pense que c’était vraiment plutôt un échange en fait. »

Même incohérence au Crosif, le Comité régional olympique et sportif d’Île-de-France, avec lequel travaille étroitement Patrick Karam, en tant que vice-président de la région.

Sur Facebook, un dirigeant du Crosif présent à Brive a posté, le jour de l’événement, une photo d’une dizaine de personnes avec le commentaire suivant : « Valérie Pécresse est venue saluer la délégation du Comité Régional Olympique et Sportif Île-de-France dès son arrivée à Brive-la-Gaillarde pour sa rentrée politique. »

Questionné par Mediapart, il indique finalement qu’il n’y avait pas de « délégation » du Crosif, qui est « apolitique ». « On a des relations particulières avec le conseil régional, qui finance certaines de nos actions. Donc beaucoup de gens ont adhéré à la démarche de Valérie Pécresse », précise-t-il.

Sur place, beaucoup, à commencer par les journalistes dépêchés pour couvrir l’événement, n’ont vu que du feu à l’opération pour inviter des centaines de personnes. Et ce principalement pour une raison logistique : le rassemblement se tenait dans le parc des Perrières – mis à disposition de Valérie Pécresse par le maire de Brive Frédéric Soulier, un de ses soutiens.

L’espace boisé avaient été savamment agencé pour l’occasion, avec un chapiteau central de taille modeste, que l’on remplit facilement, pour les prises de parole devant les caméras. Pendant que le reste des invités pouvaient se restaurer à l’écart tout en étant comptabilisés par l’organisation comme des participants au rassemblement.

Dans une vidéo diffusée sur son compte Facebook, un représentant d’une association tahitienne – qui déclare être venu soutenir la candidature de Valérie Pécresse à la « présidentielle 2020 » – explique, juste avant le début du discours de Mme Pécresse, que « les ultramarins, ils sont surtout là-bas », sur des tables à l’écart.

« On est 150 ultramarins à être venus », indique-t-il dans la même vidéo, en expliquant aussi que « 200 personnes sont restées à la gare », faute de place dans le train.

Promu délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer par Nicolas Sarkozy, Patrick Karam dispose d’un important réseau au sein des associations ultramarines. « Je suis investi dans la citoyenneté et l’associatif depuis plus de 35 ans, ce qui m’a amené à fréquenter beaucoup de responsables associatifs avant même mon mandat à la région », précise ce dernier.

En 2014, il fonde le Crefom (Conseil représentatif des Français d’outre-mer), dont il est encore aujourd’hui le président d’honneur. « Il a invité les associations ultramarines à Brive, mais on ne pensait pas qu’autant d’associations allaient répondre présent. On était bien embêtés », se souvient Jenny Hippocrate, amie de longue date de Patrick Karam, également impliquée dans le Crefom.

Selon elle, ce ne sont pas « 200 » mais « au moins 800 » personnes qui seraient restées bloquées à quai, gare d’Austerlitz. « Ils n’étaient pas contents ! Il y en avait beaucoup de la communauté malienne, des Antillais… Il y avait les associations d’Île-de-France. Soit Patrick Karam les finance en tant que vice-président au sport, mais c’était plus quand même des associations ultramarines. »

Jenny Hippocrate préside l’association Ensemble contre la drépanocytose, que la région Île-de-France subventionne, conformément à une promesse de campagne de Valérie Pécresse lors des régionales de 2015. « Depuis qu’elle est là, elle a déjà octroyé je crois 296 000 euros à l’association pour la santé, la prévention, la sensibilisation et la lutte contre la discrimination. La précédente région, c’était zéro, relève Mme Hippocrate. C’est pour ça, je me suis dit, je vais avec Valérie Pécresse, je la soutiens. » 

Mme Hippocrate s’est fortement impliquée dans la mobilisation pour Brive. « Évidemment, on ne va pas se voiler la face, il y en a qui étaient là pour partir faire une excursion avec des potes, etc. », admet-elle.

« Mais je pense que quand ils ont quand même écouté Mme Pécresse, sincèrement, ils ont été scotchés. Parce qu’elle a sorti des choses, elle était à mi-mandat à peu près, un petit peu plus, elle a dit tout ce qu’elle a fait. » « Et puis, ajoute Mme Hippocrate, au niveau des ultramarins, vous savez qu’on aime bien notre chanté nwel [fête traditionnelle aux Antilles – ndlr], elle finance notre chanté nwel. »

Au conseil régional, les versements réguliers de subventions importantes pour cette fête ont été, à plusieurs reprises, sources d’interrogations de l’opposition à Mme Pécresse. Tout comme la mise à disposition, en octobre 2019, par la région de son hémicycle, ainsi que de quatre salles rue de Babylone, à Paris, pour la tenue du conseil d’administration et de différents ateliers de la Fédération des entreprises d’outre-mer (Fedom), organisation patronale.

Comme l’avait révélé la Lettre A, la directrice générale du Fedom n’est autre que Samia Badat-Karam, épouse de Patrick Karam, également candidate sur la liste de Valérie Pécresse. « Rien ne s’opposait à cette mise à disposition », réagit le vice-président, en rappelant que la région « n’a prêté la salle qu’une seule fois alors que l’Assemblée nationale ou le Sénat l’ont fait très souvent. »

La Fédération des associations de Wallis et Futuna en France (FAWFF) a pour sa part amené « presque 40 » personnes à Brive, selon son président Tobie Maiau. Ce dernier, soutien de longue date de Nicolas Sarkozy puis de Valérie Pécresse, souligne que « Patrick [Karam] s’implique beaucoup pour l’association ».

Il indique aussi que la grande majorité des adhérents présents sur place sont favorables aux idées de la présidente de Libres! : « Sur les 40 personnes, je crois qu’il y a deux ou trois personnes qui ne soutiennent pas Valérie Pécresse. Je crois qu’elles sont de gauche, qu’elles sont venues à Brive parce que c’est moi. »

Plusieurs dirigeants du Codium, Collectif pour la défense des intérêts des ultramarins qui dispose d’un partenariat avec la région pour le financement de sorties loisirs, étaient aussi du voyage. Le président du collectif, Mickaël Lesquelin, y était, mais il précise que le Codium est « apolitique » et que les personnes ont participé au meeting à titre « personnel ».

L’attention portée par Patrick Karam aux ultramarins ne s’arrête pas là. En février 2021, à quatre mois des élections, la région a aussi relancé le dossier de la Cité des outre-mer, longtemps promise, jamais réalisée. « Merci @vpecresse de m’avoir chargé de créer au lycée Lazare Ponticelli à Paris la fameuse Cité des outre-mer, attendue depuis tant d’années par les ultramarins, la maison de la jeunesse et des sports », a alors tweeté Patrick Karam.

Dans un communiqué dithyrambique, le Crefom a immédiatement salué cette annonce. « Fallait-il l’entregent du vibrionnant vice-président de la région Île de France, membre fondateur et président du Crefom, Patrick Karam pour réveiller cette espérance tant repoussée de la Cité des outre-mer ? », a interrogé, le plus sérieusement du monde, le collectif dans son communiqué de presse.

Le ministère des outre-mer a pour sa part indiqué à La 1ère ne pas avoir été sollicité à ce stade du projet. Mais Patrick Karam a d’ores et déjà précisé que le conseil régional « financera intégralement les travaux dans [la] propriété régionale. Nous n’avons pas besoin de l’État, ni de la ville de Paris ». Surtout en période électorale.

Ancienne ministre du budget de Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse avait ravi en 2015 la présidence de la région Île-de-France, la plus grande région d’Europe, en promettant de mettre un terme « aux dérives de 17 ans d’une gestion opaque et clientéliste » de la présidence socialiste.

Ilyes Ramdani, Antton Rouget et Sébastien Bourdon


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