A La France insoumise, la démocratie interne fait débat

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Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon tente de mieux organiser ses groupes d'appui et lance un processus de consultation avant une convention prévue fin novembre. La direction, aujourd'hui non élue, va rester en place, et veut s'appuyer sur les 17 députés élus en juin. Mais des militants s'interrogent sur la démocratie interne.

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La France insoumise (FI) tente d’entrer dans l’âge adulte. Le mouvement, créé ad hoc en 2016 sur le programme et la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, doit aujourd’hui exister, vivre, se structurer, dans une période sans échéance électorale à court terme. Exister et vivre, La France insoumise sait déjà le faire, avec plus ou moins de bonheur : une université d’été réussie fin août à Marseille, un défilé à Paris le 23 septembre contre « le coup d’État social » honorable, des « casserolades » pour « réveiller l’oligarchie », le 30 septembre, peu mobilisatrices en revanche.

Jean-Luc Mélenchon avec les députés Michel Larive et Loïc Prud'homme, lors de la manifestation du 23 septembre 2017. © MJ Jean-Luc Mélenchon avec les députés Michel Larive et Loïc Prud'homme, lors de la manifestation du 23 septembre 2017. © MJ

Surtout, avec ses 17 députés à l’Assemblée nationale et le tribun qu’est Jean-Luc Mélenchon, le jeune mouvement – qui revendique plus de 500 000 membres ayant cliqué sur la plateforme et donné leur adresse électronique – a réussi à s’imposer dans l’espace politique et médiatique comme la seule force d’opposition audible à gauche. Entre un PCF en proie au doute en attendant son congrès en 2018 et un Parti socialiste en phase incertaine de réanimation, La France insoumise, réactive sur le terrain ainsi que sur les réseaux sociaux, incarne l'alternative au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Mais cette situation implique des interrogations et des obligations sur sa structuration. Fin août, à Marseille, Jean-Luc Mélenchon avait assuré que La France insoumise avait déjà répondu à nombre de questions : « Nous avons réglé tous les problèmes qui vont occuper les autres. Le problème du leadership est réglé. Depuis que nous avons 17 députés, le mythe selon lequel je suis un homme seul redevient un mythe. » Il avait enchaîné : « Nous avons réglé le problème du programme. Nous avons réglé le problème de la stratégie. » Ce jour-là, le député des Bouches-du-Rhône ajoutait : « Pas de blabla, du combat. Pas de discussions, plus d’actions. »

Le message était clair. Pourtant, les critiques sont présentes et argumentées sur le fonctionnement de La France insoumise, à la lecture des commentaires affichés dans la « boîte à idées » lancée au cœur de l’été sur le site du mouvement, et dont l’un des quatre thèmes est « Quelle organisation pour le mouvement ? ». Il s’agit de « recenser des premières idées d’organisation d’un mouvement politique novateur et collectif », précise le texte de présentation.

Sept cents contributions pour un demi-million de membres revendiqués

Quelle démocratie interne ? Qui décide ? Comment s’organisent et que pèsent les plus de 5 000 groupes d’appui officiellement recensés en France et à l'étranger, base de La France insoumise sur le terrain ? Autant de questions qui agitent, non pas l’ensemble des inscrits à la plateforme, mais les plus impliqués et militants. À ce jour, 700 contributions sont visibles sur ce thème. Bien peu en regard du demi-million d’Insoumis revendiqués, mais assez pour y entrevoir les failles, les écueils et les problématiques qui doivent être discutées dans le processus lancé en vue de la convention nationale de la FI. Elle devrait se tenir en région parisienne les 25 et 26 novembre.

« Aujourd’hui, La France insoumise est gérée par une petite caste autour de son leader dans la plus grande opacité », estime ainsi Gautier Weinmann, qui fut directeur de campagne de Jean-Pierre Carpentier, candidat insoumis dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. S’il ne remet pas en cause la constitution de l’équipe au cours des deux campagnes électorales – Manuel Bompard comme directeur de campagne et Charlotte Girard en charge du programme, notamment – , il ne se contente plus des courriels ou autres injonctions émanant de « la direction ». Comme d’autres, il ne veut pas entrer dans un procès d’intention, mais interroger la légitimité de la tête de pont de La France insoumise aujourd’hui et l'organisation de l'avenir. Et il n’est pas le seul à le faire.

« C’est le QG qui décide, nous n’avons que des directives », renchérit Roland Richa, ancien militant communiste, qui a créé un groupe d’appui à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il a abondamment contribué à la boîte à idées, relevant les zones d’ombre d’une direction non choisie par les militants et, selon lui, toute-puissante. « Aujourd’hui, des personnes parlent au nom de La France insoumise sans être élues. On ne peut pas être que de bons petits soldats. Nous sommes des citoyens jusqu’au bout », ajoute Patrick Nicolaon, référent d’un groupe d’appui à Cahors (Lot). Au nom de plusieurs groupes locaux, et à l’issue d’une journée de débat organisée localement, il a publié une contribution demandant une structuration du mouvement avec des délégués territoriaux, des moyens financiers et une existence associative.

Les questions du poids politique des groupes d’appui et de leur capacité à agir à l’intérieur du mouvement représentent, selon plusieurs Insoumis, un enjeu majeur. Notamment en regard de la charte édictée en 2016 : elle insiste sur l’obligation pour chaque groupe de ne pas dépasser 12 membres et d’être « constitué sur la base d’un territoire réduit (quartier, villages, cantons) et non à l’échelle d’une région, d’un département, d’une circonscription électorale ou d’une grande ville ». En outre, « aucun groupe ou rassemblement de groupes d’appui ne peut constituer de structuration ou d’outils intermédiaires à l’échelle d’un département, d’une région ou tout autre échelon en dehors de ceux décidés par le mouvement ».

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Dans la version initiale de l'article, des propos ont été attribués par erreur à Christian Mazet, responsable d'un groupe d'appui dans le Puy-de-Dôme (et non ex-candidat aux législatives). Il s'agit en réalité d'une citation d'un militant insoumis, autre responsable d'un groupe d'appui local. L'erreur a été rectifiée. Mes excuses à M. Mazet.