Urgences: la hiérarchie médicale snobe les paramédicaux en grève

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Depuis deux mois, les paramédicaux des urgences animent un mouvement social inédit. Pour leur répondre, Agnès Buzyn a fait quelques annonces… devant les médecins urgentistes, satisfaits par les annonces. Le vieux système du paternalisme médical perdure. Les paramédicaux, eux, pensent n’avoir rien obtenu, et appellent à durcir le mouvement.

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Jeudi 6 juin, la ministre de la santé Agnès Buzyn devait être au Sénat pour la présentation du projet de loi « Ma santé 2022 ». Mais à la dernière minute, elle a fait l’effort de se libérer pour s’exprimer devant les médecins urgentistes, réunis en congrès à Paris. Les paramédicaux du collectif Inter-urgences qui l’ont contrainte à bouleverser son agenda, étaient eux devant son ministère, ce même jour : un petit millier de personnes, venues de Paris, Saint-Nazaire, Bordeaux, Mulhouse, Lons-le-Saunier. Ils n’ont eu droit qu’à une entrevue avec son directeur de cabinet, dont il n’est « rien » sorti. Ils appellent donc à « durcir le mouvement ».

Ce sont ces paramédicaux – des infirmières et des infirmiers, des aides-soignantes et des aides-soignants – qui animent un mouvement social inédit aux urgences, depuis le 18 mars. Parti de Paris, il s’est répandu comme une tache d’huile dans 85 services sur l’ensemble du territoire.

6 mai 2019, Paris. Manifestation à l'appel du collectif Inter-urgences suite au mouvement de grève en France. © Pierre Michel Jean 6 mai 2019, Paris. Manifestation à l'appel du collectif Inter-urgences suite au mouvement de grève en France. © Pierre Michel Jean
Quelques médecins étaient présents à la manifestation, très peu. Maxime Gautier, médecin aux urgences de l’hôpital Lariboisière, à Paris, y était, car il soutient ses collègues paramédicaux « à 1 000 %. Leur action est remarquable, ils ne peuvent pas être méprisés comme ça, c’est terrible. Je suis triste que nos chefs de service, nos syndicats, n’aient pas plus porté leur voix ». Le médecin urgentiste Christophe Prudhomme, de la CGT Santé, était là aussi, et se moque de ses collègues restés au congrès à « manger les petits fours offerts par les labos ». Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France, est passé aussi : « C’est une contestation majeure, c’est historique que des personnels abandonnent leur poste de travail. Je les soutiens, de nombreux médecins les soutiennent. Les urgences sont devenues la variable d’ajustement d’un système de santé qui dysfonctionne complètement. »

La mobilisation a en effet pris un tour inédit, au cours du week-end de l’Ascension, avec les réquisitions par les forces de l’ordre, à leur domicile, parfois au milieu de la nuit, d’infirmières, d’aides-soignantes et de médecins du service des urgences de Lons-le-Saunier (Jura), en situation d’épuisement professionnel dans un contexte de grève dure, sans réponses.

Lundi soir, une grande partie des paramédicaux de l’équipe de nuit de l’hôpital Lariboisière a été arrêtée par des médecins. Le lendemain, sur France Inter, Agnès Buzyn s’est montrée critique : « En général, les soignants en grève viennent soigner avec un brassard pour assurer la continuité des soins. Là, ils se sont mis en arrêt maladie, c’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. » Le docteur Maxime Gautier, des urgences de Lariboisière, est pourtant prêt à attester de la réalité de leur pénibilité au travail : « Je les vois courir partout, s’excuser tout le temps, ils sont cassés en deux ! Et c’est très violent cette absence d’écoute, après deux mois de mobilisation. Mettre un brassard “en grève” ne sert à rien. S’ils me l’avaient demandé, je les aurais arrêtés plus tôt. »

Devant les médecins urgentistes, jeudi, Agnès Buzyn s’est montrée plus empathique : « J’entends votre colère, et à l’évidence je la comprends. (…) Je ne suis pas venue pour vous appeler à l’abnégation (…). N’ayons pas peur des mots : le quotidien est devenu insupportable pour beaucoup d’entre vous. » Vantant une nouvelle fois les effets à venir du projet de loi Ma santé 2022, en cours de lecture au Sénat, elle a aussi promis des mesures « plus immédiates ». Tout d’abord, une mission nationale est confiée au Conseil national des urgences hospitalières (CNUH) et au député LREM Thomas Mesnier. Sur le plan financier, pas d’enveloppes supplémentaires, mais des consignes données aux agences régionales de santé et aux directeurs d’établissement pour flécher des crédits vers les urgences.

La ministre de la santé communique beaucoup sur les 500 millions d’euros supplémentaires accordés aux hôpitaux : ils traduisent une légère hausse de l’objectif de dépenses d’assurance-maladie pour les établissements de santé, porté à +2,4 % en 2019, contre +2,2 % en 2018. En réalité, cet argent supplémentaire n’est pas suffisant pour combler l’augmentation des besoins : rien qu’aux urgences, la fréquentation augmente de + 5 à +10 % par an. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019 comprend en réalité un programme d’économies de 910 millions d’euros dans les établissements de santé. À ces établissements contraints de faire des économies, massivement endettés, la ministre demande donc d’accompagner, prioritairement, les urgences. Les autres services vont apprécier…

6 mai 2019, à Paris. Inès Gay, infirmière à l'hopital Lariboisière de Paris après la manifestions du collectif Inter-urgences. © Pierre Michel Jean 6 mai 2019, à Paris. Inès Gay, infirmière à l'hopital Lariboisière de Paris après la manifestions du collectif Inter-urgences. © Pierre Michel Jean
Deux promesses de la ministre s’adressent aux paramédicaux des urgences. La première répond en partie à leur première revendication : le versement d’une prime individuelle de risques, à la main des mêmes établissements sous contrainte budgétaire. Elle a aussi encouragé les médecins urgentistes à développer des protocoles de coopération, pour développer les délégations de tâches pour lesquelles les infirmiers recevront une autre prime.

Après leur rendez-vous avec le directeur de cabinet de la ministre, le collectif Inter-urgences était en mesure de chiffrer le montant de ces primes. « La prime de risque est déjà perçue par une partie des paramédicaux des urgences : on devrait gagner donc gagner 20 euros par mois… Quant à la prime pour les délégations de tâches, elle est de 100 euros », explique Hugo Huon, infirmier. Les personnels soignants des urgences en grève demandent eux une prime de 300 euros.

Agnès Buzyn n’a presque rien dit des deux autres revendications du collectif : des effectifs supplémentaires, et la réouverture de lits d’hospitalisation, la plupart des urgences étant débordés par des patients qui restent sur des brancards, faute de lits. « Sur les effectifs, ils renvoient vers les directions d’établissement, qui nous renvoient vers le national, constate l’infirmier Hugo Huon. Sur les fermetures de lits, ils ne sont même pas au courant de celles qui sont déjà en cours, en prévision de l’été. Ils n’ont pas travaillé. »

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