Ami des stars et des politiques, le patron du domaine corse de Murtoli passe en correctionnelle

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Paul Canarelli, propriétaire du luxueux domaine corse de Murtoli, où Nicolas Sarkozy séjourne régulièrement, doit comparaître mardi pour « violation de domicile, vol et dégradations », après s’être approprié une tour génoise du XVIIe siècle. Il est menacé par d’autres enquêtes.

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Paul Canarelli, 50 ans, est un hommes d’affaires à qui tout réussit. Fils d’un hôtelier prospère, il possède aujourd’hui, avec sa famille, des hôtels, des restaurants et des boîtes de nuit en Corse, et surtout le fameux domaine de Murtoli, près de Sartène. Un écrin de plus de 2 000 hectares, entre mer et montagne, rentabilisé par la location de bergeries de grand luxe qui se monnaient jusqu’à 6 000 euros la nuit. Lieu protégé, doté d’un golf, de plusieurs restaurants, d'une plage et de piscines privées, Murtoli est très prisé des grands noms du show-biz et de la politique (comme Christine Lagarde et DSK), ainsi que des banquiers, des grands patrons et de plusieurs avocats célèbres. Nicolas Sarkozy y a notamment séjourné à plusieurs reprises, et s’y est laissé prendre en photo en maillot de bain avec Carla Bruni, à l’été 2015, pour un reportage complaisant de Paris Match.

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Bénéficiant de puissants appuis sur l’île et le continent, Paul Canarelli compte notamment des relations dans les hautes sphères de la police, dont les ex-grands flics sarkozystes Ange Mancini, Alain Gardère, Bernard Squarcini et Roger Marion. Mais il a également des amis plus inquiétants dans certaines sphères du grand banditisme corse.

Ce mardi 10 juillet, Paul Canarelli doit comparaître devant la Xe chambre correctionnelle de Paris pour « violation de domicile, vol et dégradations », dans une affaire qui, pour être vieille de plus de dix ans, n’en est pas moins digne d’intérêt. Il est accusé d’avoir accaparé une tour génoise du XVIIe siècle située au milieu de son domaine, après avoir empêché sa propriétaire d'y accéder.

Le patron du domaine de Murtoli a fait changer les serrures de la demeure, l’a vidée de ses meubles et objets personnels, y a effectué d’importants travaux qui l’ont dénaturée, et l’a louée à des tiers (au prix fort), selon l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel signée par la juge d’instruction Claudine Enfoux le 30 mai 2017 (dont Mediapart a pris connaissance). En revanche, Paul Canarelli a obtenu un non-lieu pour les faits de « tentative d’extorsion par menace ou contrainte », dont il était également soupçonné.

Le domaine de Murtoli. © murtoli.com Le domaine de Murtoli. © murtoli.com
L’histoire commence en 2001, quand Anne de Carbuccia, une riche Corse qui a épousé un Italien, acquiert la « tour de Murtoli » pour un peu plus de 600 000 euros. Elle achète ensuite une parcelle de 50 hectares au même propriétaire, Paul d’Ortoli. Paul Canarelli voit la chose d’un mauvais œil, car il avait jusqu’alors un accord avec Paul d’Ortoli pour pouvoir louer la tour génoise, située au milieu de son domaine, à des estivants fortunés.

Paul Canarelli. © DR Paul Canarelli. © DR
Premier incident en juin 2005. Le plagiste employé par Paul Canarelli menace de tuer le chien d’Anne de Carbuccia, tandis que le patron de Murtoli crie qu’il va « tout faire sauter », « les jeter tous à la mer », qu’on lui a volé sa maison, et réclame un million d’euros pour que la famille puisse continuer à emprunter le chemin carrossable qui mène à la tour génoise, selon la plaignante.

À partir de juin 2006, Anne de Carbuccia ne peut plus accéder ni au domaine (le badge électronique ne fonctionne plus), ni à sa maison (les serrures ont été changées). Une longue liste de procédures judiciaires démarre alors au civil, lancées par l’avocat Jean-Pierre Versini-Campinchi pour le compte de la propriétaire évincée.

Au bout du compte, Anne de Carbuccia est confortée dans ses droits de propriétaire, mais une curieuse fuite d’eau a gravement endommagé sa propriété. En outre, des cloisons ont été installées, des fenêtres changées, le sol modifié, des meurtrières obturées, une terrasse extérieure aménagée, cela sans respecter les éléments anciens de la bâtisse originelle.

Quant à la plainte pénale pour « menaces, extorsion de biens et vol », déposée en 2008 au tribunal d’Ajaccio, elle suit un cours pour le moins tortueux. En janvier 2011, le parquet requiert le renvoi de Paul Canarelli en correctionnelle, mais, quelques mois plus tard, le juge d’instruction saisi rend un non-lieu. Il faudra que la Cour de cassation statue en juin 2013 et dépayse l'affaire vers Paris pour que le dossier reprenne vie.

Paul Canarelli est mis en examen en octobre 2014 et refuse depuis lors de répondre aux questions du juge d’instruction, usant de son droit au silence et dénonçant une procédure qui, selon lui, a été artificiellement relancée. Il est renvoyé en correctionnelle en mai 2017. Ce n’est là ni son premier rendez-vous avec la justice, ni le dernier.

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Sollicités le 6 juillet au matin sur leurs téléphones portables, Paul Canarelli et ses avocats, Mes Pierre Haïk et Philippe Dehapiot, n’ont pas donné suite.

L’accueil téléphonique du domaine de Murtoli m’a demandé d’envoyer un mail pour joindre Paul Canarelli.

Le directeur administratif et financier de Murtoli, Christophe Gay, m’a répondu ce qui suit par mail : « Monsieur, suite à votre mail de ce jour, je vous informe que Monsieur Canarelli est en déplacement jusqu’à mi-juillet. D’autre part, pour votre bonne information, nous avons donnés (sic) consignes à nos avocats que les dossiers en cours ne soient pas évoqués et nous attaquerons toutes personnes qui pourraient tenir des propos diffamatoires. Nous vous informons également que l’adresse de correspondance que vous avez utilisée est réservée strictement à notre clientèle et non aux autres demandes. Nous vous demandons donc de ne plus nous contacter par ce biais. Cordialement. »