Plaintes, menaces: l'enquête qui affole Omar Bongo et d'autres dirigeants africains

Par

Mediapart a récupéré plusieurs documents et recueilli des témoignages attestant la réalité des menaces exercées contre des avocats, des militants associatifs et des citoyens africains qui tentent, depuis deux ans, de faire prospérer devant la justice parisienne des plaintes pour «recel de détournement de fonds publics». Par exemple, cet avertissement téléphonique:

Ces plaintes visent trois chefs d'Etat africains et leur entourage. Il s'agit d'Omar Bongo (Gabon, ci-contre), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (Guinée-Equatoriale). Ceux-ci sont accusés d'avoir acquis illégalement un faramineux patrimoine en France. Une nouvelle plainte vient d'être déposée.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Déposer plainte contre des chefs d'Etat africains, comme Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (Guinée-Equatoriale), est une entreprise longue et périlleuse. Même en France. Mediapart a récupéré des enregistrements et recueilli plusieurs témoignages attestant les pressions et menaces physiques exercées contre des avocats, des militants associatifs et des citoyens africains qui s'y essaient. Depuis deux ans, ceux-ci tentent de faire prospérer devant la justice parisienne des plaintes pour «recel de détournement de fonds publics» visant les présidents Bongo, Sassou Nguesso et Obiang, ainsi que leur entourage.

 

L'objectif: découvrir les conditions dans lesquelles – et surtout avec quel argent – ils ont pu acquérir en France un faramineux patrimoine (appartements, hôtels particuliers, voitures de luxe...), estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros. Ils ont appelé cela l'affaire des «biens mal acquis».

 

Après deux premières tentatives infructueuses en mars 2007 et juillet 2008, l'ONG Transparence International, le groupement de juristes Sherpa et un citoyen gabonais, Grégory Mintsa, ont déposé une nouvelle plainte, le 2 décembre, pour «recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités», avec constitution de partie civile. La balle est dans le camp du tribunal de grande instance de Paris qui doit se prononcer sur la recevabilité de la plainte. Et, éventuellement, désigner un juge d'instruction.

 

Le dossier, manifestement, dérange. Depuis plusieurs semaines, une fabrique de la peur semble avoir été mise en branle pour éviter qu'il sorte. Car si les deux premières plaintes ont été classées sans suite par le parquet de Paris, au motif d'une «infraction insuffisamment caractérisée», une enquête préliminaire confiée à l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) avait toutefois permis de révéler, fin 2007, une série d'éléments troublants concernant les dépenses somptuaires des trois chefs d'Etat africains visés.

 

Benjamin Toungamani (ci-contre), 54 ans, est celui qui peut sûrement le mieux parler des pressions exercées en coulisses. Il est, dans l'ombre des annonces publiques et des communiqués de presse, l'un des principaux promoteurs des plaintes qui accusent les dirigeants africains. Lui est congolais. Il vit en France depuis vingt-cinq ans, n'est pas retourné dans son pays depuis le coup d'Etat de 1997 et travaille aujourd'hui à Orléans comme professeur en collège.

 

[Si la page s'affiche mal, cliquez ici]

 

Sa femme Béatrice, ancienne contribuable congolaise, avait participé en 2007 à la première plainte de Transparence International et Sherpa. Président de la Plate-forme congolaise contre la corruption et l'impunité, Benjamin Toungamani est un opposant déclaré au régime de Denis Sassou Nguesso, dont la fille, Edith, est l'épouse de son homologue gabonais Omar Bongo.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale
J'ai rencontré l'opposant congolais Benjamin Toungamani le mercredi 3 décembre au soir, à Orléans. L'avocat William Bourdon a été interviewé à son cabinet le lendemain. Quant à Grégory Mintsa, le plaignant gabonais, il a été joint au téléphone le même jour, le jeudi 4 décembre, dans la soirée.