Un remaniement pour préparer 2017

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Trois anciens d'EELV et le patron des radicaux de gauche entrent au gouvernement : le remaniement est censé préparer le terrain pour la présidentielle. La ligne, elle, ne change pas. « Ce gouvernement est cohérent », a justifié le président jeudi soir.

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Un remaniement pour préserver les chances de réélection de François Hollande. Le nouveau gouvernement de Manuel Valls, annoncé jeudi 11 février, vise d’abord à étouffer les concurrences à gauche, et principalement celle d’Europe Écologie-Les Verts. Après deux ans d’absence, trois écologistes intègrent l’équipe, dont la secrétaire nationale du mouvement Emmanuelle Cosse. Les radicaux de gauche, partenaires très fidèles de l’exécutif, sont récompensés avec également trois postes, dont deux ministères de plein exercice. Leur inamovible patron Jean-Michel Baylet entre au gouvernement (la liste complète du gouvernement se trouve sous l'onglet Prolonger).

Mais cet « élargissement de l’assise gouvernementale », dont s’est félicité jeudi le secrétaire national du PS Jean-Christophe Cambadélis, est largement un trompe-l’œil. Le président de la République, François Hollande, s'en est d'ailleurs à peine vanté jeudi soir, sur TF1 et France 2, lors d'un entretien télévisé. Il n'a même pas voulu faire croire qu'il avait emporté le soutien d'EELV, ou contribué à construire une nouvelle majorité de gauche, préférant parler de « personnalités ». « C’est un gouvernement qui doit agir, réformer, avancer. Il est élargi – j’ai voulu associer des écologistes, des personnalités – mais il doit rester dans une cohérence », a expliqué le chef de l'État.

« Je ne fais pas de calcul politique, a-t-il insisté, comme pour prévenir les reproches à venir. Il n’y a pas de marchandage. Je ne troque pas telle ou telle entrée au gouvernement contre tel ou tel renoncement. » « En revanche, sur le dossier de Notre-Dame-des-Landes », a-t-il prévenu, se contredisant aussitôt, François Hollande a annoncé un référendum local d’ici octobre sur le très contesté projet d'aéroport. En fonction du résultat, le projet sera maintenu ou abandonné. Mais il n'a précisé ni la question posée, ni le corps électoral concerné. Une bien maigre concession à Emmanuelle Cosse. Et le seul compromis possible avec le retour de Jean-Marc Ayrault au gouvernement.

L'entretien de François Hollande

L'intervention de François Hollande avait comme un parfum de fin de règne. Comme lorsqu'il a évoqué la réforme constitutionnelle votée mercredi à l'Assemblée mercredi, dont le sort ne dépend pourtant que de lui : « Je ne veux pas que la France soit suspendue à cette réforme de la Constitution. Les Français veulent que ça se termine. » Ou à propos de la lenteur des processus législatifs dont le président se plaint souvent : « Je respecte les règles dans la démocratie mais si cela ne tenait qu'à moi, ça irait plus vite. » Il a beau répéter qu'il « faut que ça bouge », cela devient de plus en plus difficile à croire.

Deux semaines après la démission fracassante de Christiane Taubira, remplacée par Jean-Jacques Urvoas, les grands équilibres du gouvernement ne sont pas modifiés : ce remaniement, contrairement à celui d’avril 2014, avec l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, ou à celui d’août 2014, avec le départ de Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, n’entérine aucun changement de ligne politique. Jeudi soir, François Hollande a d'ailleurs insisté sur l'importance de la réforme en cours du code du travail, « trop lourd, trop compliqué », et annoncé une nouvelle loi sur l'entrepreunariat, portée à la fois par Michel Sapin et Emmanuel Macron.

À Bercy, où se conçoit et se mène la politique économique, les ministres ne changent pas — Michel Sapin et Emmanuel Macron conservent leurs postes, tout comme leurs secrétaires d’État (Christian Eckert, Martine Pinville, Axelle Lemaire). Au ministère du travail, Myriam El Khomri garde son portefeuille : elle a simplement obtenu d’avoir une secrétaire d’État : Clotilde Valter, jusque-là secrétaire d’État à la simplification, sera plus spécifiquement chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Signe de la continuité, trois ministres en place depuis 2012 — c’est le cas de Marisol Touraine aux affaires sociales, Jean-Yves Le Drian à la défense et Stéphane Le Foll à l’agriculture.

Le principal changement, parmi les ministres socialistes, concerne le quai d’Orsay : Laurent Fabius, que François Hollande veut nommer à la présidence du Conseil constitutionnel, est remplacé par Jean-Marc Ayrault. L’ancien premier ministre (2012-2014) souffrait depuis son départ de Matignon d’être redevenu simple député : annoncé un temps à la présidence du Conseil constitutionnel, candidat déclaré à la présidence de l’Assemblée dans l’hypothèse où Claude Bartolone aurait remporté les régionales en Île-de-France, l’ex-maire de Nantes a finalement accepté de revenir au gouvernement sous la tutelle de Manuel Valls, en dépit de leur mésentente.

Ayrault, qui s’était opposé au gouvernement à l’automne sur la réforme fiscale, avant que son amendement ne soit censuré par le Conseil constitutionnel, pourra toujours se rassurer en soulignant qu’il devient numéro 2 du gouvernement dans l’ordre protocolaire. Surtout, au ministère des affaires étrangères, il dépendra bien davantage de François Hollande que du premier ministre. Cette semaine, l’ancien chef du gouvernement avait préservé toutes ses chances lors du débat à l’Assemblée sur la réforme constitutionnelle. Alors qu’il s’était opposé publiquement à la déchéance de nationalité, il a voté pour l’article 2 (et contre l’amendement d’un de ses lieutenants, le député Olivier Faure, qui proposait une peine d’indignité nationale).

27 décembre 2015. Ayrault tweete contre la déchéance de nationalité. © Twitter

Autre changement notable : le départ de Fleur Pellerin. Contestée à la culture (elle avait maladroitement avoué n’avoir pas le temps de lire des livres), elle est remplacée par Audrey Azoulay, la conseillère culture de François Hollande à l’Élysée depuis 2012. Issue de la même promotion de l’ENA que Pellerin (Averroès), ancienne numéro deux du Centre national de la cinématographie (CNC), elle est par ailleurs la fille d’André Azoulay, conseiller du roi du Maroc, Hassan II puis Mohammed VI.

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Cet article a été mis à jour jeudi à 21h30, après l'interview de François Hollande sur TF1 et France 2.