Eric Cesari, l'homme des «coups montés» de Sarkozy

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L'ex-directeur général de l'UMP est à son tour rattrapé par l'affaire Bygmalion. Installé par Nicolas Sarkozy dès 2007 aux commandes du parti, cet élu de Courbevoie, biberonné aux réseaux Pasqua, est depuis toujours l'un des fidèles exécutants des manœuvres politiques de l'ancien chef d'État.

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On le présente souvent comme l’homme de l’ombre de Nicolas Sarkozy. Il est surtout celui de ses manœuvres politiques. Éric Cesari, 55 ans, a été placé à l’UMP par l’ancien président de la République en 2007, d’abord comme directeur de cabinet, puis comme directeur général du parti. Un poste dont il a été officiellement écarté lundi 16 juin, pour être remplacé par Philippe Gustin, ancien ambassadeur de France en Roumanie et ancien directeur de cabinet de Luc Chatel.

« L'UMP a besoin d'une véritable césure par rapport à la gestion précédente, avait indiqué Alain Juppé la semaine dernière sur France Inter. Il est donc bien dans nos intentions de renouveler complètement l'équipe administrative et financière dès le prochain bureau politique. » Le « collège » composé des trois anciens premiers ministres qui dirige désormais l’UMP, aux côtés du nouveau secrétaire général Luc Chatel, doit présenter ce mardi 17 juin le nouvel organigramme du parti.

En qualité de directeur général de l'UMP, Cesari fut l’un des acteurs clés de la campagne présidentielle de 2012, même s’il ne figurait pas dans l'équipe officielle du candidat Sarkozy. « Il était de toutes les réunions », raconte à Mediapart un autre acteur de la campagne. Et c'est pour cette raison qu'il se retrouve à son tour embarqué dans l’affaire Bygmalion.

Eric Cesari. © Facebook/Eric Cesari Eric Cesari. © Facebook/Eric Cesari

Depuis la démission de Jean-François Copé, il est au centre de toutes les discussions des cadres de l’UMP. Alors que le directeur de cabinet de l’ancien patron du parti, Jérôme Lavrilleux, s’est livré à un étrange exercice de confessions médiatiques, lui est resté particulièrement discret. Et pour cause : celui que l’on surnomme « l’œil de Moscou » de Nicolas Sarkozy était le lien entre le parti et l’ancien président de la République. Toucher Lavrilleux, c’était atteindre Copé. Toucher Cesari, c’est atteindre Sarkozy.

« Cesari va faire croire qu’il était juste là pour s’occuper des serpillières et des balais », a attaqué le directeur de cabinet de Copé dans Le Point, avant d’ajouter : « La ventilation des comptes, ça s’est déroulé dans le bureau d’Éric Cesari avec Guillaume Lambert (l’ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy – ndlr) et quelques autres personnes. Je n’étais pas là. Une des personnes présentes m’a garanti qu’elle avait informé Nicolas Sarkozy. »

Lavrilleux n’en dit pas plus sur l’identité de cette mystérieuse personne. Tout ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que l’homme qui a informé pendant des années l’ancien président de la République sur le fonctionnement interne de l’UMP était bien Éric Cesari. « Tout le monde savait qu’il gardait les clefs de la maison pour Sarkozy, confie un ancien salarié de la rue de Vaugirard. Il se rendait régulièrement à l’Élysée pour prendre les ordres, y compris durant la campagne présidentielle. Il n’aurait jamais pris une décision importante sans en informer Sarkozy au préalable. »

Eric Cesari et Jérôme Lavrilleux. © Reuters Eric Cesari et Jérôme Lavrilleux. © Reuters

Entré en politique par le biais des réseaux Pasqua, le protégé de Nicolas Sarkozy semblait jusqu’alors intouchable. « C’est un homme de réseau qui sait très bien manœuvrer, explique un ancien cadre du parti. C’est pour cette raison qu’il a survécu aux épreuves et aux changements. » Patrick Devedjian (septembre 2007-décembre 2008), Xavier Bertrand (décembre 2008-novembre 2010), Jean-François Copé (novembre 2010-juin 2014)… Comme l’écrivent les journalistes Carole Barjon et Bruno Jeudy dans le livre Le Coup monté (Éd. Plon, 2013) : « Les secrétaires généraux passent, Cesari reste. »

« Devedjian avait beaucoup de mal à fonctionner avec lui, se souvient un collaborateur de l’actuel président du conseil général des Hauts-de-Seine. Il répétait qu’il ne pouvait rien lui confier, parce que ça remonterait aussi vite. » Aux dires d’un autre “ancien” de la rue de Vaugirard, Cesari avait également une « relation exécrable » avec Michel Bettan, l’ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand, passé depuis chez Havas Worldwide. « Bettan et Bertrand avaient pensé prendre le parti et y faire ce qu’ils voulaient, mais Cesari leur a rapidement fait comprendre que ça ne se passait pas comme ça. Sarkozy acceptait de confier le parti, mais le deal, à chaque fois, c’était de s’engager à ne pas toucher à Cesari. »

Plusieurs personnes interrogées par Mediapart décrivent le directeur général de l’UMP comme un « fainéant » qui « ne bosse pas beaucoup ». « À part la gestion du personnel, je ne sais pas exactement ce qu’il faisait », confie un ancien salarié du parti. « Il n’a jamais eu de premier rôle, ajoute un ex-responsable de la rue de Vaugirard. Il s’occupait surtout des tâches matérielles. » « Quand je l’interrogeais, il n’était jamais au courant de rien, se souvient un élu UMP des Hauts-de-Seine. On voyait bien que son vrai job, c’était d’aller voir Guéant et Sarkozy. »

« Mon rôle ici, c’est de laisser les portes ouvertes pour Sarkozy dans le cas où il déciderait de revenir en 2017 », a reconnu lui-même le principal intéressé aux auteurs du Coup monté. Qu’importe la direction de l’UMP, le directeur général du parti n’a toujours eu qu’un seul patron : Nicolas Sarkozy. Et la défaite du 6 mai 2012 n’a rien changé. Éric Cesari a continué à rendre des comptes rue de Miromesnil, comme il le faisait déjà à l’Élysée.

C’est d’ailleurs là-bas, dans les bureaux parisiens de l’ex-chef d’État, que le directeur général de l’UMP s’est employé à rassurer son protecteur sur sa non-participation à ce qu’il qualifie de « système Copé » : « Je n'ai jamais été dans le système Copé, je n'ai eu aucun échange de mails avec Bygmalion, et je ne mettais pas les pieds aux fameuses conventions », lui a-t-il indiqué, selon Le Figaro.

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été jointes par téléphone les 10 et 11 juin.

Compte tenu de la proximité d'Éric Cesari avec Nicolas Sarkozy et des futurs rebondissements de l'affaire Bygmalion, la plupart d'entre elles ont accepté de témoigner à la seule condition que leurs propos soient cités en “off”.

Également contacté par nos soins, Éric Cesari n'a pas retourné nos demandes d'entretien.