Centristes : l'Alliance... avec l'UMP?

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Seconde journée, dimanche, de l'université d'été de l'Ares - l'alliance républicaine, écologiste et sociale - à La Grande Motte. Objectif: rassembler au-delà des centres. Et surtout du côté de l'UMP, avec laquelle la rupture est loin d'être évidente.

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Ni Matignon, ni ministère. Jean-Louis Borloo l'a bien dit samedi soir, pendant un dîner avec les journalistes –beaucoup de confidences «off», nous étions pourtant une vingtaine à table: s'il est candidat à la présidentielle, ce n'est pas pour retourner dans un gouvernement de Nicolas Sarkozy. «J'aurais l'impression de trahir les électeurs», dit-il au premier jour de l'université d'été de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale (Ares). A moins que... à moins qu'il n'y ait pas de majorité sans les centristes, auquel cas, l'Ares pourrait réellement peser. Ce serait différent.

Jean-Louis Borloo a eu beau quitter l'UMP le 7 avril dernier, la rupture n'est pas totale. A La Grande Motte, en marge des divers débats menés sous un chapiteau qui a accueilli 2000 personnes selon Hervé Morin, 2800 selon Jean-Louis Borloo... et 1000 à peine, de l'aveu d'un membre de leur équipe de communication, les fidèles du patron du Parti radical donnent des mini-conférences de presse, à l'ombre des pins. Et mine de rien, multiplient les allusions à l'UMP. A commencer par Dominique Paillé: «Il faut déborder du centre : vers le centre gauche, en fonction des résultats de la primaire, qui ne satisferont peut-être pas tous les électeurs socialistes. Mais aussi vers l'UMP, où il y a des humanistes.» Lesquels? Il cite Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez (qui s'est récemment distingué en qualifiant l'assistanat de cancer de la société française). Et de joindre le geste à la parole. Quelques heures à peine après l'ouverture de l'Université d'été de l'Ares, et avant les discours d'Hervé Morin et de Jean-Louis Borloo, Dominique Paillé file à Nice, où on l'attend au meeting «anti-FN» de Christian Estrosi. «Il faudra vivre après 2012», ponctue-t-il.

Lui succède François Sauvadet : ex-président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée, membre de la direction nationale de l'Ares fondée le 26 juin et ministre de la Fonction publique depuis le remaniement... du 29 juin. Mélange des casquettes déroutant. Ou stratégique? Il pense déjà à l'entre-deux tours. «C'est d'ailleurs ce qui nous sépare de François Bayrou. Je crois à la vitalité d'un pacte majoritaire.» Pour les législatives? «Moi ce que je veux, c'est qu'on ait un groupe parlementaire qui soit renforcé, mon objectif est d'avoir 70, 80 parlementaires la prochaine fois», affirme sans détour celui qui sera chargé, pour l'Ares, des investitures. Si les députés Nouveau Centre sont rassemblés dans un groupe à l'Assemblée, les radicaux, eux, sont toujours inscrits dans le groupe UMP. Tous, même les quatre qui ont claqué la porte du parti cette année. «Les députés radicaux restent aux abris, c'est normal! A quelques mois d'une présidentielle et des législatives, c'est normal!», s'exclame François Sauvadet, avant d'ajouter: «Si on... pardon... si la majorité gagne la présidentielle, les législatives seront difficiles.» François Sauvadet se lève. Lui aussi sèche le discours des deux leaders de l'Ares (comme Hervé de Charette, l'un des quatre co-fondateurs, qui n'a pas daigné venir, fatigué des bisbilles entre Morin et Borloo). Direction sa circonscription, la Côte-d'Or, où il est député depuis 1993.

Les centristes se veulent aussi explicites que possible : s'ils ont un candidat à la présidentielle, c'est pour gagner. Lucides tout de même, ils envisagent leur défaite et la victoire de Nicolas Sarkozy. A la tribune, Hervé Morin: «Si nous ne sommes pas au second tour, nous pèserons dans une véritable coalition, dans un contrat de gouvernement.» Cette perspective réjouit moyennement certains militants. Mais eux aussi sont lucides. «Je ne supporte pas la manière de voir la société à l'UMP», admet Guillaume Fumanal, vice-président de la fédération Nouveau Centre du Vaucluse. Avant d'ajouter, pragmatique et résigné: «Une coalition, c'est inévitable.»

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