Financement des campagnes RN: le parquet demande un procès

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Deux ans après l’ouverture d’une information judiciaire sur le financement des campagnes du Rassemblement national en 2014 et 2015, le parquet de Paris a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de deux proches de Marine Le Pen – Frédéric Chatillon et Jean-François Jalkh –, et de son microparti, Jeanne.

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C’est la suite d’une première affaire dans laquelle le Rassemblement national (ex-FN) est déjà renvoyé en correctionnelle : l’enquête « Jeanne 2 », qui porte sur le financement des campagnes électorales du RN en 2014 et 2015, avait été ouverte en octobre 2016. Selon nos informations, le parquet de Paris a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de trois personnes physiques et morales dans ce dossier : Frédéric Chatillon, le microparti Jeanne et son secrétaire général Jean-François Jalkh, qui était alors vice-président du Front national.

Comme Mediapart l’avait révélé, cette information judiciaire avait été ouverte le 26 octobre 2016 contre X, pour « escroqueries », « recels d’escroquerie », « abus de biens sociaux », « recels d’abus de biens sociaux » et « blanchiment » de ces infractions présumées. 

Toutes les campagnes électorales du Rassemblement national entre 2012 et 2015 sont dans le viseur de la justice. La première enquête judiciaire, qui concerne les élections de 2012, a donné lieu en octobre 2016 au renvoi en correctionnelle du RN, de deux de ses dirigeants, de cinq proches de Marine Le Pen, ainsi que son microparti, Jeanne, et le prestataire de communication Riwal. La seconde enquête, ouverte le 26 octobre 2016, et portant sur les scrutins de 2014 (municipales, européennes et sénatoriales) et de 2015 (départementales), avait été close et transmise en octobre 2017 au parquet de Paris.

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national. © Reuters Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national. © Reuters

D’après nos informations, le parquet de Paris a requis le renvoi en correctionnelle de trois personnes morales et physiques dans ce dossier : Frédéric Chatillon, prestataire phare du Front national en 2012 avec son agence Riwal, du chef d’abus de biens sociaux ; Jeanne, le microparti de Marine Le Pen, du chef d’escroqueries, tentatives d’escroqueries et recel d’abus de biens sociaux ; et son secrétaire général Jean-François Jalkh, actuel président de la commission des conflits du RN, du chef d’escroqueries et tentatives d’escroqueries.

Dans ce dossier, les magistrats considèrent que le mode opératoire est le même que dans la première affaire – « Jeanne 1 », portant sur les campagnes du RN en 2012 – et ont donc clos rapidement l’enquête. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi soupçonnent un financement illégal de l’ex-Front national par Riwal, par le biais de services consentis au FN et à Jeanne : surfacturation, mise à disposition de locaux et d’auto-entrepreneurs, crédits fournisseurs, etc. Le but, selon les magistrats, était de majorer les dépenses électorales que l’État rembourse ensuite au FN et ses candidats. Dans le premier dossier, les juges estiment à 10 millions d’euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal.

S’agissant du dossier « Jeanne 2 », c’est un signalement du service anti-blanchiment Tracfin, le 9 juin 2016, qui avait déclenché ces procédures. Une série de flux financiers suspects avait attiré l’œil de la cellule de Bercy, qui a transmis à la justice des éléments portant sur la période de janvier 2014 à avril 2016.

Les enquêteurs avaient constaté que les flux impliquant Jeanne, Riwal et des sociétés gravitant dans l’entourage du RN (ex-FN) avaient explosé en deux ans. Ils avaient notamment mis au jour des flux créditeurs de plusieurs millions d'euros sur les comptes de Jeanne et de Riwal, mais aussi des flux débiteurs extrêmement importants.

« On sait très bien que ce dossier va suivre le même sort que “Jeanne 1”, à moins que les juges aient une illumination… », a relativisé Wallerand de Saint-Just, le trésorier du RN, joint par Mediapart mardi. Depuis le début de l’enquête, Marine Le Pen et son parti dénoncent une « persécution » et une « “affaire” éminemment politique ».

Une troisième enquête avait été ouverte le 9 novembre 2016, portant spécifiquement sur les campagnes régionales du FN en 2015 et le prestataire du FN, les Presses de France, successeur de Riwal, aux mains du trésorier de Jeanne, Axel Loustau.

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