Notre-Dame-des-Landes: le gouvernement ne sait toujours pas quoi décider

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La justice renvoie au 25 janvier sa décision sur les procédures d’expulsion des habitants historiques de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. La mobilisation des « anti-aéroport » grossit. Le gouvernement semble tétanisé.

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Les habitants historiques de la zone réservée pour y construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, devront attendre dix jours de plus avant de connaître le sort que leur réserve la justice. Mercredi 13 janvier, le tribunal de grande instance de Nantes a mis en délibéré sa décision concernant la procédure d’expulsion à l’encontre de onze familles et quatre agriculteurs vivant sur la zone d’aménagement différé (ZAD), dans la périphérie nantaise. Le jugement est attendu le 25 janvier. Le référé-expulsion a été déposé par la société Aéroport du Grand Ouest (AGO), filiale du groupe Vinci, et concessionnaire de la construction du futur aéroport, qui réclame leur expulsion immédiate, une astreinte journalière de 200 euros par dossier et la mise sous séquestre de leurs biens. Erwan Lemoigne, l’un des avocats des habitants, a déposé une question prioritaire de constitutionnalité pour atteinte au droit au logement et au droit au travail, au nom du droit à un procès équitable et de l’égalité de traitement devant la justice.

Quelques jours après une manifestation très suivie contre le projet d’aérogare (voir notre reportage), de très nombreuses personnes se sont rassemblées devant le tribunal, en soutien aux expulsés : 3 000 en fin de matinée selon les organisateurs – moitié moins, selon la police.

Reportage vidéo de Presse Océan devant le TGI de Nantes, 13 janvier 2016.


Au fil des heures, les prises de parole s’y sont succédé devant un grand nombre de gendarmes mobiles et de CRS équipés de lanceurs d’eau, selon des personnes présentes sur place. Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, et le sénateur EELV Ronan Dantec y ont pris part, ainsi que des militants de la confédération paysanne, du NPA, du parti de gauche. De son côté, Cécile Duflot, ex-ministre du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, fervent partisan de l’aéroport, a publié une lettre ouverte à François Hollande sur le site Reporterre : « Cet aéroport est désormais le funeste symbole du retard démocratique français, de l’arbitraire, et de la négation de l’écologie (…) Monsieur le Président de la République, faites un geste pour Notre-Dame-des-Landes : il est temps de renoncer à l’obstination dans ce projet. »

Le matin, le port de Brest a été momentanément bloqué par des opposants. À Rueil-Malmaison, devant le siège de Vinci, des militants ont déployé des banderoles : « Stop expulsions Notre-Dame-des-Landes », « Vinci ne vaincra pas ». D’autres rassemblements ont eu lieu devant des tribunaux, des préfectures et des mairies à Bayonne, Brest, Dijon, Caen, Carcassonne, Foix, Lyon, Poitiers, Quimper, Rouen et Tarbes, selon des occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Le collectif COPAIN, réunissant des agriculteurs et des occupants de la ZAD, annonce avoir mobilisé plus de 160 tracteurs pour effectuer des blocages et tenir des barrages filtrants. Une journée d’action est annoncée à Rennes samedi 16 janvier, plusieurs tracto-vélos – convois de tracteurs et de bicyclettes – s’organisent. Dix-neuf conducteurs anti-aéroport qui avaient participé à une opération de ralentissement sur le périphérique de Nantes la veille de l’audience doivent être jugés le 24 février, selon le journal Presse Océan. Leurs véhicules ont été saisis.

Plusieurs collectifs (COPAIN, ADEC, ACIPA, naturalistes en lutte…) appellent les opposants à se retrouver sur la ZAD, les 30 et 31 janvier, pour y conduire les travaux nécessaires aux occupants : débroussaillage, réfection de douches, installation de clôtures, montage d’une serre, signalisation des entrées… La vague de mobilisation pour la ZAD et contre l’aéroport qui s’était manifestée après la tentative avortée d’évacuation de force de la zone en novembre 2012 semble se reformer.

Sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2012 (JL). Sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2012 (JL).

Face à cette mobilisation croissante, l’exécutif reste silencieux sur ses intentions. Interpellé directement par les manifestants qui lui reprochent d’avoir brisé son engagement à ne pas laisser procéder à des expulsions tant que tous les recours juridiques des opposants n’auraient pas été jugés, François Hollande n’a toujours pas réagi. La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a concédé quelques mots de réaction lors de ses vœux à la presse mercredi matin : « Ce n’est pas par la force que l’on réglera ce dossier. Il faut que les nouveaux élus reprennent le dialogue. Que les élus locaux prennent leurs responsabilités. Je suis prête à aider à renouer ce dialogue mais je ne peux pas en être à l’initiative. » En 2007, lors de sa campagne présidentielle, Ségolène Royal s’était dite opposée au projet d’aéroport. Interrogée à ce sujet, elle répond : « Vous connaissez ma position, elle n’a pas changé. » Mais refuse de clarifier les intentions du gouvernement sur cet épineux dossier. Manuel Valls a plusieurs fois déclaré qu’il voulait évacuer la ZAD et lancer les travaux de construction. C’est lui qui a la main sur le dossier, selon le ministère de l’écologie.

Tout nouveau président de la région Pays de la Loire, Bruno Retailleau (Les Républicains) se moque de l’invitation à la discussion de Ségolène Royal : « C’est n’importe quoi, comme d’habitude. » Pour lui, « il y a eu une commission de dialogue et ça n’a rien donné ». À ses yeux, « si demain François Hollande renonçait à l’évacuation, la ZAD s’implanterait définitivement. C’est devenu un symbole. Je demande son évacuation ». Même au prix de blessés ou de morts, comme à Sivens en 2015, où un jeune manifestant, Rémi Fraisse, a été tué par les gendarmes ? « Mais si le chantage à la violence gagne, on risque d’entrer dans un cycle d’ultraviolence », répond le dirigeant de l’exécutif régional.

À dix-huit mois de la fin du mandat de François Hollande, le dossier de Notre-Dame-des-Landes devient un boulet politique pour les socialistes. Incapables de se décider sur le devenir de la ZAD ni sur l’utilité d’un projet d’aéroport vieux de quarante ans, ils nourrissent, du côté des opposants et des partisans du nouvel aérogare, une exaspération croissante et une tension réelle.

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