Philippe vivement interpellé lors d'un débat télévisé

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"A quel moment vous redescendez réellement sur terre?" : Edouard Philippe a été interpellé, parfois avec véhémence, mercredi soir lors d'un échange télévisé avec dix Français sur fond de "grand débat national" organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes".
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PARIS (Reuters) - "A quel moment vous redescendez réellement sur terre?" : Edouard Philippe a été interpellé, parfois avec véhémence, mercredi soir lors d'un échange télévisé avec dix Français sur fond de "grand débat national" organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes".

Pendant plus de deux heures, le Premier ministre s'est plié au jeu des questions-réponses lors de l'émission "La grande explication" (RTL-LCI-Le Figaro) avec une retraitée, un chef d'entreprise, un restaurateur ou encore un étudiant, dont certains n'ont pas mâché leurs mots.

"Je m'étais dit 'je viens voir le Premier ministre, je rentre chez moi avec son scalp ce soir', je vous le dis clairement", a lancé un restaurateur des Hauts-de-Seine âgé de 33 ans, coupant à plusieurs reprises la parole à Edouard Philippe.

Sur la question du pouvoir d'achat, au coeur des revendications des manifestants ces derniers mois, une des figures des "Gilets jaunes", Ingrid Levavasseur, a quant à elle appelé le Premier ministre à "redescendre sur terre".

"Ce que je vous demande, c'est de redescendre à la base, vous êtes loin de la base, vous avez déjà vécu un moment avec 1.000 euros dans votre vie avec des enfants à charge?", a-t-elle demandé. "Vous savez ce que c'est que la souffrance, d'être avec sa calculatrice dans un supermarché et d'être au centime près? De ne pas pouvoir payer la facture d'électricité ? Tout augmente ! Il est temps de faire quelque chose."

"Je reconnais, vous et moi aujourd'hui, on n'a pas la même vie, c'est un fait", a répliqué Edouard Philippe. "J'ai fait systématiquement ce que je croyais être utile, aller dans la bonne direction."

"La France est confrontée à des problèmes qui sont compliqués (...) notamment parce que tout le monde n'est pas d'accord sur ce qu'il faut faire pour les résoudre", a-t-il ajouté.

Quant aux violences commises lors de manifestations des "Gilets jaunes" et à l'amnistie réclamée par Ingrid Levavasseur pour des manifestants, "je ne suis pas là pour regarder passer les trains moi, je considère que lorsqu'il y a des actes illégaux qui sont commis, ils doivent être punis", a-t-il souligné.

"JE NE VAIS PAS M'EXCUSER"

Dans une ambiance nettement moins policée que lors des débats avec des citoyens auxquels il a participé depuis le début de la concertation le 15 janvier, Edouard Philippe s'est employé à expliquer point par point la politique gouvernementale.

Concernant la mesure fortement contestée de la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, le Premier ministre a déclaré qu'il n'allait pas "s'excuser" de l'avoir défendue et a réaffirmé qu'il l'"assumait".

"On pourrait au moins commencer par se réjouir" de la baisse du nombre de morts sur les routes, a-t-il estimé.

Sur l'école, "on essaie de mettre le paquet sur les petites classes" et le budget de l'Education nationale augmente, a-t-il fait valoir alors qu'il était accusé de "raconter n'importe quoi" sur le sujet.

Enfin, concernant l'abandon de la taxe carbone, dont la hausse a été l'élément déclencheur du mouvement de protestation le 17 novembre, le Premier ministre a indiqué qu'il n'était pas favorable à son rétablissement.

"C'était un débat intense, mais je ne l'ai pas ressenti comme violent", a réagi à la fin de l'émission Edouard Philippe, accusé lors des échanges "d'escroquerie intellectuelle". "Ce n'est pas anormal que ça soit intense, chacun parle de ce qu'il vit".

Depuis le début du "grand débat national", lancé officiellement le 15 janvier dans l'Eure, Emmanuel Macron comme Edouard Philippe ont participé à plusieurs rencontres - quasi exclusivement avec des élus et représentants d'associations pour le chef de l'Etat - dans plusieurs régions de France.

Cette grande concertation, qui se décline également en ligne et via des ateliers citoyens, doit s'achever le 15 mars et déboucher sur des "décisions concrètes" autour du 15 avril. Elle a été décidée par l'exécutif pour tenter de clore la crise des "Gilets jaunes", un mouvement hétéroclite qui réclame notamment plus de justice sociale et de démocratie participative.

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