La gestion Estrosi est une nouvelle fois étrillée dans un rapport

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Après le grand stade de Nice, les parkings et les comptes municipaux, la chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur vient de publier un rapport très critique sur la gestion des stations de ski du Mercantour par Christian Estrosi. La CRC pointe des «irrégularités».

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Et de quatre. En moins de deux ans, la chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur a publié quatre rapports critiques sur des entités contrôlées par l’ancien maire de Nice et actuel président de la métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi : le stade Allianz Riviera (juin 2015), la Semiacs, société d’économie mixte gestionnaire des parkings niçois (septembre 2015), la ville de Nice (février 2016) et les stations de ski du Mercantour (janvier 2017).

Le prince Albert et Christian Estrosi (à dr.), à Auron, en janvier 2016. © Photos issue du Jaguar Land Rover French Riviera. Le prince Albert et Christian Estrosi (à dr.), à Auron, en janvier 2016. © Photos issue du Jaguar Land Rover French Riviera.
Les deux premiers s’accompagnent de poursuites judiciaires. Le Parquet national financier s’est saisi du dossier du stade : une enquête préliminaire sur ce coûteux partenariat public-privé est en cours depuis mars 2015. Le parquet de Nice s’occupe, lui, de la Semiacs : une information judiciaire a été ouverte en décembre 2014 sur les malversations financières présumées commises par ses anciens dirigeants.

Le dernier rapport en date, sur la gestion du syndicat mixte des stations de ski du Mercantour, contrôlé par la métropole, a fait sortir Christian Estrosi de ses gonds, encore une fois. Sa réponse furibarde aux observations de la CRC s’étale sur 132 pages, pour un rapport qui n’en compte que 80. L’agressivité avec laquelle il a répondu, point par point, aux observations provisoires, a surpris les magistrats financiers.

La meilleure défense, c’est l’attaque. Christian Estrosi en a fait la démonstration le 18 octobre dernier en s’en prenant violemment à Élise Lucet, sur le plateau de Cash investigation (France 2), après la diffusion de l’enquête « Marchés publics, le grand dérapage » qui critiquait le financement du stade de Nice en se fondant justement sur le rapport de la chambre régionale des comptes. Le clash a été si rude que le producteur de l’émission, Premières lignes TV, a dû contrer point par point les accusations de Christian Estrosi.

Le président de la métropole fait preuve de la même virulence à propos des stations de ski du Mercantour. La CRC s’est penchée sur la gestion d’Isola 2000 et Auron, les deux stations de ski de la vallée de la Tinée, à une heure et demie de route de Nice. Les remontées mécaniques de ces deux stations de moyenne altitude sont gérées par le Syndicat mixte des stations du Mercantour (SMSM), au sein duquel la métropole a pris le pouvoir en 2012, à l’initiative de Christian Estrosi.

La présidence du SMSM est l’une des innombrables casquettes qu’il a tenu à conserver depuis son élection à la présidence de la région. Le sujet lui tient particulièrement à cœur.

Au-delà de l’opacité de ce syndicat, qui « ne respecte pas les obligations légales dinformation des élus et des citoyens », la principale critique émise par la CRC porte sur les « irrégularités dans la tenue des comptes », qui « compromettent leur fiabilité et leur sincérité ». Ce que réfute Thibault Pozzo di Borgo, l'avocat du SMSM : « Il n'y a ni faux chiffres, ni volonté de travestir la réalité. »

Les magistrats, qui se sont usé les yeux à remettre les comptes d’aplomb, ont pourtant fait apparaître un véritable trompe-l’œil. En apparence, les budgets des stations sont présentés comme excédentaires. Mais en réalité, les recettes des remontées mécaniques ne suffisent pas à équilibrer le budget du syndicat, fortement dépendant des aides versées par la métropole et le département des Alpes-Maritimes, qui constituent la moitié de ses ressources.

Le « vrai » budget d’Isola 2000 affiche un déficit de 4,4 millions d’euros en 2014, tandis que celui d’Auron s’élève à 5,1 millions. La station d’Auron, à 1 600 mètres d’altitude, souffre gravement du manque de neige depuis plusieurs années. Sa fréquentation a baissé de 17 % entre 2009 et 2014. Si Isola 2000 se défend mieux, l’avenir de ces petites stations de moyenne montagne, aux installations vieillissantes, pose question partout en France à l’heure du réchauffement du climat. 

« Contrairement à ce que laissent penser les comptes et les délibérations du syndicat, lactivité de gestion et dexploitation des domaines skiables se montre ainsi fortement déficitaire », note la CRC. Pour combler ce trou, la métropole verse 5,2 millions d’euros de subventions et le département 4,8 millions.

Les contribuables de Nice ou de Cagnes-sur-Mer ont-ils pour vocation de financer les forfaits des skieurs et les canons à neige qui arrosent les pistes de neige artificielle ? Certainement pas, disent les magistrats de la CRC, qui citent le rapport annuel 2015 de la Cour des comptes : « Il est impératif que le soutien public soit réservé aux collectivités qui acceptent de restructurer et de repenser leur modèle économique. Le contribuable ne peut pas soutenir des stations de ski qui sont dans lincapacité structurelle dassurer leur équilibre dexploitation. »

Christian Estrosi, lui, défend bec et ongles ses stations de sports d’hiver, qui constituent « un rouage essentiel de l’économie de montagne. Pour 1 euro dépensé en remontées mécaniques, 6 euros sont dépensés sur le territoire ». Ce discours enflammé, repris dans le rapport, répond aussi à une logique personnelle, politique et électorale. Car le Mercantour est le fief de l’ancien maire de Nice. Il possède un appartement de 128 m2 à Auron, où sa fille Laura exerce le métier de monitrice de ski à l’ESF.

Estrosi n’oublie pas que c’est dans cette circonscription qu’il a été élu député en 1997 et que le canton de Saint-Étienne-de-Tinée l’a porté en triomphe, en 2001, au conseil général, avec plus de 80 % des voix au premier tour. Ce n’est pas un hasard si la métropole Nice Côte d’Azur, sa création, s’étend de la mer jusqu’à la haute vallée de la Tinée, coupant en deux le département des Alpes-Maritimes. En mars 2014, Christian Estrosi a pesé de tout son poids pour faire élire Colette Fabron maire de Saint-Étienne-de-Tinée. Une inconnue qui a surtout pour caractéristique d’être la directrice de la société d’économie mixte des cimes du Mercantour, l’exploitant des remontées mécaniques d’Auron. Estrosi apparaît même sur la photo officielle du conseil municipal, sur le site de la mairie.

« Si Christian Estrosi choie autant les habitants de ces montagnes, cest aussi parce quils sont les instruments de sa rivalité avec son frère ennemi Éric Ciotti, le président du conseil départemental », observe le conseiller départemental (divers gauche) Jean-Raymond Vinciguerra. Tandis que Ciotti arrose les élus de la vallée de la Vésubie, Estrosi arrose ceux de la vallée de la Tinée. Un arrosoir dont les trous se sont encore agrandis depuis son accession à la présidence de la région. L’une des mesures phares de la nouvelle majorité a été l’octroi de 50 millions d’euros d’aides de la région aux stations de ski des Alpes du Sud, en novembre 2016.

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