Le ministre, la faiblesse du pouvoir, le poids des communicants

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Jérôme Cahuzac n'a pas hésité à user de tous les moyens de l'État pour tenter d'étouffer l'affaire de son compte suisse. Appuyé par les communicants de Stéphane Fouks, il aura su embarquer à sa suite l'ensemble du pouvoir, une partie de son administration et la plupart des médias.

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C’est la fin d’une stratégie de déni menée avec un rare aplomb. Depuis bientôt quatre mois, et la révélation le 4 décembre par Mediapart de son compte non déclaré en Suisse, Jérôme Cahuzac aura usé de toutes les ressources mobilisables par un ministre pour tenter d’étouffer l’affaire. Avant même la publication de ce premier article et alors que nous parvenions, après plusieurs demandes, à être reçus par le ministre, il nous annonçait sa détermination à combattre nos informations par tous les moyens.

D’abord en niant farouchement. « Je n’ai pas et je n’ai jamais eu de compte en Suisse, dois-je le répéter jusqu’à la Saint-Glinglin », nous disait-il. Ensuite, en menaçant de nous poursuivre (lire ici notre article). Puis, en faisant immédiatement entrer dans la danse le spin doctor Stéphane Fouks, grand spécialiste de la communication de crise. Enfin, en embarquant comme soutiens indéfectibles l’ensemble de son camp politique, du gouvernement et d’une large partie de la droite, Éric Woerth ayant à plusieurs reprises volé à son secours.

L’aplomb de Jérôme Cahuzac aura impressionné ses amis politiques et son assurance a désamorcé bien des curiosités journalistiques. Le travail de ses communicants aura achevé de contenir la plupart des médias… jusqu’au communiqué du procureur de Paris, ce mardi, puis l'annonce de sa démission acceptée par François Hollande.

Publié le mardi 4 décembre 2012 après-midi, notre premier article suscite d’abord une salve de démentis et de menaces. « Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie gravement diffamatoire », prévient le ministre sur Twitter. Dès le lendemain matin, le voilà sur RTL interrogé par Jean-Michel Aphatie, tandis que son avocat est au même moment sur Europe 1, interrogé par Jean-Pierre Elkabbach. Le message est le même : « Élucubrations délirantes. » Et une plainte est annoncée qui, à ce jour, n’a toujours pas été transmise à Mediapart…

Jérôme Cahuzac : "Ce qu'a écrit Mediapart est factuellement inexact" © rtl.fr

 

Mais le démenti qui marque est autre. Il a lieu ce même mercredi, l’après-midi, dans un lieu hautement symbolique : l’Assemblée nationale. Devant les députés, le ministre enfonce le clou : « Je n'ai pas, et je n'ai jamais eu un compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant. » Désormais, le ministre tient sa formule : il nie « en bloc et en détail ». Et il le fait savoir pas seulement sur les plateaux de télé, les radios et les journaux. Il s’est expliqué en tête à tête avec le président de la République, avec le premier ministre, avec la plupart des ministres ou des conseillers ministériels importants. Chaque fois, il a voulu montrer un homme blessé mais un homme droit, catégorique, incontestable.

Dans le même temps, ses avocats et communicants emmenés par Stéphane Fouks ont fait le travail dans les coulisses de la politique et des médias. Une stratégie simple : décrédibiliser une par une les révélations de Mediapart, faire la chasse à ses sources et tailler en pièces les rares témoins et acteurs apparus en public dans cette affaire.

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