Après l’attentat de Conflans, l’exécutif fait feu de tout bois

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Le retour de la loi Avia

Outre le renforcement de la sécurité des établissements scolaires et de leur environnement à compter de la rentrée du 2 novembre, l’Élysée a également annoncé réfléchir « sur la façon de protéger plus spécifiquement les enseignants et notamment de préserver leur anonymat sur les réseaux sociaux ». « Plus de 80 enquêtes ont été ouvertes contre ceux qui ont, depuis vendredi soir, de façon apologique, expliqué d’une manière ou d’une autre que ce professeur l’avait bien cherché, a précisé Gérald Darmanin. Des interpellations ont déjà eu lieu depuis hier. Jamais un gouvernement n’a mobilisé autant les moyens pour lutter contre cet islamisme rampant, celui des réseaux sociaux. »

Dénonçant la « responsabilité » de ceux qui ont participé au « lynchage public » de Samuel Paty, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a plaidé dimanche pour « une réponse absolument exemplaire sur ce sujet-là ». « Les choses ont démarré sur les réseaux sociaux et se sont terminées sur les réseaux sociaux », donc « on doit arriver à mieux les encadrer », a-t-il indiqué sur BFM-TV. Après avoir réuni les services de police pour lutter contre ce qu’elle appelle « le cyber-islamisme », Marlène Schiappa recevra mardi les responsables des branches françaises des principaux réseaux sociaux.

Durant le week-end, plusieurs ministres et membres de la majorité ont ressuscité la proposition de loi contre la haine en ligne, portée par la députée La République en marche (LREM) Laëtitia Avia, et censurée en juin par le Conseil constitutionnel, qui avait estimé que l’atteinte à la liberté d’expression n’était pas « proportionnée au but poursuivi ». Contrairement à ce qui a été affirmé par certains, dont Gérald Darmanin, ce texte ne comportait aucune disposition qui aurait pu permettre de poursuivre les auteurs des différentes vidéos visant Samuel Paty.

Ce qui n’a pas empêché ses défenseurs de s’engouffrer dans la brèche ouverte par des éditorialistes comme Christophe Barbier, selon qui « il faut relancer la loi Avia en changeant s’il le faut la Constitution ». « L’anonymat sur Internet permet tout et n’importe quoi, le pire de la nature humaine, a également souligné Jean-Michel Blanquer. Nous devons faire évoluer notre droit pour que ce soit possible d’en finir avec ce type de phénomènes. » Gabriel Attal a quant à lui précisé que le gouvernement travaillait à « un dispositif juridique de lutte contre la haine sur les réseaux sociaux ».

« Malheureusement, cette tragédie prouve que réguler les réseaux sociaux est nécessaire, a fait valoir Laëtitia Avia dans Le Parisien. Dès le discours du président sur le séparatisme aux Mureaux, nous avons repris nos travaux afin de trouver un mécanisme qui fonctionne. Et ce week-end, oui, il y a eu une accélération. Je travaille notamment à la rédaction d’articles sur la modération des contenus haineux et la façon de mieux identifier leurs auteurs. » L’Élysée a confirmé vouloir trouver « un équilibre » entre « le texte initial et la position du Conseil constitutionnel », sans donner plus de détails.

Depuis vendredi, bon nombre de responsables politiques, pour beaucoup issus des rangs de la droite et de l’extrême droite, sont montés au créneau avec de nouvelles mesures, certains, comme le patron des députés Les Républicains (LR) Damien Abad, allant même jusqu’à plaider, lui aussi, pour une modification constitutionnelle. « Il faut modifier la Constitution pour avoir une laïcité plus exigeante pour mieux pouvoir sanctionner ses atteintes », a-t-il indiqué dans Le Parisien, réclamant également la mise en place d’un numéro vert d’urgence pour les enseignants.

Un changement de constitution, c’est précisément ce que vise la proposition de loi adoptée lundi par le Sénat, contre l’avis du gouvernement. Inscrit à l’ordre du jour bien avant l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, ce texte, porté par la majorité LR et Union centriste (UC) de la chambre haute, a pour but de donner « un coup d’arrêt aux revendications communautaristes », comme l’expliquait l’ancien président LR de la commission des lois, Philippe Bas, au moment de son dépôt en février. La gauche sénatoriale avait réclamé son retrait temporaire par « mesure d’apaisement », estimant que l’actualité ne se prêtait pas à son examen.

À droite, l’assassinat terroriste de Samuel Paty a ouvert la boîte à propositions. « Il faut créer de nouvelles sanctions judiciaires pour celles et ceux qui s’en prennent au principe de laïcité et aux valeurs de la République », a avancé le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand. Sa collègue de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, a demandé la création de « cellules police-justice » pour que les enseignants et les élèves puissent faire des « signalements » en cas de menace. Souhaitant, comme Bertrand, un référendum pour « mettre au cœur de notre République une laïcité exigeante », le député LR Éric Ciotti a aussi profité de l’occasion pour remettre sur la table la question du port du voile pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires.

Comme à l’accoutumée, l’extrême droite n’a pas tardé, elle non plus, à s’emparer du sujet pour dérouler les classiques de son programme. Dès vendredi soir, Marine Le Pen a répondu au « Ils ne passeront pas », tweeté par Emmanuel Macron, par un : « Ils sont déjà là, jusque dans nos écoles. » Lundi, la présidente du Rassemblement national (RN) a donné une conférence de presse depuis le siège de son parti à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour demander « la mise en œuvre immédiate d’une commission d’enquête » sur l’attentat de vendredi et réclamer « une législation de guerre ».

Promouvant le nouveau slogan du RN – « Français, réveillez-vous » –, les élus d’extrême droite ont recyclé leur lien entre l’immigration et le terrorisme. « Qu’attend-on pour les mettre dehors ? Les Français veulent des actes, plus des mots ! », s’est par exemple énervé l’eurodéputé Thierry Mariani. Gérald Darmanin a d’ailleurs demandé aux préfets, qu’il a réunis dimanche en visioconférence, d’expulser dans les prochaines heures 231 personnes en situation irrégulière, et fichées pour radicalisation. « Je constate avec plaisir aujourd’hui que quand on s’en donne un minimum la peine on y arrive », s’est félicité le député LR Fabien Di Filippo. On arrive effectivement à sombrer dans les mêmes travers de la surenchère.

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