Macron-Sarkozy, Benalla-Djouhri: les étranges alliances du «nouveau monde»

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Pendant qu’Emmanuel Macron intensifie son rapprochement avec Nicolas Sarkozy, deux de leurs proches qui ont maille à partir avec la justice, Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri, se sont vus à plusieurs reprises ces dernières semaines.

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Voilà un parallélisme des formes qui a de quoi surprendre. Pendant que le président de la République Emmanuel Macron intensifie son rapprochement politique et personnel avec Nicolas Sarkozy, deux de leurs proches qui ont maille à partir avec la justice, Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri, se sont vus à plusieurs reprises ces dernières semaines.

L’ancien adjoint au chef de cabinet du président, Alexandre Benalla, plusieurs fois mis en examen dans l’affaire des violences du 1er mai, a fini par le reconnaître, dimanche 16 décembre, lors d’un entretien avec Mediapart. « J’ai rencontré Alexandre Djouhri, oui, plusieurs fois, et je suis très content de l’avoir fait », a-t-il déclaré, après avoir commencé par démentir l’information.

Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri. © Reuters Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri. © Reuters

Les deux Alexandre se fréquentent depuis le début de l'automne à Londres. Alexandre Djouhri est assigné à résidence dans la capitale anglaise depuis plusieurs mois, dans l’attente d’une éventuelle extradition (une « remise » dans le cas d'espèce) réclamée par la justice française dans l’affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy & Co. Ce dossier vaut déjà à l’ancien président français une triple mise en examen pour « corruption passive », « financement illicite de campagne électorale » et « recel de détournements de fonds publics ».

Alexandre Djouhri est un protagoniste clé de l’affaire libyenne. Les soupçons de la justice portent aussi bien sur une implication dans des montages financiers occultes ayant profité à l’ancien ministre Claude Guéant (lui aussi plusieurs fois mis en examen) que sur son activisme pour faciliter la fuite de France d’un acteur libyen central du dossier, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi, Bachir Saleh. 

Dans un rapport de février 2018 du Parquet national financier consacré à Alexandre Djouhri, dévoilé par L’Express, les magistrats notent que l'enquête judiciaire « démontre son implication centrale dans un réseau organisé de corruption, ayant agi en France comme à l'étranger ».

Alexandre Djouhri a formellement démenti ces faits lors d’un entretien téléphonique avec Mediapart, le 16 novembre dernier, avec des mots tout à lui : « Tournaire [le nom du principal juge d’instruction de l’affaire libyenne – ndlr], c’est le soupçon du soupçon que ma grand-mère a des couilles. » Il a aussi affirmé que Mediapart « faisait partie du complot » qui serait en action contre lui (et contre Nicolas Sarkozy), avant de conclure : « Avec un flingue ou un stylo sur la tempe, jamais je ne céderai. Il faut me tuer pour cela. »

Le quotidien Libération est le premier à avoir révélé, le 2 octobre dernier, l’existence d’une relation entre les deux Alexandre. L’information avait été niée catégoriquement par Alexandre Benalla, notamment auprès de Mediapart, qui l’avait rencontré dans le bar d’un hôtel du VIIIe arrondissement quelques jours plus tard.

L’information est pourtant vraie. Et face aux éléments accumulés par Mediapart ces dernières semaines, l’ancien collaborateur du président de la République a fini par le reconnaître. Alexandre Djouhri n’a quant à lui pas démenti l’information auprès de Mediapart, sans formellement la confirmer non plus. Il s’est contenté de dire : « Je suis un homme poli, je rencontre les gens qui le souhaitent, c’est tout. »

Les deux hommes ont, il est vrai, des connaissances communes. Mais d’après les éléments recueillis par Mediapart, Alexandre Benalla, qui nourrit une vraie fascination pour Djouhri, d’extraction populaire (comme lui) et ayant fréquenté les ors de la République (comme lui), est allé au contact de l’intermédiaire sarkozyste au culot, dans un célèbre restaurant japonais du quartier de Knightsbridge, à Londres.

Alexandre Djouhri, en bonne compagnie. © DR/Mediapart Alexandre Djouhri, en bonne compagnie. © DR/Mediapart
« Comme Libération avait écrit que j’avais rencontré Djouhri à une date où cela était faux, je l’ai effectivement fait pour qu’il y ait un soupçon de réalité à cet article », se justifie aujourd’hui Alexandre Benalla, de manière pour le moins alambiquée. Depuis, les deux Alexandre se sont vus à plusieurs reprises, au restaurant, dans un bar privé ou dans les salons d’un hôtel de prestige où Djouhri a ses quartiers.

À en croire ses déclarations à Mediapart, Alexandre Benalla dit avoir été convaincu par les explications d’Alexandre Djouhri sur sa supposée non-implication dans l'affaire libyenne.

Pendant que les deux Alexandre se voient, leurs anciens “patrons”, Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy, ont opéré quant à eux un spectaculaire rapprochement qui fait couler beaucoup d’encre depuis plusieurs jours. La dernière preuve en date : Nicolas Sarkozy a été le représentant officiel d’Emmanuel Macron, dimanche 16 décembre, pour la cérémonie d’investiture de la nouvelle présidente de Géorgie, comme l’a rapporté Le Parisien. L’information a depuis été confirmée par l’Élysée.

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron entretient des relations de grande cordialité avec son prédécesseur, qui ont pris une tournure politique ces derniers mois en dépit des nombreux embarras judiciaires de Nicolas Sarkozy. Mis en examen dans l’affaire libyenne, l’ancien président est également renvoyé devant le tribunal correctionnel dans deux autres affaires : le dossier Bismuth et le scandale Bygmalion

La presse a révélé ces derniers jours que Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron avaient déjeuné ensemble 48 heures avant l’allocution télévisée du président, durant laquelle il a annoncé un train de mesures pour calmer la crise des « gilets jaunes ». Certaines de ces mesures ont été directement inspirées par Nicolas Sarkozy.

Au sein de la Macronie, Alexandre Benalla n’est pas le seul point de contact dont Alexandre Djouhri peut se vanter. L’intermédiaire sarkozyste est aussi très proche de l’actuel secrétaire général du ministère des affaires étrangères, Maurice Gourdault-Montagne, qui l’avait fait inviter à une réception officielle en décembre 2017 à l’ambassade de France à Alger en l’honneur d’Emmanuel Macron, en déplacement en Algérie.

Entendu par les policiers anticorruption de Nanterre dans le cadre de l’affaire libyenne, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait confirmé que c’était le numéro 2 du Quai d’Orsay qui avait insisté pour que Djouhri soit invité à la réception avec Macron.

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