Affaire «Avenir lycéen»: un nouveau mouvement en gestation

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Des dirigeants du syndicat pro-Blanquer s’activent pour présenter une nouvelle liste « indépendante » aux prochaines élections. Une réunion s'est tenue à Lyon fin décembre, dans un appartement loué par le syndicat, en pleine enquête ministérielle sur sa gestion financière.

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Avenir lycéen est mort, vive Avenir lycéen ! Plusieurs dirigeants du syndicat pro-Blanquer, largement discrédité depuis les révélations sur ses malversations financières, s’organisent en vue de présenter une liste de « candidats indépendants » pour le prochain mandat (2021-2023) du Conseil supérieur de l’éducation (CSE).

Une réunion de préparation a notamment été organisée, fin décembre à Lyon, en vue de constituer la nouvelle structure, selon des témoignages et documents réunis par Mediapart. Ce rendez-vous a en partie été pris en charge par les moyens d’Avenir lycéen, alors même que le syndicat fait l’objet d’une enquête administrative du ministère sur la régularité de ses dépenses (ses réserves financières provenant pour quasi-intégralité d’une subvention publique accordée dans le cadre d’une convention).

Dénommée Les Lycéens !, la nouvelle structure se présente sur les réseaux sociaux comme le rassemblement de « candidats indépendants » provenant de différentes régions. « Nous n’existions pas au début du mois. Nous étions 40 il y a 7 jours. Nous sommes plus de 80 ce soir », s’est félicité le mouvement dans un message posté sur les réseaux sociaux le 31 décembre.

À la manœuvre, Gaëlle*, une ancienne présidente d’Avenir lycéen (AL) toujours très présente dans la vie du syndicat, avait envoyé, début décembre, un message à plusieurs académies en vue de trouver « des candidats et élus » souhaitant se présenter aux prochaines élections. Le samedi 19 décembre, cette même lycéenne proche des Jeunes avec Macron (JAM) a organisé, dans le deuxième arrondissement de Lyon, une réunion avec des militants Les Lycéens ! autour, notamment, des questions de démocratie lycéenne. Elle est arrivée la veille au soir dans la capitale des Gaules, avant de repartir le lendemain, dimanche 20 décembre, en début d’après-midi.

Appartement dans lequel s’est tenue la réunion du 19 décembre. © DR Appartement dans lequel s’est tenue la réunion du 19 décembre. © DR

Était également présent à ce rendez-vous Franck*, un militant des Jeunes avec Macron qui fait partie des cofondateurs d’Avenir lycéen et avait échangé avec Jean-Michel Blanquer, le 2 juillet dernier, en vue de créer un think tank Avenir Éducation. Selon nos informations, ce même Franck a subitement remboursé près de 7 401 euros à Avenir lycéen en plusieurs virements émis à partir du 12 novembre 2020. La veille, le 11 novembre, le ministère venait de confirmer l’ouverture d’une enquête administrative visant à vérifier l’exactitude des révélations de Mediapart sur les dépenses du syndicat.

Ces remboursements viennent à eux seuls contester la version de Jean-Michel Blanquer, qui avait évoqué « une dépense apparemment sur 5 000 euros pas correcte », le 14 décembre sur France Culture, alors que les dérapages documentés par Mediapart concernaient des sommes bien plus importantes. Interrogé à plusieurs reprises, Franck, qui avait répondu à nos questions en novembre, n’a cette fois-ci pas retourné nos demandes d’explication sur les raisons de ces remboursements soudains.

Billet d’avion de Gaëlle* pour se rendre à Lyon. © Document Mediapart Billet d’avion de Gaëlle* pour se rendre à Lyon. © Document Mediapart
En tout, onze personnes ont participé à la réunion du 19 décembre, à partir de 16 heures : sept en visioconférence, et quatre en « présentiel » (dont Gaëlle et Franck), rassemblées dans un appart’hôtel loué par Avenir lycéen pour le week-end.

La location, dans le centre de Lyon, a coûté 379,89 euros. Avant la réunion, une vidéo de promotion de la liste Les Lycéens ! a également été tournée dans l’appartement. Le trajet en avion de Gaëlle, qui venait de Bordeaux, a aussi été pris en charge par Avenir lycéen, pour un coût de 143,45 euros (voir billet d’avion ci-joint).

Questionnée par Mediapart, Gaëlle n’a pas répondu à nos questions sur les risques de confusion entre les deux structures. Est-ce bien le rôle d’Avenir lycéen que de mettre à disposition ses moyens au profit d’une nouvelle liste ? Sollicité, un participant à la réunion du 19 juin confirme la tenue de la réunion, mais précise qu’il ignorait pour sa part que l’appartement était loué par Avenir lycéen.

Le déplacement à Lyon de Gaëlle a été organisé au dernier moment, sur fond de désaccords et tensions entre les derniers membres d’Avenir lycéen, qui a subi une importante vague de démissions depuis le mois de novembre. Refusant de « porter le chapeau » dans l’enquête ministérielle, l’actuel trésorier du syndicat, Quentin*, a en effet indiqué au fonctionnaire de la Direction générale de l’enseignement scolaire chargé des investigations qu’il n’avait jamais été destinataire de la convention d’objectifs signée entre son syndicat et le ministère, convention qui était censée réglementer l’usage de la subvention de 65 000 euros accordée par la rue de Grenelle.

« On ne m’a jamais communiqué la convention malgré mes demandes », explique-t-il à Mediapart, en précisant que c’est l’enquête du ministère qui lui « a fait prendre connaissance de cette convention ». Selon le récit de Quentin, les autres dirigeants ne lui ont pas transmis les différentes pièces liées à cette convention, ce qui l’a poussé à insister auprès de Gaëlle en décembre. Cette dernière a fini par se déplacer à Lyon, où Avenir lycéen avait réservé un appartement pour le week-end du 18 au 20 décembre. « Gaëlle est venue à Lyon pour me montrer les documents, ce qu’elle n’a finalement pas fait », accuse Quentin, en confirmant qu’une réunion de la liste Les Lycéens ! a été organisé sur place : « Il y a eu une utilisation des moyens d’Avenir lycéen pour Les Lycéens ! », dénonce-t-il. Interrogés, Gaëlle et Franck ne nous ont pas donné leur version des faits, malgré nos relances.

Les auditions des dirigeants actuels et passés d’Avenir lycéen terminées, le ministère doit rendre les conclusions de son enquête administrative dans les prochains jours. Saisi par plusieurs syndicats, le parquet de Paris ne souhaite, pour sa part, faire aucun commentaire.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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*Comme nous en avons pris la décision depuis nos premières révélations sur cette affaire, nous avons fait le choix d’anonymiser les identités de tous les membres du syndicat puisque certains d’entre eux sont mineurs ou étaient mineurs à l’époque de certains faits rapportés. Nous avons informé l’ensemble de nos interlocuteurs (représentants du syndicat, ministère, délégué national à la vie lycéenne) de ce choix depuis le début de notre enquête.