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Mediapart dim. 7 févr. 2016 7/2/2016 Édition de la mi-journée

Le PS pourrait exclure un sénateur condamné pour agression sexuelle

20 avril 2011 | Par Lénaïg Bredoux

Benoît Hamon va écrire à Martine Aubry pour demander l'exclusion de Jacques Mahéas, sénateur-maire PS, condamné pour agression sexuelle... il y a plus d'un an. Une réaction tardive, signe de l'embarras des partis politiques sur les pratiques de leurs élus.

Cet article est en accès libre.

L'affaire embarrasse le PS. Des années qu'il est interpellé par des militantes féministes, et des années qu'il se mure dans le silence. Jusqu'à une sortie surprenante de son porte-parole Benoît Hamon lors d'un séminaire organisé début avril sur les droits des femmes. Prenant à contre-pied son propre parti, il a alors demandé l'exclusion d'un élu socialiste condamné pour agression sexuelle. Si la procédure aboutissait, ce serait une première.

La première serait d'autant plus marquante que l'élu en question est une figure locale, implanté de très longue date en Seine-Saint-Denis. Il s'agit de Jacques Mahéas, élu sans discontinuer depuis... 1976. Il a testé tous les fauteuils, de conseiller général et régional à député, en passant par la mairie de Neuilly-sur-Marne où il règne depuis 1977 et le Sénat où il siège depuis seize ans. Il est aussi vice-président du Syndicat des eaux d'Ile-de-France (SEDIF) et président de l'Association des collectivités territoriales de l'Est parisien (ACTEP). Bref, un nom peu connu du grand public mais un baron du 93.

Or il a été condamné, en 2008, pour agression sexuelle sur une salariée de sa mairie, à quatre mois de prison avec sursis et 35.000 euros de dommages et intérêts. Mais sans peine d'inéligibilité. Un an plus tard, la décision a été confirmée en appel, mais la peine réduite à une amende de 10.000 euros – les dommages et intérêts étant maintenus. Et elle est devenue définitive en 2010 quand la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de Mahéas. Ironie de l'histoire, le sénateur socialiste a donc eu à se prononcer sur la loi contre les violences faites aux femmes votée en juillet dernier...

Les faits remontent à 2002. Selon la plaignante, gardienne de la mairie, Jacques Mahéas profitait des rondes qu'elle effectuait en fin de journée pour l'embrasser et la caresser de force. Au bout d'un an, en pleine dépression, elle s'était finalement vu prescrire un arrêt de travail de quatre mois. Un an plus tard, apprenant qu'une autre employée disait avoir elle aussi subi des attouchements, elle s'était rendue au commissariat et avait déposé plainte. Avant d'avoir finalement gain de cause, des années plus tard, avec le soutien de deux associations féministes, Femmes solidaires et l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).

Depuis, celles-ci n'ont cessé d'interpeller le PS, envoyant plusieurs courriers à la première secrétaire, Martine Aubry, ou à la secrétaire nationale adjointe aux droits des femmes, Gaëlle Lenfant. «On n'a jamais reçu de réponse», affirme Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'AVFT. Sans détour, Gaëlle Lenfant l'admet: «C'est un sénateur, c'est difficile... Cela nous met mal à l'aise.»

Exclure un élu, c'est en effet risquer de perdre un siège, et d'affronter une fédération qui lui est éventuellement acquise ou son courant en interne. Or Mahéas, à Neuilly-sur-Marne, «c'est un petit Frêche», explique un militant, sous couvert d'anonymat. «La victime a subi d'intenses pressions pour retirer sa plainte, elle est toujours dans la terreur de le recroiser, de croiser ses amis. Mahéas est tellement partout que la procédure judiciaire a été dépaysée, de la Seine-Saint-Denis à Paris», affirme aussi Marilyn Baldeck, de l'AVFT.

Les personnes citées ont été jointes par téléphone entre vendredi et mardi. Contacté, Jacques Mahéas n'a pas souhaité répondre à nos questions. «Il ne veut pas communiquer sur le sujet», a expliqué sa collaboratrice à la mairie.