Débat présidentiel: cinq candidats restés dans leur couloir

Les trois heures d'un débat inédit entre cinq candidats à la présidentielle n'ont pas donné lieu aux feux d'artifice annoncés. Emmanuel Macron, en se positionnant au centre-droit, et Jean-Luc Mélenchon, en explicitant son programme de rupture, ont donné le rythme.

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Plus de trois heures de débat en direct entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle. Est-ce parce que l'exercice était inédit et s'est tenu à seulement 34 jours du premier tour de l'élection présidentielle ? Les feux d'artifice, explosions, court-circuits souhaités ou annoncés par quelques commentateurs n'ont pas eu lieu. François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, disposés en cercle et interrogés par deux journalistes de TF1, ont le plus souvent retenu leurs coups et parfois leurs paroles, préférant pratiquer l'esquive face à leurs adversaires.

Marine Le Pen y a gagné ce qu'elle souhaitait : une stature de « vraie » présidentiable, désormais installée dans la cour des grands et pouvant sereinement se décrire en « moi, présidente » sans crainte d'être trop interrompue par ses adversaires. Ce malaise de voir la dirigeante d'extrême droite ainsi intronisée a-t-il finalement été ressenti sur le plateau par ses adversaires ? Seuls Emmanuel Macron puis Jean-Luc Mélenchon ont assumé quelques fortes passes d'armes avec la présidente du Front national.

Les cinq candidats invités par TF1 lundi 20 mars. © Reuters Les cinq candidats invités par TF1 lundi 20 mars. © Reuters
Le candidat d'En marche ! et celui de La France insoumise auront sans doute donné l'impression de prendre le dessus dans ce long débat qui a permis à chacun d'expliciter, parfois en détail, les principaux points de son programme. Emmanuel Macron en mettant en scène son itinéraire et sa propre personne, donnant à son « je » utilisé sans retenue la force de la « nouveauté, de l'innovation pour une alternance profonde ». Jean-Luc Mélenchon a pour sa part brandi le « nous », celui d'un « peuple qui doit reprendre sa part sur la finance », et s'attachant à faire la pédagogie d'un programme déjà présenté depuis de longs mois.

Il restait dès lors peu d'espace pour François Fillon comme pour Benoît Hamon. Le candidat des Républicains a eu beau radicaliser ses propositions sur les réformes de société, l'ombre jetée des affaires (pourtant largement ignorées tout au long du débat) n'a cessé de le maintenir dans un clair-obscur, ou de rendre comme inaudibles ses divers plans chocs pour redresser une « France au bord de la faillite » et ne travaillant pas assez… Quant à Benoît Hamon, pour qui ce débat avait un enjeu tout particulier, celui de marquer avance et différence avec Jean-Luc Mélenchon, il n'a pu réussir la moindre échappée, souvent contré par Emmanuel Macron ou peinant à démarquer son programme de celui du candidat de La France insoumise.

À la première question, « Quel président voulez-vous être ? », les rôles ont été aussitôt attribués et le ton donné. Celui de la France conservatrice pour François Fillon, promettant « redressement national », assurant pouvoir faire de « la France la première puissance européenne en dix ans » et avertissant sur le premier défi à relever, « la lutte contre le totalitarisme islamique ». Jean-Luc Mélenchon l'a redit : il sera le « dernier président de la Ve République » et, en attendant qu'une assemblée constituante redessine nos institutions, il sera un « président social, écologiste » et « un président de la paix ». Promettant de « nouveaux visages et de nouveaux usages », Emmanuel Macron a préféré rappeler son itinéraire – fonctionnaire, banquier, ministre –, son travail et son envie comme preuves de la nécessité de « dépasser les clivages anciens » et d'oublier des « partis classiques qui n'y arriveront pas ».

Marine Le Pen, pour sa part, ne « sera pas la vice-chancelière de Madame Merkel » ou la régente d'une « vague région européenne ». Et voilà les fondamentaux du FN déclinés en une minute : identité, valeurs, traditions, frontière, souveraineté nationale, indépendance… En premier écho à Emmanuel Macron, Benoît Hamon a lui aussi annoncé un « président qui tournera la page », « pour en finir avec les vieilles recettes épuisées ». Et premier écho à Jean-Luc Mélenchon, le candidat socialiste s'en est lui aussi remis au peuple, s'affirmant « libre par rapport à l'argent et aux lobbies ».

Droite-gauche, le clivage s'est bien vite retrouvé sur le premier thème abordé, l'éducation. Et on peinait à distinguer les différences entre François Fillon et Emmanuel Macron qui, tout au long de ce débat, aura pris soin de se positionner dans un espace politique qu'occupait autrefois l'UDF. Sur l'éducation, les deux hommes ont la même priorité, les « savoirs fondamentaux », le fameux lire-écrire-compter, quitte à se tromper souvent avec chiffres et pourcentages. Priorité également à l'apprentissage, pas de recrutements d'enseignants, mais des professeurs « mieux payés », pour Fillon, « à condition d'être plus présents dans les établissements », « mieux payés » pour Macron, « 3 000 euros par mois pour ceux qui travaillent dans les zones » les plus défavorisées.

Fillon veut rétablir le port de l'uniforme. Marine Le Pen veut pour sa part « supprimer l'apprentissage des langues d'origine, revenir sur les rythmes scolaires ». Mais c'est bien sûr sur la « laïcité et la sécurité » que la candidate a fait ses gammes évoquant ces armées d'élèves et d'enseignants se rendant en classe « la peur au ventre ». « Il ne faut pas prendre l'école en otage de débats nauséabonds », lui a répondu Benoît Hamon, annonçant son intention d'embaucher 20 000 enseignants supplémentaires, d'améliorer la formation continue des professeurs et de se donner des vrais objectifs de mixité sociale dans les établissements en créant « des bassins de recrutement plus larges » et en renégociant avec l'enseignement privé la carte scolaire. Jean-Luc Mélenchon a pour sa part mis l'accent sur l'enseignement professionnel, plutôt que sur l'apprentissage.

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