Fillon a organisé sa campagne entre démagogie et mensonges

Par et

Le candidat de la droite a conclu vendredi sa « douloureuse » campagne sur le thème du « totalitarisme islamique », l’une de ses marottes. Empêtré dans les affaires depuis fin janvier, il a multiplié les contre-vérités et radicalisé son propos pour tenter de se maintenir dans la course. À la veille du premier tour, il est encore convaincu de créer la surprise dimanche.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Il ne manquait plus qu’un dernier cliché. Pour parfaire son image de « combattant balafré », François Fillon avait choisi de se faire photographier au pied du Mont-Blanc (Haute-Savoie), lors d’une « marche sportive » prévue ce vendredi 21 avril, avec ses plus fidèles soutiens. Mais l’attentat des Champs-Élysées est venu tout bousculer. En apprenant la nouvelle jeudi soir, en direct de l’émission « Quinze minutes pour convaincre » sur France 2, l’ancien premier ministre a d’abord demandé l’interruption de la campagne, précisant avoir décidé d’« annuler » son dernier déplacement avant le scrutin.

Le lendemain matin, le candidat LR s’est exprimé depuis son QG. « J’ai décidé de modifier ma dernière journée de campagne afin de témoigner de ma solidarité à l’égard de la victime et de sa famille, et plus largement, pour marquer ma pleine solidarité à l’égard de nos forces de sécurité », a-t-il indiqué, avant de dérouler son programme en matière de sécurité et de lutte contre ce qu’il qualifie de « totalitarisme islamique ». « Je n’ai cessé d’alerter le gouvernement et mes compatriotes sur l’ampleur et sur la profondeur de ce totalitarisme, a-t-il ajouté. Certains n’ont semble-t-il pas encore totalement pris la mesure du mal qui nous agresse et que j’entends combattre d’une main de fer. »

 © Reuters © Reuters

La fusillade des Champs-Élysées vient tristement conclure une campagne que bon nombre d’élus de droite ont jugée « douloureuse ». Une campagne marquée par les révélations, les rebondissements judiciaires, les mises en examen de François Fillon et de son entourage, les défections et les retournements de veste. Une campagne menée au son des casseroles et du slogan « Rends l’argent », où il fut finalement très peu question du projet du candidat. Au grand dam de ce dernier, qui avait rêvé d’un tout autre scénario.

Pendant trois mois, le vainqueur de la primaire, qui avait jusqu’alors promis que jamais il ne varierait, n’a en réalité rien fait d’autre que de godiller. Et de s’adapter. À une situation d’abord, qu’il n’avait pas anticipée : celle de se retrouver au cœur des affaires. L’homme de l’ombre, celui qui avait toujours regardé passer les enquêtes visant Nicolas Sarkozy et son entourage sans jamais être inquiété, s’est laissé surprendre par la tempête. « J’étais son meilleur paratonnerre ! », a plusieurs fois confié l’ex-chef de l’État au sujet de son ancien premier ministre, selon Le Point.

Pris la main dans le sac, le député de Paris a adopté une stratégie catastrophique. Peu après les premières révélations du Canard enchaîné, ses soutiens ont commencé à parler à tort et à travers, multipliant les contre-vérités, les sous-entendus complotistes et les balbutiements de gêne. François Fillon lui-même a commis sa première erreur de communication en déclarant au JT de TF1, le 26 janvier : « Il n’y a qu’une seule chose qui m’empêcherait d’être candidat, c’est si mon honneur était atteint, si j’étais mis en examen. »

Un mois plus tard à peine, il recevait sa convocation en vue d’une mise en examen – il le sera effectivement le 14 mars pour « détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et manquement aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ». S’en sont suivis cinq jours déterminants pour sa campagne et, plus largement encore, pour la droite française. À ce moment-là, bon nombre d’élus et de cadres du parti ont choisi de quitter la campagne, certains appelant explicitement au retrait de François Fillon et à son remplacement par un « plan B », lequel aurait pu être Alain Juppé si ce dernier n’avait pas renoncé.

Maintenu malgré tout, l’ancien premier ministre s’est alors arc-bouté sur ses positions, pointant du doigt la justice, mais aussi la presse. Au point d’offrir un visage parfois inquiétant. À chaque nouveau meeting du candidat, le même scénario : des journalistes sifflés, hués par les militants, voire par moments agressés physiquement. « Je condamne toutes les violences. Simplement j’invite ces journalistes à se poser la question : pourquoi est-ce que dans les meetings, il y a une crispation à leur égard ? Chacun doit se poser des questions… », s’est contenté de commenter le député de Paris au “Talk” du Figaro, le 11 avril.

Dans le même temps, il a refusé de répondre à la moindre question sur les affaires, adressant des « Allez vous faire voir » aux journalistes qui l’interrogeaient sur le sujet, ou annulant tous les entretiens qui ne répondaient pas à ses conditions. « C’est pas les médias qui décident du tempo, qui décident des questions, qui décident de la campagne », est-il allé jusqu’à confier au micro de RTL, le 20 avril, semblant oublier l’espace d’un instant la définition même de la liberté de la presse.

De fait, François Fillon paraît avoir oublié beaucoup de choses depuis quelques mois. Lui qui se réclamait d’une « éthique irréprochable » ; lui qui demandait, à la rentrée 2016 : « Qui peut imaginer le général de Gaulle mis en examen ? » ; lui qui se drapait dans ses principes, quitte à s’asseoir sur celui de la présomption d’innocence ; lui, l’ancien chevalier blanc de la droite, s’est trouvé fort dépourvu une fois les ennuis venus. Il n’était alors plus question de « courage de la vérité », son premier slogan, mais de bons gros arrangements avec cette dernière.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale