Eva Joly: «Hollande, candidat classique de la gauche classique»

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Eva Joly, à la peine depuis le début de la campagne présidentielle, espère que le premier grand meeting de François Hollande permettra d'ouvrir le débat entre ses « solutions nouvelles » et la « gauche classique ». Sa marque de fabrique ? D'abord et avant tout l'écologie. Entretien.

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La candidate écologiste, à la peine depuis le début de la campagne, espère que le premier grand meeting de François Hollande permettra d'ouvrir le débat entre ses « solutions nouvelles » et la « gauche classique ». En marge de cet entretien, elle nous confiera son étonnement de se voir sans cesse demander quand elle va se retirer. Et, sirotant son martini rouge, elle a assuré sa volonté d'aller au bout. Sa marque de fabrique ? D'abord et avant tout l'écologie. Entretien.

Quel bilan faites-vous du premier grand meeting de campagne de François Hollande ?

Eva Joly. J'y vois des possibilités de convergences. Je pense au non-cumul des mandats, à la parité, au droit de vote des étrangers, à la fin des privilèges. Mais François Hollande n’a pas dit un mot d'écologie dans son discours. Cela me donne une obligation de résultat ! Parce que c’est important que quelqu’un porte les idées nouvelles. Lui, c’est le candidat classique de la gauche classique. Moi je suis la candidate des solutions nouvelles et de la transformation écologique. Je veux que nous changions de vision.

Quand François Hollande dit que son ennemi est la finance, j'en prends acte. Mais si on veut réellement agir, on ne peut pas faire croire que la finance vit toute seule, alors qu’elle a été promue à cette place par des régimes politiques, soumis au libéralisme, et plus précisément par la droite ces dix dernières années.

C’est le gouvernement de Nicolas Sarkozy qui a freiné des quatre fers lorsque j’ai porté au parlement européen les idées de limitation des institutions financières. La France ne nous a pas du tout soutenus ! Or là, c’est bien de Nicolas Sarkozy qu’il s’agit, mais François Hollande ne le dit pas...

Pourquoi ne le dit-il pas selon vous ? Est-ce un manque de volonté politique ?

Un manque de clarté. Du coup, sa dénonciation semble un peu facile... Mais je n’entrerai pas dans les procès d’intention. Moi j’aurais dit que ce sont mes adversaires politiques qui ont créé cette situation et que la finance n’a pas pu prospérer seule.


Hollande évoque tout de même la création d’emplois liée à l’isolation thermique des bâtiments...

C’est vrai. Je me retrouve aussi dans la limitation des loyers, mais François Hollande n’est pas très précis. Moi je suis pour un moratoire de trois ans sur les loyers et je défends la création de 900.000 nouveaux logements sur neuf ans. En fait, nous sommes plus volontaristes que François Hollande. Globalement, il y a encore beaucoup de chemin à faire ensemble : sur la réduction de la consommation d’énergie, la lutte contre le dérèglement climatique… La gauche a besoin d’une boussole écologique. Grâce à la transition énergétique, nous pouvons créer un million d’emplois d’ici 2020.

Mais dans le contexte de crise, avec la note de la France qui vient d’être dégradée et les menaces qui pèsent sur la zone euro, est-il vraiment possible de porter une alternative, et non seulement une alternance, et d’être justement cette « candidate des solutions nouvelles » ?

C’est bien pour cela que je suis toujours candidate et que je me bats dans des circonstances difficiles ! C’est parce que je pense que les solutions classiques ont vécu. François Hollande croit toujours qu’il va redémarrer avec la croissance. Nous, nous savons que ce n’est pas vrai . L’erreur serait de dire que la crise nous empêche d’investir. Il faut investir pour assurer l’emploi et l’avenir. Sinon nous allons être tirés vers le bas. Moi je veux créer un cercle vertueux qui va nous sortir de la crise. Je veux améliorer le pouvoir d’achat en réduisant les factures des familles : grâce aux travaux de rénovation, on peut réduire par deux ou trois la note d’électricité ! Les solutions au pouvoir d'achat, c'est de vivre mieux, pas d'avoir toujours plus.

Mais avez-vous l’impression que les électeurs que vous voyez sur le terrain sont pris dans un étau de contraintes ? Qu’ils sont résignés ?

La résignation est du côté des politiques. Les Français veulent que ça change. Beaucoup se vivent comme très exposés, au bout du rouleau, mais souvent c’est parce qu’ils ne sont pas entendus. Récemment, j’ai rencontré à Nantes des salariés de Pôle emploi : vous avez des agents qui étaient des accompagnateurs pour aider les chômeurs à se réinsérer. Aujourd’hui, les nouveaux critères d’efficacité empêchent ces agents de faire réellement leur travail. Ils ont un sentiment d’inutilité, de frustration et de souffrance. Dans ce sens, le sommet social de Nicolas Sarkozy est une parodie ! Un sommet social de trois heures ? Mais une telle réunion devrait durer dix jours...

Il faut prendre le temps d’écouter, puis de chiffrer les besoins. Il faut construire avec ceux qui savent. Ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui et ça, cela crée de la souffrance. Moi je crois qu’il y a des souffrances qu’on peut soulager : on peut améliorer la vie des citoyens et donner du sens sans que cela soit nécessairement coûteux.

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L’entretien a eu lieu dimanche soir, après le meeting de François Hollande, dans un bar non loin de la gare Montparnasse. Il a duré une heure et a été relu et amendé par Eva Joly et son directeur de campagne (en fait quelques formules ont été précisées, mais rien n'a été enlevé).