Le travail du dimanche peine à s'imposer

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Le travail du dimanche est l’un des symboles de la loi Macron. Six mois après son adoption, les couacs se multiplient sur la mise en œuvre. Dernier en date, l’accord signé à la Fnac, dénoncé par les syndicats majoritaires. 

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La direction de la Fnac, comme l’y autorise la loi Macron, souhaite ouvrir 52 dimanches par an ses magasins situés en zones touristiques internationales. Mais pour ça, il lui faut un accord d’entreprise. Afin de gagner l’adhésion des salariés, la direction a mis sur la table douze dimanches payés triple et quarante payés double, selon le porte-parole de l’enseigne qui s’exprimait dans L’Express, la prise en charge des frais de taxi pour qui travaillera tard le soir ainsi qu’une partie des frais de garde. Pour les ouvertures occasionnelles, dites « du maire » (soit 12 dimanches par an au lieu de 5 avant la loi Macron), la majoration s’élèverait à 100 % avec repos compensateur. La direction s'engage par ailleurs sur un volontariat « réversible » pour les salariés, conclu pour des périodes de trois mois.

L'accord à la Fnac sur le travail du dimanche ne passe pas. Reuters L'accord à la Fnac sur le travail du dimanche ne passe pas. Reuters

Amendé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, le projet a été signé par ces trois organisations syndicales le 20 janvier dernier. Mais FO, Sud et la CGT, à eux trois majoritaires, refusent le deal, et menacent de faire capoter l’accord. Ils craignent en premier lieu l’absence de repos compensateur pour les magasins situés en zone touristique internationale et le manque d’effectifs (la Fnac promet d’augmenter les effectifs de 2,6 %). Elles dénoncent également l’absence d’augmentation des salaires depuis des années dans le groupe, et donc l’inégalité qui va s’instaurer entre ceux qui pourront travailler le dimanche et les autres. Les salariés pointent enfin le possible manque de volontaires et la crainte que l’accord signé aujourd’hui ne soit renégocié rapidement à la baisse, faisant du dimanche un jour « comme un autre ». En l’absence d’accord, la Fnac ne pourrait ouvrir au-delà de douze dimanches par an (maximum permis par la loi Macron en absence d’accord spécifique) et devra reprendre la négociation à zéro.

L’exemple de la Fnac, emblématique vu l’aura et le poids économique de l’enseigne, est loin d’être une exception. Six mois après la mise en œuvre de la loi Macron, les accords sur le travail du dimanche et l’extension horaire jusqu’à minuit (également autorisée par le texte) se comptent sur les doigts d'une main, même si la plupart des directions avaient anticipé en lançant les hostilités à peine la loi mise sous presse.

Un accord sur le travail du dimanche et en soirée dans les zones touristiques a bien été conclu pour les enseignes du groupe Inditex qui chapeaute les boutiques Zara, Bershka, Oysho, etc. Il entrera en vigueur cette année et s’appliquera à 90 magasins du groupe. L'accord, signé par la CFDT contre l’avis de FO, prévoit notamment une majoration de 110 % les dimanches (sans repos compensateur pour les employés, avec repos compensateur pour les cadres au forfait jour) et de 100 % en soirée (à partir de 21 h 00). Le tout sur la base du volontariat. À cette occasion, la secrétaire nationale CFDT Myriam Boudouma, interrogée par France Info, a concédé que si « tous les salariés ne sont pas intéressés par le travail dominical », certains le sont, et qu’« il faut l’entendre ». 

Chez Nature & Découvertes, un accord sur le travail dominical prévoyant une majoration de 100 % a été signé en octobre dernier par la CFTC, FO et la CGT, tout comme chez Etam et au niveau de la branche joaillerie (majoration de 150 % pour les 9 000 salariés volontaires pour travailler le dimanche). 

Les négociations se poursuivent chez H&M, Celio, Sephora et Marionnaud, les deux enseignes de parfumerie ayant déjà validé l’accord sur le travail en soirée. Chez Apple, la discussion est grippée, les syndicats déplorant un accord « low cost ». Les boutiques Apple sont implantées dans des zones aux statuts divers, de la zone commerciale simple à la zone touristique internationale, et les majorations vont donc varier de 65 à 100 % (avec une aide forfaitaire de 400 euros pour la garde d’enfant). Un salarié d’Apple qui s’est engagé à travailler le dimanche ne pourrait en revanche se dédire que six mois plus tard. Chez Darty, vraisemblablement bientôt racheté par la Fnac, l’accord patine depuis le mois d’octobre.

Du côté des grands magasins parisiens, les discussions prennent carrément l’eau. Et pourtant, tous en zone touristique internationale, ils étaient spécialement soignés par la loi Macron. Aucun accord n’a été possible au niveau de la branche et chacun des grands magasins va devoir négocier individuellement. Au BHV rue de Rivoli, situé en zone touristique internationale, un référendum organisé auprès des salariés a donné le « non » gagnant, alors que deux des quatre syndicats de la maison ont assuré qu’ils ne signeraient pas le texte proposé par la direction.

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