Des enseignants s'opposent à la réforme des universités

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Les enseignants sont restés discrets face au projet de loi d’accès à l’enseignement supérieur. Seulement, la mise en place d’attendus, ces compétences requises pour les futurs étudiants, divise dans les universités. Certains refusent d’appliquer un texte de loi qui n’est pas encore définitivement voté. 

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Il s’agit peut-être d’un premier frémissement. Depuis quelques jours, plusieurs UFR d’universités ont voté des motions contre la réforme d’accès à l’enseignement supérieur. À Nanterre, Paris I, Aix-Marseille, Paris VIII, plusieurs enseignants ont fait part de leur opposition au nouveau système d’affectation à l’université qui repose, de fait, en partie sur leurs épaules. À Aix-Marseille par exemple, la motion votée en conseil d’administration par la quasi-totalité des membres du département d’histoire demande « le report du plan étudiant ». À leurs yeux, le « scénario envisagé suppose une surcharge de travail énorme et encore incalculable pour les enseignants du secondaire et du supérieur qui va alourdir nos tâches et dégrader nos conditions de travail et les conditions d’accueil des étudiants ».

À l’université de Nanterre, le conseil d’administration réclame des moyens pour soutenir l’effort supplémentaire engendré par la réforme. À Paris I, le département de science politique émet les mêmes réserves. L’université Paul-Valéry-Montpellier III « refuse de mettre en place la réforme de l’accès à l’université sans un investissement massif dans l’université » (lire ici les textes des différentes motions).

 © Reuters © Reuters
Il est vrai que la loi est passée sans contestation forte à l’Assemblée nationale (lire notre article sur le sujet). Les députés l’ont approuvée à une large majorité. L’objectif de la loi est de faciliter les affectations et corriger les défauts de la plateforme admission post-bac (APB). Cet été, des milliers de bacheliers s’étaient retrouvés sans affectation. L’autre volonté forte, martelée par le gouvernement, était de mettre fin au tirage au sort, en réalité marginal. Le Conseil d’État a par ailleurs annulé ce 22 décembre la circulaire du 24 avril 2017, mise en œuvre par la précédente équipe, qui autorisait cette pratique.

Si la réalité de ces dysfonctionnements est reconnue par les différents acteurs du supérieur, l’alternative choisie par Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, ne recueille pas l’unanimité.

Du côté des syndicats de l’enseignement supérieur, les positions sont variables. Le Snesup, syndicat majoritaire du supérieur, réclame dans un communiqué le retrait de ce texte « inégalitaire » et demande aux sénateurs de rejeter le projet de loi qu’ils auront à examiner les 8 et 9 février. Un appel à une coordination entre les organisations syndicales et les associations intéressées est aussi lancé afin de faire front commun contre la réforme.

Mathieu Brunet, enseignant en lettres modernes à l’université d’Aix-Marseille, qui siège par ailleurs au conseil d’UFR lettres, arts et sciences humaines, se souvient qu’en 2009, le mouvement de contestation contre la loi Pécresse instaurant l’autonomie des universités, a débuté de la même manière. « Les professeurs mobilisés s’étaient coordonnés dans des assemblées. Ils y débattaient, se fédéraient et fabriquaient les résistances. Aujourd’hui, bien sûr, les temps ne sont pas les mêmes. Peut-être y a-t-il davantage de résignation », analyse-t-il.

De leur côté, les organisations étudiantes sont presque muettes. La Fage, désormais majoritaire, approuve le dispositif, mais indique rester vigilante face à son application concrète. L’Unef s’y oppose, mais n’a plus d’espace politique pour porter la contestation. Les tentatives de mobiliser la jeunesse contre une loi qui la concerne ont pour le moment échoué.

Les choses s’organisent cependant peu à peu. Professeur à l’université Paris VIII et par ailleurs ex-président (en 2009) de l’association Sauvons l’université, Jean-Louis Fournel explique ne pas pouvoir se prononcer sur le futur : « Je suis incapable de dire s’il y a un mouvement massif. Depuis la loi Fioraso en 2013, c’est la première fois que ça bouge, et ça bouge y compris dans des universités rarement en pointe dans la contestation. Il reste difficile de prévoir la naissance d’un mouvement universitaire. À l’heure actuelle, les organisations étudiantes ont perdu de leur force, et peut-être de leur légitimité. L’Unef est mal en point, la Fage est jeune, pas toujours bien implantée et s’avère plus “Macron compatible”. Cela peut partir des lycéens qui, on le sait, s’enflamment vite. »

Le Snesup appelle à une forme de résistance et recommande « de ne pas participer à l’application anticipée et illégale du projet de loi et par conséquent de refuser de remonter les “attendus” et les dispositifs de contingentement ».

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