Nicolas Sarkozy: Patrick Buisson, c’était lui

Par

L'ex-chef de l'État poursuit sa tournée dans le sud-est de la France, à la rencontre du noyau dur des militants UMP qui le sacreront sans nul doute président du parti en novembre. L'occasion pour lui de se détendre « en famille » et d'aborder sans complexe l'un de ses sujets de prédilection : l'immigration. Sans son ancien conseiller Patrick Buisson, mais toujours avec ses accents d'ultra-droitisation.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Les réunions de famille sont souvent des moments très gênants. Surtout vers la fin du repas, lorsque cet oncle volubile, que l’on prend soin d’éviter le reste de l’année, se met à aborder des sujets comme la politique, la religion ou l’immigration. À Nice (Alpes-Maritimes) le 21 octobre, puis à Toulon (Var) le lendemain, cet oncle si prompt à l’amalgame et aux formulations malheureuses a pris les traits de Nicolas Sarkozy. L’ancien président se sent dans le Sud-Est comme chez lui. À l’aise. Détendu. Un peu trop peut-être.

Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi à Nice, en 2013. © Reuters Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi à Nice, en 2013. © Reuters

« C’est vrai, je suis ici comme à la maison, comme en famille », a reconnu mardi un Sarkozy boosté par les flagorneries de Christian Estrosi et la présence d’Éric Ciotti, sa dernière – et sans doute plus belle – prise filloniste. Vingt-quatre heures plus tard, à une centaine de kilomètres de là, mais toujours en compagnie du député et maire de Nice, l’ex-chef de l’État a flatté exactement de la même façon les militants UMP venus l’applaudir à Toulon. « Je suis du Var. Je suis ici chez moi. Je m’y sens bien, en famille », a-t-il lancé à ceux qui s’irritaient la gorge à force de hurler « On t’aime ! » « Moi aussi », leur a-t-il répondu dans un sourire tendre. Gênant, on vous dit.

Du coup, comme à la maison, comme en famille, le candidat à la présidence de l’UMP s’est lâché. Il a ouvert les vannes. Et quel meilleur sujet que celui de l’immigration pouvait-il choisir pour mettre tout le monde d’accord, dans ce coin de la France où le FN réalise ses plus beaux scores ? À l’occasion de ces deux réunions publiques – qui seront suivies d'une troisième à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 28 octobre –, Nicolas Sarkozy s’est montré au naturel, prouvant à ceux qui en doutaient encore que la fameuse “stratégie Buisson” de la campagne présidentielle de 2012 était aussi et avant tout la sienne.

« L’immigration ne doit pas être un sujet tabou, mais un sujet majeur, car cela menace notre façon de vivre », a-t-il ainsi expliqué le 21 octobre, avant de dérouler une litanie d’arguments qui n’ont rien à envier aux discours de Marine Le Pen. Espace Schengen, port du voile intégral, « repas à la carte » dans les cantines scolaires, aide médicale accordée aux étrangers en situation irrégulière, ce « scandale » que représente à ses yeux ce qu’il préfère qualifier de « tourisme des droits sociaux »… Sur une heure et demie d'intervention, l'immigration a occupé une heure de discours. Et rien ne nous a été épargné.

Nicolas Sarkozy en meeting à Nice © NicolasSarkozy

« Les Français veulent rester en France. Nous voulons bien accueillir les autres, mais nous ne voulons pas changer profondément ce que nos parents nous ont laissé. Nous voulons que notre langue et notre culture restent ce qu’elles sont. » Du Zemmour dans le texte ? Non. Du Sarkozy. Cuvée 2014. Si l’ancien président renoue avec l’antienne de « la France tu l’aimes ou tu la quittes », c’est parce qu’il reste persuadé que la question de l’immigration est un tabou français dont personne n’ose vraiment parler. À croire qu’il n’allume jamais la télévision.

Or, pour Nicolas Sarkozy, refuser de débattre cette question, « c’est encourager les peurs ». Un risque qu’il ne prendrait jamais bien entendu… Pas même lorsqu’il parle de cet « islamisme fanatisé qui rêve de semer la terreur en Occident » et qu’un frisson général traverse la salle. L’ancien président ne veut plus s’entendre dire qu’il clive les Français. Et pour prouver qu’il est l’homme de la situation et de l’apaisement, il prend sur lui et profite de ses réunions publiques pour revenir sur deux marqueurs de son quinquennat : le discours de Grenoble et le débat sur l’identité nationale.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous