Eva Joly plus candidate que jamais

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La campagne promet de ne pas être un fleuve tranquille pour la candidate écolo, mais hors de question pour elle de se laisser couler par les cadres de son parti ou la «machine à vote utile» socialiste.

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Dans la tempête médiatique, Eva Joly garde le cap. Ou du moins essaie. Alors que les plus fins analystes politiques parisiens lui promettent une fin prochaine et ne cessent d'élucubrer sur une erreur de casting, la candidate d'Europe-Ecologie/Les Verts (EELV) semble n'avoir cure de l'agitation autour d'elle. Après s'être mise en retrait suite aux tergiversations de l'accord PS-EELV la semaine dernière, l'ancienne magistrate a fait un retour en fanfare depuis mardi, peu propice à rassurer les concurrents socialistes comme l'appareil du mouvement qui la soutient.

En moins de 24 heures, la séquence est éloquente: un entretien au Monde mardi dans lequel elle estime que certains socialistes «sont du bois dont on fait les marionnettes», un passage au 20h de France-2 le soir où elle confie que «l'accord avec le PS ne (la) fait pas rêver», puis un refus de répondre mercredi matin à Jean-Michel Aphatie sur RTL, alors qu'il lui demande si elle voterait François Hollande au second tour. Dans le même temps, l'eurodéputé Yannick Jadot, qui avait été le premier à l'encourager à se présenter, annonce sa démission de sa «fonction de porte-parole». De quoi effrayer Eva Joly, elle qui est entrée en politique il y a moins de trois ans.

Quand elle arrive dans un café de l'Est parisien, où elle avait donné rendez-vous à quelques journalistes, elle arbore un léger sourire en coin, presque désolée que cette rencontre à l'origine informelle se transforme d'elle-même en conférence de presse de crise. D'emblée, elle précise qu'elle n'aurait «évidemment aucune hésitation» à voter pour François Hollande au second tour, histoire de déminer une situation en passe de considérablement se tendre entre PS et écolos. Un peu plus tôt, Martine Aubry a appelé Cécile Duflot pour demander des comptes, tandis que Jean-Marc Ayrault, «conseiller spécial» de Hollande, s'est interrogé publiquement pour savoir si «Eva Joly était encore la candidate des Verts», et que Daniel Cohn-Bendit critiquait sa pourtant camarade eurodéputée.

Eva Joly paraît incrédule face à l'agitation qu'elle provoque, et qu'elle juge disproportionnée. «J'ai une liberté de parole difficile à comprendre pour les politiciens, dit-elle posément. Je viens de la société civile, et je n'obéis pas aux codes traditionnels. Je suis sans doute un peu rêche…»

Mais elle ajoute dans la foulée: «Je pense que je porte pourtant une aspiration partagée par beaucoup de Français. Très immodestement, je tente de mettre l'intérêt général au centre de tous mes combats. C'est cela que j'ai fait toute ma vie…» Façon de dire qu'elle n'est pas une professionnelle, et qu'elle n'a que faire des accords et arrangements qui rythment la vie politique en général, et celle de la gauche de gouvernement en particulier. «Le sens de mon silence était de protester à ma façon contre l'immixtion d'un lobby dans un accord où il n'avait pas sa place, martèle-t-elle. C'est mon intime conviction. On verra bien si ça plaît aux Français, mais je pense que ça vaut la peine de tenir cette ligne.»

C'est avant tout le dynamitage de la logique présidentielle qui se joue avec la candidature d'Eva Joly, veulent croire ses partisans. Comme quand Eva Joly dit, semble-t-il sincèrement, qu'«une campagne présidentielle, ce n'est quand même pas que des polémiques politiciennes». Son co-directeur de campagne, Stéphane Sitbon-Gomez (par ailleurs très proche conseiller de Cécile Duflot), assume ce décalage que la machine médiatique aimerait tant broyer: «Depuis six mois, on a misé sur une candidature de la société civile, que ce soit Eva ou Nicolas Hulot, justement pour ne pas avoir les codes traditionnels. Elle sait qu'il y aura sans doute d'autres erreurs de campagne, mais ça ne l'empêche pas d'avancer.»

Pour lui, les militants seront très présents derrière Joly. Un exemple tend à le montrer, le nombre de dons individuels que la candidate a reçus depuis un mois, «et sans aucune publicité ni démarchage»: 60.000 euros. En comparaison, Dominique Voynet en 2007 aurait obtenu 45.000 euros, «mais durant toute la campagne».

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La rencontre avec Eva Joly a eu lieu mardi à la mi-journée, dans un café dans le quartier à Belleville, les autres personnes citées ont été vues dans la journée ou jointes par téléphone.