UIMM : deux bénéficiaires de la caisse noire sont mis en examen

L'enquête sur l'UIMM s'accélère : tandis que deux anciens salariés de l'organisation patronale, Jacques Gagliardi et Pierre Chartron, viennent d'être mis en examen pour «recel d'abus de confiance», Philippe de Ladoucette, trésorier entre 2004 et 2006, a été interrogé en qualité de témoin assisté, et Arnaud Leenhardt (président de 1992 à 1999) comme simple témoin. Primes occultes, complément de retraite en liquide, trésorier ne servant à rien, comptabilité arrangée: les juges explorent les recoins d'une caisse noire par où ont transité 600 millions d'euros.

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La liste des personnes poursuivies dans l'affaire de l'UIMM continue de s'allonger. Deux anciens salariés de la puissante fédération de la métallurgie, Jacques Gagliardi et Pierre Chartron, ont été mis en examen la semaine dernière pour «recel d'abus de confiance» dans le cadre de ce scandale financier qui n'a pas fini d'ébranler le patronat.

Le juge du pôle financier parisien, Roger Le Loire, qui enquête sur la caisse noire de l'organisation patronale de laquelle près de 20 millions d'euros ont été retirés en espèces entre 2000 et 2007, suspecte les deux hommes d'avoir fait partie des «petits» destinataires des fonds occultes.

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Selon les investigations du juge et de la brigade financière de la PJ parisienne, l'argent leur a été remis sous forme de compléments de salaire – ou de retraite. Mais les sommes ici en jeu apparaissent comme une infime partie des montants qui se sont évaporés en liquide d'un compte de l'UIMM à la BNP-Paribas, sur les sept années visées par la procédure.

D'après les explications fournies au juge Le Loire par M. Gagliardi, ce dernier avait l'habitude de recevoir une prime en espèces à la veille de Noël et une autre, de moindre importance, tous les trimestres. Cela représentait, au total, environ 50.000 francs (7.622 euros) par an à la fin de sa carrière. Pour son départ à la retraite, en 1999, M. Gagliardi a, de son propre aveu, également perçu une enveloppe de 500.000 francs (76.220 euros) remise par Pierre Guillen, un ancien directeur général de l'UIMM dont il fut un très proche collaborateur.

Interrogé par le juge d'instruction sur ces primes occultes échappant à tout contrôle – notamment fiscal –, l'ancien délégué général puis président de l'UIMM (de 1994 à 2007), Denis Gautier-Sauvagnac, mis en examen pour «abus de confiance», «recel d'abus de confiance» et «travail dissimulé», a plaidé l'ignorance. Il a ainsi affirmé qu'il n'était pas au courant des primes dont a bénéficié M. Gagliardi. Et que, sous son mandat, aucune prime de départ à la retraite n'avait été versée à aucun collaborateur.

L'autre personne mise en examen la semaine dernière est Pierre Chartron. Ancien directeur de l'organisation du personnel à l'UIMM, il est membre de l'association ECRIN (Echange et coordination recherche-industrie) qui a pour objet de rapprocher les laboratoires de recherche et les entreprises afin d'accélérer les transferts de technologies. Au sein d'ECRIN, M. Chartron préside le club Evolutions du travail face aux mutations technologiques (ETMT).

Les deux nouveaux mis en cause, Jacques Gagliardi et Pierre Chartron, ne sont pas les seuls à avoir profité des largesses de l'ex-Comité des forges, aujourd'hui la plus importante fédération au sein du Medef (le syndicat des patrons). Mediapart avait déjà raconté en avril comment l'ancien patron des patrons, François Ceyrac, 95 ans, avait perçu pendant plusieurs dizaines d'années un complément de salaire de 5.000 euros par mois, toujours en espèces. Une rémunération occulte qui aurait, selon DGS, perduré jusqu'en septembre 2007, date de la révélation publique du scandale de l'UIMM.

Un trésorier qui ne sert à rien...

Un autre ancien membre de l'UIMM, Philippe de Ladoucette, l'actuel président de la Commission de régulation de l'Energie, est lui aussi passé dernièrement – c'était le 4 juin – dans le bureau du juge Le Loire. Mais contrairement à MM. Gagliardi et Chartron, cet ancien trésorier de l'UIMM entre 2004 et 2006 n'est pas poursuivi par la justice; il a été placé sous le statut du témoin assisté, statut hybride entre celui de simple témoin et celui de mis en examen.

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Son audition a toutefois permis de réaliser l'étendue de... l'inutilité de la tâche qui lui incombait au sein de l'UIMM. Arrivé comme trésorier à la demande de Denis Gautier-Sauvagnac, Philippe de Ladoucette a défini son poste ainsi: «Il s'agissait de présenter à l'assemblée générale annuelle les comptes qui étaient préparés par les soins de l'UIMM. En d'autres termes, de lire une note qui avait été préparée par lesdits services. Ceci n'impliquait en aucune manière une présence autre que celle de participer au bureau mensuel qui se réunissait, si je ne m'abuse, le troisième vendredi de chaque mois.»

A la question de savoir si le rôle de trésorier avait un quelconque intérêt à l'UIMM, Philippe de Ladoucette a sobrement répondu : «Au moment où je l'ai été, j'avais le sentiment que la fonction de trésorier servait à quelque chose en terme d'affichage, puisqu'il fallait quelqu'un.»

L'ancien trésorier a par ailleurs affirmé n'avoir rien su de la caisse noire de l'UIMM, qui existe depuis 1972 sous la forme d'une caisse de secours mutuel en cas de conflits sociaux pour les entreprises adhérentes. Elle serait aujourd'hui créditée de quelque 600 millions d'euros.

Un quatrième homme a enfin été entendu, cette fois comme simple témoin, par le juge d'instruction ces derniers jours. Il s'agit d'un ancien président de l'UIMM, qu'il a dirigé de 1992 et 1999, Arnaud Leenhardt. Il a confirmé ce qu'il avait déjà déclaré au journal Le Monde en mars dernier, à savoir que la présidente du Medef, Laurence Parisot, était au courant avant que le scandale ne devienne public des remises d'espèces occultes au sein de l'UIMM. Ce que celle-ci a toujours contesté, ouvrant la voie à une guerre de mots à l'origine, depuis plusieurs mois, d'un conflit sans précédent entre le Medef et l'UIMM.

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Arnaud Leenhardt a ainsi confirmé l'existence d'une conversation, avant l'été 2007, avec Daniel Dewavrin – président de l'UIMM de 1999 à 2006 – et Denis Gautier-Sauvagnac, lequel avait rapporté des propos échangés avec Laurence Parisot sur le thème des retraits en liquide. En avril dernier, M. Dewavrin avait même précisé aux policiers de la brigade financière les termes de cette discussion entre DGS et la «patronne des patrons». A la question de Laurence Parisot, qui aurait demandé si les pratiques occultes avaient toujours cours à l'UIMM, DGS aurait répondu par un sourire. Et la présidente du Medef aurait conclu : «Je vois que vous continuez.»

M. Dewavrin, qui est également mis en examen, avait précisé aux enquêteurs: «Je ne vois pas pourquoi DGS aurait inventé cette conversation plusieurs mois avant que l'affaire n'éclate dans la presse.»

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme

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