«Hé oh la gauche»: le camp Hollande lance la campagne 2017

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François Hollande n'est pas encore candidat pour 2017. Il n'empêche, ses amis et ministres s'empressent de lui tracer la voie. Un meeting, lundi soir à Paris, en témoigne. Bilan éclatant, perspectives étincelantes, comparatif avantageux avec la droite : la communication de campagne en action.

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On savait le gouvernement et les barons socialistes dans une bulle, voici que cette bulle a été téléportée sur une autre planète. Une planète où les campagnes présidentielles pourraient se lancer lors d’un meeting sans candidat déclaré, sans programme et devant un parterre de ministres, d’élus et de cadres du parti. C’est le spectacle qui a été donné lundi 25 avril au soir, dans le populaire VIe arrondissement parisien – quartier Saint-Germain-des-Prés, à un jet de pierres de la brasserie Lipp –, à l’occasion du raout « Hé oh la gauche » lancé par le porte-parole du gouvernement et hollandais de choc Stéphane Le Foll.

Dans un amphithéâtre bondé de la faculté de médecine, la moitié du gouvernement est venue applaudir son propre bilan, et donc celui de François Hollande. Le président a bien fait savoir qu’il ne se déclarerait pas avant la fin de l’année, c’est bien un meeting de soutien qui a été donné. Dans son discours introductif, Stéphane Le Foll résume : « On n’est pas là pour se soigner, on est là pour se mobiliser, pour défendre ce que l’on a fait. » Déjà la semaine passée, lors de la présentation de son initiative, le même Le Foll expliquait : « Si on ne revendique pas ce que l’on a fait, personne ne va le faire. C’est dingue qu’on ne soit pas en capacité de valoriser ce qu’on a fait. Ce n’est pas qu’un problème de com’, mais c’est aussi un problème de com’. »

À la tribune, outre Le Foll, la ministre du logement fraîchement sortie d’EELV, Emmanuelle Cosse, la ministre de la santé Marisol Touraine, celle de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem, et le président du PRG et tout nouveau ministre de l’aménagement du territoire, Jean-Michel Baylet. Au premier rang et au second d’autres ministres, les présidents des groupes parlementaires Bruno Le Roux (Assemblée) et Didier Guillaume (Sénat). Dans le public, moult têtes chenues, mâles blancs en majorité, quelques jeunes, dont la plupart apparatchiks ou membres de cabinets ministériels en costume. Au fond, parmi les journalistes, le chargé des relations presse de François Hollande, Gaspard Gantzer, se promène tout sourire.

De gauche à droite : Emmanuelle Cosse, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Stéphane Le Foll et Jean-Michel Baylet © Reuters De gauche à droite : Emmanuelle Cosse, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Stéphane Le Foll et Jean-Michel Baylet © Reuters

Depuis plusieurs semaines, l’élément de langage est repris par tout un chacun : « Le pays va mieux mais les Français ne s’en rendent pas encore compte. » Ce soir, un cap est même franchi : non seulement le pays va mieux, mais en fait, il n’est jamais allé aussi bien et les quatre ans de la gauche au pouvoir laissent un goût de miel pour qui sait apprécier.

« Nous sommes ici pour retrouver des couleurs », dit Emmanuel Grégoire, premier secrétaire fédéral de la section parisienne du PS, en guise d’introduction. Dans ce grand exercice de méthode Coué, les sujets qui fâchent ont été soigneusement glissés sous le tapis. Exit la loi El Khomri, exit les résultats à toutes les élections intermédiaires, exit la politique extérieure, exit l’Europe, exit la crise des migrants.

La seule menace qui semble planer au-dessus des têtes ministérielles est ainsi résumée par Najat Vallaud-Belkacem : « Hé oh peut prêter à sourire mais cette expression contient deux interpellations : ne pas revivre le 21 avril 2002, et ne pas avoir à jouer les Cassandres si la droite revient au pouvoir pour casser ce que l’on a accompli. » Le PS électoral se remet en marche. Avec, tout de même, un léger souci à régler : conspué par la gauche du PS, doublé sur la droite par Emmanuel Macron, quel espace reste-t-il à François Hollande ? Tout l’objet de la soirée sera de le recréer au forceps ou, pour reprendre Emmanuel Grégoire, de « retrouver le clivage gauche-droite ». « On veut réveiller la gauche, mener le débat, montrer ce que l’on a fait pour apporter des réponses aux questions que les gens se posent. Ils ont des doutes, alors il faut qu’on les rassure : on est de gauche ! », disait Stéphane Le Foll jeudi dernier.

Appelé en renfort, Jean-Daniel Lévy, de l’institut de sondage Harris Interactive, se livre en préambule à de savantes équations sur le rapport des Français au clivage gauche-droite, « à partir des études récentes ». Mais il jette un froid sur son premier « slide », qui semble montrer que les personnes interrogées se prononcent à une très large majorité pour un gouvernement d’union nationale. Fort heureusement, les « slides » suivants servent un autre discours : oui, il y a bien un clivage gauche-droite identifié par l’électeur sondé. Les ministres respirent.

Jean-Daniel Lévy lors de sa présentation © CG Jean-Daniel Lévy lors de sa présentation © CG

La scénographie est bien réglée par la suite : une interpellation par vidéo interposée de simples militants, petits élus ou autres sur un sujet particulier, qui se termine presque chaque fois par un « hé oh la gauche, vous faites quoi pour… ». Ensuite l’intervention-réponse-explication d’un ou plusieurs ministres avec en fond, évidemment, le fait que le gouvernement a déjà fait beaucoup, qu’il pourra faire encore mieux et que la droite ferait par contre bien plus mal.

La première à s’y coller est la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, interpellée par Eddy, du Jura, qui trouve la réforme du collège fantastique, celle de l’école mieux encore, mais s’inquiète un peu pour les bac pro. La ministre de l’éducation défend son bilan. Puis un membre du PS vient depuis la salle expliquer en quoi la droite a mené et mènera une politique terrible dans ce domaine.

La seconde vidéo montre Thomas, en direct du marché de Tulle, qui s’inquiète de l’inversion de la courbe du chômage, suivie d’une troisième qui montre Jean-Pierre, en Moselle, qui porte les mêmes questionnements. Myriam El Khomri étant absente, c’est Marisol Touraine qui se charge de répondre. Elle met au crédit du gouvernement le compte pénibilité, la généralisation de la complémentaire santé, et se félicite du fait que « pour la première fois depuis 2004, le régime de retraites est à l’équilibre ». Touraine vole également au secours de la politique de l’offre, sous les applaudissements de la salle. En revanche, la question de l’inversion de la courbe reste un peu dans les limbes. En tout cas, la ministre le dit, « comme femme de gauche », elle n’a pas « renoncé à la victoire en 2017 ».

« Ambassadeurs »

La question suivante porte sur la COP21, un jeune couple, Nima et Alison, de Châteauroux, se demande à quoi ça sert l’accord signé à Paris en décembre, et, plus prosaïquement, si c’est le bon moment pour acheter une maison économe en énergie. Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l’habitat durable, est toute désignée pour répondre, elle qui était, avant son entrée au gouvernement, secrétaire nationale d’EELV. Elle précise d’ailleurs d’emblée : « Je suis écologiste, pas socialiste, et c’est parce que je suis écologiste que je suis entrée dans ce gouvernement. » Dans le détail, la ministre reste collée à ses notes, et cite la rénovation thermique des logements et la loi de transition énergétique qui a enclenché une baisse du nucléaire (quand bien même le gouvernement ne serait pas bien cohérent sur ce dossier) comme des réussites du quinquennat.

Sujet suivant : la question de la ruralité et de la disparition des services publics. Jean-Michel Baylet commence sa réponse par une longue digression sur l’histoire des radicaux français, et ce moment clé où Jean-Jacques Servan-Schreiber prend la présidence du parti radical et tente de l’emmener vers la droite. Scission du parti qui devient le Mouvement des radicaux de gauche puis le parti radical de gauche. Tous ces faits datent du début des années 1970 mais Baylet semble s’en souvenir comme si c’était hier. Tout ça pour dire, au fond, que le PRG est bel et bien de gauche pour ceux qui en douteraient. Répondant enfin à la question, le ministre attaque le bilan de Nicolas Sarkozy et rappelle le lancement d’un millier de maisons du service public d’ici la fin de l’année, et le même nombre de maisons de santé.

Depuis la salle, et sans que l’on saisisse bien le rapport, une militante socialiste est ensuite invitée à parler des Hauts-de-Seine (un territoire rural ?). Elle décrit un département « coffre-fort de la droite au sens propre comme au figuré » et dit tout le mal qu’elle pense de la gestion du département et des mairies tenus par Les Républicains.

Les deux vidéos suivantes, du Pas-de-Calais et du Var, insistent sur la réponse à donner à la montée du FN. Stéphane Le Foll répond cette fois-ci par la lutte contre le chômage et monte en défense du pacte de responsabilité, qui a permis, selon lui, de sauver bien des emplois en particulier dans ces zones sinistrées. 

Viennent ensuite deux interpellations sur des jeunes qui ont presque fini leurs études mais qui s’inquiètent pour la suite. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, répond par un lapsus : au lieu de dire « la jeunesse vivra mieux en 2017 qu’en 2012 », il dit « la gauche vivra mieux en 2017 qu’en 2012 ».  Bref, il défend à nouveau le bilan du quinquennat, appelant à la fin, « tous et toutes à être les ambassadeurs de ce bilan ».

Les ministres sur scène © CG Les ministres sur scène © CG

Des questions sont annoncées dans la salle, il n’y en aura qu’une finalement, qui porte sur les divisions durant quatre ans au sein même des groupes parlementaires. Bruno Le Roux, le chef des députés socialistes, saisit l’occasion pour s’en prendre aux frondeurs. « Depuis quatre ans, la droite ne nous a pas beaucoup tapé dessus, explique-t-il, alors que dès que nous faisions des propositions, les premières critiques venaient de notre camp. » Et pourtant, pour Le Roux, la gauche doit « être fière d’assumer le réel et d’avoir créé de nouveaux droits ». Son collègue patron des sénateurs socialistes, Didier Guillaume, se montre un peu plus lucide : « Pendant quatre ans nous avons démissionné du militantisme, nous avons arrêté d’aller sur le terrain. »

Il est temps de conclure, avec une dernière vidéo montrant trois militants PS de Lorient, « là où tout a commencé pour François Hollande en 2009 » (Hollande y avait lancé sa campagne pour les primaires) et se terminant par cette phrase : « Rappelons-nous comment nous sommes passés de 3 % [score de François Hollande dans les sondages au tout début de sa campagne des primaires – ndlr] à 52 %. »

Décidément en verve, Marisol Touraine se lance alors dans une anaphore qui reprend quasiment le syntagme hollandais. « Avec lui président, nous avons fait de belles et grandes choses », commence la ministre de la santé, avant de dresser un bilan « avec lui président » sous les applaudissements debout (on peut d'ailleurs lire avantageusement le bilan réel du PS sur ce site ou sur celui-ci).

Un Bellaciao retentit dans la salle, le meeting présidentiel sans candidat est terminé.

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