300 000 chômeurs de plus en un an: la France s'installe dans un chômage de masse

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Le chômage a encore augmenté entre novembre et décembre 2015, avec plus de 15 800 nouveaux demandeurs d'emploi en un mois. Il a surtout continué de grimper tout l'an dernier.

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Il y a eu 300 000 chômeurs de plus, toutes catégories confondues, entre décembre 2014 et décembre 2015, dont plus de 90 000 chômeurs de catégorie A (+2,6 %). Si pour le gouvernement, le rituel des chiffres du chômage est un chemin de croix, c’est toute la société française qui se fragilise un peu plus à chaque annonce. Le chômage de masse, catastrophe sociale, s’enracine durablement, sans que personne, au sein de l’exécutif, ne semble être en mesure de proposer un remède efficace.

La ministre du travail veut voir, malgré tout, le verre à moitié plein. « Malgré une augmentation du nombre d’inscrits en catégorie A, l’année 2015 marque une inflexion réelle : 46 000 créations nettes d’emplois auront été enregistrées après plusieurs années de destruction », a assuré Myriam El Khomri lors de l'annonce des chiffres. C’est vrai, sauf que le nombre d’entrants sur le marché du travail est supérieur aux départs à la retraite, et les emplois nouveaux, encore trop faibles, ne suffisent pas à compenser cela. 

Il n’y a que sur l’emploi des jeunes que le gouvernement peut vraiment se réjouir : le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a diminué de 4% sur l’année. Contrat de génération ou pas, pour les seniors, c'est de plus en plus rude. Sur un an, le chômage des plus de 50 ans a augmenté de 8,4 %, et ça vaut surtout pour les femmes. Le chômage de longue durée (plus d’un an), celui dont il est le plus difficile de se défaire, touchait 43 % des chômeurs A, B et C en décembre 2014. Un an plus tard, il touche 45 % des inscrits, soit 2 631 200 personnes.

François Hollande affirme n’avoir jamais cessé de lutter pour l’inversion de la courbe depuis le début de son quinquennat, s’appuyant obstinément sur une politique de l’offre. Il a brandi à la mi-janvier son nouvel arsenal : un milliard de plus pour former les demandeurs d’emploi, le renforcement de l’apprentissage pour les plus jeunes, une nouvelle prime à l’embauche pour les entreprises de moins de 250 salariés, la pérennisation du CICE (40 milliards d’avantage fiscal pour les entreprises), transformée en baisse des charges sociales, et même le plafonnement des indemnités prud’homales, car pour l'exécutif, si les patrons n’embauchent pas, c’est qu’ils ont peur de ne pas pouvoir débaucher. 

Résultat, les marges des entreprises ont bien été restaurées et, dans certains cas, le CICE a même permis d’augmenter les salaires, effet inattendu (et controversé) du dispositif. La production industrielle manufacturière a frémi de 1,7 % vers le haut, l’investissement aussi, le pouvoir d’achat remonte, sans que l'on puisse mesurer le rôle des incitations gouvernementales face à la chute inespérée des prix du pétrole. Mais pour le chômage, c’est raté. « Ainsi, si les actions du gouvernement pour plus de compétitivité, pour encourager l’innovation, pour assouplir et simplifier sont reconnues [par les entreprises, ndlr], il faut aller encore plus loin », a estimé le premier ministre Manuel Valls le 25 janvier. Et donc, « réformer le code du travail », désormais bien installé, à droite comme à gauche, au banc des accusés dans le procès contre le chômage. 

L’« état d’urgence économique et social », annoncé début janvier par François Hollande, semble donc dérisoire, et se tromper d’objet. Le président devrait y être particulièrement attentif, lui qui a imprudemment conditionné sa réélection à l’inversion de la courbe du chômage. Car si les chiffres, mois après mois, année après année, ne font pas tanguer le bateau socialiste, ils pourraient bien, à la longue, le couler. 

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