En Vendée, les urgences connaissent une pénurie « inédite » de médecins

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Cet été en Vendée, dans cinq des six hôpitaux du département, près d’un quart des postes d’urgentiste sont non occupés. Ce territoire de 675 000 habitants manque cruellement de médecins et d’intérimaires. Dans la petite ville de Luçon, citoyens et élus se mobilisent.

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Luçon (Vendée).– « Le ministère de la santé m’a assuré que les urgences de Luçon ne fermeront pas. Notre mobilisation paie ! » Le maire de Luçon Dominique Bonnin (DVD) se réjouit. Vendredi 23 juillet eut lieu la huitième manifestation consécutive organisée pour le maintien du service des urgences de l’hôpital de ville. Dans les rues de cette petite agglomération du sud de la Vendée, depuis le 4 juin, les usagers de cet établissement de santé se rejoignent chaque vendredi, à l’appel d’associations.

À l’heure où résonne le clocher de la grande « cathédrale de Richelieu », la centaine de manifestants, dont une quinzaine d’élus de villages, défilent dans les rues du centre-ville. Ils s’opposent à la dégradation de la qualité des soins d’urgence dans tout le département et à une modification des zonages du service mobile d’urgence et de réanimation (Smur).

Ce territoire rural de la façade atlantique subit depuis juillet une pénurie « inédite » de médecins urgentistes et d’intérimaires, selon le centre hospitalier départemental (CHD) de Vendée. « Le week-end dernier [17 et 18 juillet ndlr] à Challans et aux Sables-d’Olonne, ils ne voulaient plus prendre de patients aux urgences », affirme Jean-Luc Landas, l'un des organisateurs de la manifestation.

Manifestation devant l'hôpital de Luçon contre la fermeture des urgences de l'hôpital. © MB Manifestation devant l'hôpital de Luçon contre la fermeture des urgences de l'hôpital. © MB
La situation critique est aussi ressentie depuis le début des vacances d’été, propices aux congés, un peu partout en France, comme dans la Sarthe ou le Lot-et-Garonne, à Sarlat (Dordogne) ou à Concarneau (Finistère).

Actuellement, « il manque 25 ETP [équivalent temps plein – ndlr] d’urgentistes sur 90 » dans cinq hôpitaux sur les six que compte la Vendée, a indiqué à Mediapart la direction du CHD. Conséquence : « Pour chacun des établissements, la situation évolue favorablement ou défavorablement en fonction des possibilités de remplacement », ajoute la direction.

« Ça fonctionne en pointillé et aucune communication n’est apportée », pointe Jean-Luc Landas.

À Montaigu, ville de 5 000 habitants, proche du parc d’attraction du Puy-du-Fou, les urgences resteront inaccessibles entre 20 heures et 9 heures au moins jusqu’au 15 août, pour envoyer l’urgentiste référent sur d’autres sites. « Cette décision a été prise en concertation avec les élus locaux et la médecine de ville », laquelle a consolidé les maisons médicales de garde, se défend le CHD. L’institution départementale affirme que Montaigu ne connaît pas de hausse de fréquentation l’été.

Néanmoins, les habitants du quart nord-est du département et les touristes y séjournant seront contraints de parcourir jusqu’à trente kilomètres supplémentaires en cas d’urgence vitale survenue le soir, la nuit ou tôt le matin. « Il y a toujours une réponse terrestre ou aérienne qui est apportée » par les Smur, oppose le CHD.

L’été dangereux

L’arrivée de centaines de milliers de vacanciers déboulant en juillet et en août dans ce département aux 140 kilomètres de plage ne rassure pas les riverains. Pas plus que l’annonce faite par l’ARS des Pays de la Loire, il y a quelques jours, de la détection de « vingt-deux clusters » de Covid-19 dans des campings de Vendée avec une « circulation très active du virus », et un « variant Delta très implanté ».

Dans un communiqué du 19 juillet, le CHD de Vendée explique la tension estivale par « le déficit [régulier] d’urgentistes, la difficile mobilisation de médecins remplaçants qui s’orientent cette année vers la vaccination, l’allongement d’une année de la formation de médecin urgentiste qui retarde la sortie des jeunes médecins, et l’évolution des textes encadrant l’intérim médical […] limitant le nombre de remplaçants disponibles. »

Il est ainsi globalement demandé aux usagers de ne plus se déplacer directement à l’accueil des urgences en Vendée, mais d’appeler « le 116 117, le 15, ou son médecin traitant », « pour une éventuelle réorientation ». Pour Évelyne Deluze, présidente d’une association de défense du service public du pays de Luçon, les autorités sanitaires « parlent d’une “procédure adaptée” pendant l’été, mais c’est une procédure “adaptée à la pénurie”, pas aux besoins de la population ! ». Selon cette coorganisatrice des manifestations, « il faut réussir à faire monter la résistance partout en Vendée. Nous exigeons un système de santé digne de ce nom avec le maintien du fonctionnement des urgences 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 dans des conditions acceptables pour les équipes soignantes ».

Un sticker « Touche pas à l’hôpital public » collé sur sa veste, la militante s’agace des effets délétères « de la politique de santé qui contribue à réduire les budgets et les moyens des hôpitaux ». « Les gouvernements sont responsables de la santé des gens, regrette-t-elle. Ils doivent tout mettre en œuvre pour que chacun puisse être soigné normalement. »

Ce positionnement rejoint celui défendu par le collectif national « Notre hôpital c’est vous », qui a déposé le 7 juillet 2021 devant le Conseil constitutionnel un projet de référendum, pour « l’accès universel à un service public hospitalier de qualité ».

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