Aux assises, un nouveau témoin contredit Georges Tron

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Une autre ancienne employée de la mairie de Draveil a confirmé avoir participé à des parties sexuelles avec Georges Tron et Brigitte Gruel, ce vendredi devant la cour d'assises.

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Une nouvelle brèche a été ouverte dans la défense de Georges Tron, ce vendredi devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. Le maire (LR) de Draveil (Essonne) a toujours assuré avec force que les parties sexuelles dans la mairie qui sont décrites par les deux plaignantes n’avaient jamais existé et qu’il était victime d’une sombre machination. Or au quatrième jour du procès, un nouveau témoin, après celui de jeudi, est venu contredire les dépositions faites par Georges Tron pendant l'instruction.

À la barre, Cyrille Delmontel explique qu’elle est revenue dans sa commune de Draveil en 2002, après son divorce. Elle avait deux enfants, cherchait un travail et un logement. Elle est allée rencontrer le maire, Georges Tron.

— S’est-il passé des choses particulières lors de ce rendez-vous ?, demande le président de la cour.

— Je venais d’avoir un accident de voiture et il m’a proposé une séance de réflexologie plantaire en me faisant enfiler une paire de bas, répond-elle sans émotion apparente.

— Il n’y avait aucune connotation sexuelle ?

— Non, je n’en voyais pas. C’était peut-être une tactique d’approche, je ne sais pas. Mais il lui arrivait de me masser plus haut, jusqu’à la cuisse.

— Au démarrage de cette affaire, vous avez écrit une lettre aux enquêteurs qui concerne les plaignantes.

— Le maire nous a fait venir dans une salle, on nous a demandé d’écrire un courrier mettant en cause les plaignantes. J’ai résisté, mais on m’a dit que je n’avais pas le choix.

Georges Tron © Reuters Georges Tron © Reuters
Grâce à Georges Tron, Cyrille Delmontel a obtenu un premier contrat à la mairie de Draveil et a ensuite été titularisée. Elle a passé des concours pour obtenir une promotion, devenant directrice de l’enfance, après avoir été collaboratrice au cabinet du maire. Les choses se sont gâtées mi-2011, quand elle a été convoquée par les policiers après les plaintes déposées par Eva Loubrieu et Virginie Faux.

— Dans la procédure, vous avez décrit plusieurs scènes à caractère sexuel avec M. Tron et Mme Gruel, poursuit le président Philippe Coirre.

— J’ai eu un moment de fragilité après une rupture en 2009. Il y a eu une première scène, je ne l’ai pas vécue comme si je la subissais. À l’époque, ça m’a fait du bien à un moment où je n’étais pas bien.

— Pouvez-vous décrire cette scène ?

— Je suis venue signer les parapheurs, Brigitte Gruel était là. Et puis, on avait l’habitude de s’asseoir par terre, Mme Gruel est passée derrière moi, m’a caressé les épaules, la poitrine, et M. Tron s’attachait à s’occuper de mes pieds. Ses mains ont remonté le long de mes jambes, Mme Gruel m’embrassait. Et ils ont eu une relation sexuelle devant moi. M. Tron a léché le sexe de Mme Gruel, et m’a demandé de la caresser.

— Vous évoquez des attouchements avec Mme Gruel, serait-elle bisexuelle ?

— Je ne pense pas. Ça devait être pour satisfaire M. Tron, et attirer d’autres femmes.

Cyrille Delmontel décrit d’autres scènes, qui semblent obéir au même rituel. Des rendez-vous le soir dans le bureau du maire, où se répètent des actes identiques, avec d’autres collaboratrices du maire.

— C’était une relation consentie ?

— Tout à fait, j’avais besoin de réconfort.

— Georges Tron parle de rancœur de votre part, il dit que tout est faux.

— Ces relations ont eu lieu.

La jeune femme dit avoir reçu des confidences intimes d’une collaboratrice du maire, qui disait entretenir une relation avec Georges Tron. Cyrille Delmontel assure également avoir participé à des séances sexuelles à trois ou à quatre. « C’était toujours à peu près le même scénario : les femmes qui se caressent et qui s’embrassent, il prend plaisir à regarder. » Elle le précise, « ces relations à trois, ce n’était pas mon truc, même si ça m’a fait du bien ».

« Je confirme qu’il a des relations avec des personnes qui sont dans le besoin, poursuit Cyrille Delmontel. Je cherchais un travail, je n’avais pas de logement, avec deux enfants... Il avait ce pouvoir. »

La jeune femme l'assure, elle a « subi des pressions et des brimades. Je n’ai pas quitté ma commune de gaîté de cœur. Je n’imaginais pas les directives qu’il allait donner à mon égard après ma déposition, où je disais avoir eu des relations consenties avec lui ».

« On a répandu beaucoup de rumeurs sur mon compte, en disant que je couchais avec tout le monde dans les bureaux. Or à l’époque, je n’avais rien reproché à M. Tron. Aujourd’hui, je lui reproche ces pressions », lâche-t-elle. On lui a suggéré de modifier sa déposition, explique Cyrille Delmontel. Fonctionnaire très bien notée jusque-là, on l'a menacée d’un blâme, d'une mutation, d’annuler sa titularisation. Elle n'a pas cédé.

« La stratégie de M. Tron était de m’isoler pour me pousser au suicide, d’après ce que j’ai appris de l’intérieur. Mais j’avais une piste pour changer de travail. » Elle a fini par quitter la mairie de Draveil en 2014. « Je suis partie au vu de l’isolement que j’ai subi après mon audition. M. Tron a dû en avoir connaissance, et tout a changé. »

« Les femmes de la mairie angoissaient d’être convoquées par le maire, ajoute Cyrille Delmontel. On se disait entre nous de mettre des bottes pour éviter les séances de réflexologie. C’était le maire, il avait le pouvoir. Quand je réussissais à refuser les séances, il faisait la gueule, et après j’allais travailler la boule au ventre. »

Les avocats de Georges Tron et de Brigitte Gruel soulignent à tour de rôle ce qu'ils considèrent comme des erreurs et des incohérences dans ce récit, qu'ils estiment entièrement faux et calqué sur celui d'Eva Loubrieu et Virginie Faux. Cyrille Delmontel tient bon.

Un dernier témoin est entendu en fin de journée. Après avoir été sportive de haut niveau puis vendeuse, Chrystelle Sahuc a été la jeune assistante parlementaire de Georges Tron de 2004 à 2007. Impressionnée, ayant un peu de mal à s'exprimer face à la cour, la jeune femme expose d'abord que « Georges Tron a été très gentil, très prévenant. Il savait me valoriser. Je l'accompagnais un peu partout ».

Elle a été embauchée après un massage de pieds, avec des bas spéciaux. « Il m'a parlé de réflexologie et l'a pratiquée sur moi. Je l'aimais beaucoup, confie-t-elle à la barre. J'avais l'impression qu'il avait des sentiments pour moi, et j'en avais pour lui. De fil en aiguille, on se rapprochait de plus en plus. Et puis une idylle a commencé. Un flirt, dans le sens où je n'ai jamais eu de relation sexuelle avec Georges Tron. C'était entre adultes consentants. Ça n'a pas duré très longtemps. C'était toujours un peu la même chose, ce n'était pas très satisfaisant. Je me suis dit : tu t'es emballée, est-ce que tu crois qu'il va quitter sa femme pour toi ? J'avais eu cet espoir, il est vite passé. »

Pendant la procédure, Chrystelle Sahuc avait évoqué des pénétrations digitales, qu’elle ne confirme pas devant la cour d'assises, parlant avec réticence de caresses sur le sexe. « Il commençait par la réflexologie, et puis il m'embrassait et il me caressait. » Le rituel est immuable. Sur procès-verbal, elle a dit que le maire restait toujours habillé, qu'il avait l'air « dans son monde », qu'elle ne le caressait pas et qu'il voulait toujours rester propre. Elle estime alors que la réflexologie est un prétexte et que le comportement de Georges Tron est « maladif ».

Les dépositions du maire de Draveil, pour qui Chrystelle Sahuc était demandeuse de séances de réflexologie, sont démenties dans un grand éclat de rire par la jeune femme, qui prend progressivement de l'assurance. « La réflexologie, je pense que ça a été une façon pour lui de se rapprocher de moi, dit-elle. Mais au bout d'un moment je n'avais plus trop envie de ça. J'ai mis des chaussettes et des bottes, et puis voilà, fini, la réflexologie. »

Elle a mis en garde Eva Loubrieu, qui « vivait à peu près les mêmes choses. Il ne fallait pas attendre plus que ça ». Chrystelle Sahuc a fini par démissionner. Elle juge que les dépositions de Georges Tron, reconnaissant seulement pendant l'enquête quelques caresses très innocentes, ne sont « pas complètement exactes ». Le maire de Draveil n'est pas confronté aux témoins par le président de la cour. Il sera interrogé ultérieurement.

Vendredi matin, la crédibilité des deux plaignantes a été remise en question par un expert psychologue aujourd'hui à la retraite, Michèle Agrapart-Delmas. Selon cette dernière, qui les a rencontrées en 2011, Eva Loubrieu et Virginie Faux sont des femmes très fragiles, « enkystées dans un statut de victime » qui les valoriserait. L'expert estime qu'elles ne présentaient pas, sur le plan sexuel, les conséquences posttraumatiques qu'elle constate habituellement dans les dossiers de viol. Une analyse qui hérisse les avocats de la partie civile et la représentante de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Questionnée sur son travail, Michèle Agrapart-Delmas se fâche et se plaint d'avoir dû, pour cette audience, se lever « à 6 heures du matin pour 44 € » d'indemnisation, jurant qu'on ne l'y reprendrait plus.

Le procès reprend lundi et doit se poursuivre jusqu'au 16 novembre.

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