Dossier: Sciences-Po, la fuite en avant et les scandales

Sciences-Po : le départ de Casanova et Pébereau à nouveau exigé en AG

Mercredi, la ministre a annoncé la nomination de Jean Gaeremynck comme administrateur provisoire. Les personnels de Sciences-Po, rejoints par les représentants des étudiants, ont à nouveau demandé le départ de leurs dirigeants.

Lucie Delaporte

27 novembre 2012 à 19h06

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Ils sont plusieurs dizaines à n’avoir pu entrer. La seconde AG des personnels de Sciences-Po depuis le début de la crise s’est en effet ouverte ce mardi 27 novembre dans un amphi plein à craquer. Après les péripéties de ces derniers jours, l’annonce de l’arrivée d’un administrateur provisoire et le déferrement prochain de plusieurs dirigeants de l’école devant l’instance juridictionnelle de la Cour des comptes (voir notre dossier complet ici), les personnels de Sciences-Po ont à nouveau tenu à faire entendre leurs voix dans ce moment si décisif pour l’avenir de leur école.

À l’ordre du jour : qui va désormais mener le processus de sélection du ou de la futur(e) patron(e) de Sciences-Po ? Est-il vraiment possible que les mêmes conseils – dont la légitimité est aujourd’hui fortement contestée en interne – décident, à nouveau, de celui ou celle qui présidera demain aux destinées de la rue Saint-Guillaume ? Recevant la veille les représentants syndicaux, Jean-Claude Casanova, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) a en effet défendu l’idée de maintenir le même comité de sélection qui a déjà désigné Hervé Crès il y a quelques semaines. Michel Pébereau, directeur de l’IEP dont le mandat arrive à échéance en janvier, se retirerait cette fois du processus.

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Inacceptable pour les personnels de Sciences-Po qui ont donc adopté une résolution (à l’unanimité moins deux voix, et une abstention), demandant une nouvelle fois le départ des dirigeants, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, « en raison de leurs responsabilités personnelles dans les dérives » de l’école.

« La démission des dirigeants n’est pas une fin en soi, mais un préalable indispensable » a précisé d’emblée Olivier Borraz, directeur de recherche au CNRS, co-organisateur de l’AG. Alors que l’historienne Claire Andrieu rappelait opportunément que les dirigeants de Sciences-Po s’étaient engagés lors du conseil de direction du 18 juin dernier à remettre leur démission si la candidature de Hervé Crès n’était pas retenue, le texte encore consultable hier avait mystérieusement disparu ce mardi du site de l’école puis réapparu…(Voir notre document)

Extrait du PV du conseil de direction du 18 juin © 

 « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré », a aussi renchéri une participante citant Albert Einstein, en déclenchant rires et applaudissements dans la salle.

« Nous ne sommes pas de dangereux bolcheviks pilotés par un gouvernement socialiste »

Le texte de la résolution exige donc « que la nouvelle procédure d’élection… respecte les principes d’ouverture, de transparence, d’équité et de parité ». Les salariés de Sciences-Po, rejoints par les organisations étudiantes, veulent aussi qu’une commission soit mise en place associant les quatre collèges de Sciences-Po (académique, administratif, étudiant et représentants de l’État) pour « réformer l’ensemble des instances d’administration de Sciences-Po », et doter l’école de « structures dignes d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche de rayonnement international ».

Absents lors de la dernière AG, de rares défenseurs de l’actuelle direction se sont aussi exprimés, comme Philippe Petat, élu au conseil de direction de l’IEP, qui a estimé que « personne n’avait eu le couteau sous la gorge au moment de voter » pour Hervé Crès – qui reste donc, pour lui, le seul candidat légitime. François Heilbronn, représentant des enseignants dans la même instance, aujourd'hui mise en cause, a lui aussi défendu la procédure mise en place par la direction pour désigner le successeur de Richard Descoings et Jean-Claude Casanova lui-même en expliquant qu’il « aimerai(t) à son âge (il a 79 ans – ndlr) avoir son intelligence et sa culture ». « C’est bien parti pour ! » a répliqué quelqu’un dans la salle dans l'hilarité générale.

Malgré ces échanges potaches, les salariés de Sciences-Po semblent bel et bien divisés entre ceux qui défendent encore l’actuelle équipe dirigeante et ceux, bien plus nombreux semble-t-il, qui veulent qu’elle s’en aille. « Nous ne sommes pas de dangereux bolcheviks pilotés par un gouvernement socialiste qui voudrait nationaliser Sciences-Po, ni d’affreux réactionnaires qui voudraient entraîner Sciences-Po dans un obscur Moyen Âge, a donc jugé bon de préciser Karoline Postel-Vinay aux premiers. Ce n’est pas une querelle entre anciens et modernes, personne n’a le monopole de l’identité de Sciences-Po. »

Mercredi, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, annonçait la nomination de Jean Gaeremynck comme administrateur provisoire. Issu du conseil d'État et de la fameuse promotion Voltaire de l'ENA, il aura pour mission « d'assurer la continuité de direction à la tête de l'IEP de Paris, engager la mise en œuvre des recommandations de la Cour des comptes », mais aussi de « préparer avec les conseil dirigeants les conditions de nomination du futur directeur, dans les meilleurs délais », et enfin de « proposer l'adaptation des statuts de Sciences-Po ». Une bien lourde tâche dont le ministère espère qu'elle s'achèvera dans deux ou trois mois. 

Lucie Delaporte


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