Valls précipite la crise politique au cœur du pouvoir

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Dans un entretien au JDD, le premier ministre franchit un pas supplémentaire vers une candidature à la primaire du PS. À cinq mois de la présidentielle, la gauche de gouvernement a totalement explosé.

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Primaire du PS, épisode 7 849. Alors que la fumée blanche était attendue ces jours prochains au-dessus de l’Élysée – le président de la République, François Hollande, devait enfin dire s’il brigue ou non un second mandat –, le premier ministre Manuel Valls vient faire souffler des vents contraires, précipitant l'exécutif dans une crise politique toujours plus aiguë.

Dans un entretien au Journal du dimanche, Valls, qui laissait entendre depuis des semaines qu’il se préparait à reprendre le flambeau au cas où François Hollande ne se représenterait pas, dit à présent qu’il pourrait candidater contre le chef de l’État. « J’ai des rapports de respect, d’amitié, et de loyauté avec le Président. Mais la loyauté n’exclut pas la franchise. Force est de constater qu’au cours de ces dernières semaines, le contexte a changé. La parution du livre de confidences a créé un profond désarroi à gauche. Comme chef de la majorité, ma responsabilité est donc de tenir compte de ce climat », explique le premier ministre. 

Il va ensuite plus loin : « Toute candidature doit intégrer le rapport avec les Français, avec la gauche, avec notre famille politique. Toute décision qui ferait fi de ces trois dimensions apparaîtrait comme bancale ou fragile. Me concernant, j’intègre en permanence ces trois éléments. » Puis : « La question n’est pas seulement celle de l’envie, mais bien celle de la responsabilité historique qui doit prendre en compte l’intérêt de la France et de la gauche. » Et encore : « Notre primaire ne doit pas se résumer à de petits calculs d'appareil. Elle doit donner un élan, de l'espoir. Il faut se préparer au face-à-face. Je m'y prépare, j'y suis prêt. » Tout l'entretien, en réalité, vise à démonter de façon chirurgicale l'hypothèse d'une candidature Hollande et dresse le portrait du successeur rêvé, Valls en l'occurrence.

Celui qui ne voulait surtout pas apparaître comme le Brutus du quinquennat, qui laissait ce rôle de traître à Emmanuel Macron, a donc changé d’avis et ne cesse de planter des coups de poignard dans le dos du président de la République. Une stratégie qui a commencé avec la publication du livre « Un président ne devrait pas dire ça... » (Stock, 2016), et qui précipite l'explosion du couple exécutif, déjà mis à mal ces dernières semaines. Les relations Hollande-Valls n'ont jamais été aussi tendues depuis le début du quinquennat.

En début de semaine, le fidèle “hollandais” Stéphane Le Foll avait prévenu dans Libération : « J’ai bien compris que Manuel Valls voulait être dans la bataille et qu’il était prêt à assumer une candidature. Je l’ai compris et je le respecte. Je demande aussi que l’on respecte la fonction et le calendrier présidentiel. » Avant d'indiquer qu'il fallait « que ça aille mieux » entre le président et le premier ministre.

Manuel Valls et François Hollande © Reuters Manuel Valls et François Hollande © Reuters

Dans les couloirs de l’Élysée, où bien malin peut dire ce qu’il se passe dans la tête de François Hollande, cette sortie de Manuel Valls peut-elle changer la donne ? Ces derniers jours, les proches du chef de l’État annonçaient une décision imminente de leur champion, peut-être le 5 décembre, peut-être le 10. Pour eux, il ne fait guère de doute qu’Hollande veut y aller, même si la candidature d'Emmanuel Macron a déjà rétréci le champ de ses possibilités. La situation apparaît aujourd'hui plus compliquée que jamais. L’appel de 50 membres du showbiz, dimanche dernier dans le JDD, censé figurer un sursaut, rame depuis. Devenu pétition, l’appel n’avait recueilli dimanche en début d’après-midi que 7 190 soutiens.

À Madagascar où il est en déplacement, François Hollande a, comme à son habitude, commenté indirectement les propos de son chef de gouvernement. « Nous rassembler, c’est le plus essentiel. C’est-à-dire que nous puissions tous contribuer au bien commun », a glissé le président dans un discours officiel, plus affaibli que jamais. Même les radicaux de gauche (PRG), qui participent au gouvernement, ont contribué au désastre exécutif : samedi, ils ont décidé de présenter une candidature à la présidentielle sans passer par la primaire du PS. C'est, une nouvelle fois, une ancienne ministre de François Hollande qui affirme vouloir le défier, l'ex-ministre du logement Sylvia Pinel.

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