Pour Benoît Hamon, c’est déjà presque lundi matin

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En meeting à Montreuil jeudi et à Lille vendredi, le favori du second tour, dimanche, de la primaire du PS, pense déjà au prochain coup à jouer : réussir le rassemblement au sein du parti comme avec le reste de la gauche.

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Montreuil et Lille, envoyé spécial. - Les attaques de Valls et ses proches, depuis plusieurs jours, l’ébranlent à peine. Et au petit jeu des meetings, c’est à nouveau lui qui l’emporte. Jeudi soir à Montreuil, le palais des Congrès est plein : 3 000 à 3 500 personnes dans une ambiance électrique – quand Manuel Valls réunit entre 500 et 800 personnes à Alfortville. Les drapeaux s’agitent, la sono hurle, les organisateurs rajoutent à la hâte des fauteuils sur les côtés. 

Au premier rang, les hamonistes Alexis Bachelay et Régis Juanico, Pascal Cherki et Mathieu Hanotin, ou encore Naïma Charaï côtoient les partisans d’Arnaud Montebourg franchement ralliés – François Kalfon, Marie-Noëlle Lienemann, Daniel Goldberg et Gérard Filoche –, et même Jean-Marc Germain, héritier putatif de Martine Aubry, sans compter quelques cadres d’EELV.

Sur la scène, pour la touche people, la cinéaste Valérie Donzelli prend brièvement la parole. « Le programme de Hamon n’est pas utopique, il est imaginatif. Moi j’y crois ! » conclut-elle sous les applaudissements. Candidate aux législatives en Gironde, Naïma Charaï enchaîne, envoyant elle aussi son taquet à Manuel Valls : « On ne convainc pas les citoyens en singeant la droite. »

Devant quelques journalistes, Régis Juanico parle déjà des coups d’après. Il exprime quelques « craintes » à propos des députés du « Marais », ceux qui ont mal vécu les frondeurs, mais n’a pas de « doutes » sur la fidélité du premier ministre Bernard Cazeneuve. Mais le plus important pour Juanico dépasse le PS : « C’est important le parti, mais nous, on va élargir à gauche. » « On a un mois pour faire baisser Mélenchon et Macron », dit-il, ou encore : « Pour éviter les départs chez Macron, il faut être en dynamique permanente. »

La dynamique, jeudi, est bien là. Avec un fait notable : la population est bien plus diverse que lors des précédents meetings, avec des jeunes en nombre, certes, mais aussi des têtes chenues qu’on voyait peu auparavant. Benoît Hamon arrive enfin sur scène, dans une cohue de journalistes et de soutiens. Quelqu’un dans la foule lui lance un « je t’aime » assez fort pour qu’il entende. « Moi aussi je t’aime, je ne sais pas qui a dit ça mais merci », répond le candidat, souriant jusqu’aux oreilles.

Benoît Hamon jeudi soir à Montreuil. © CG Benoît Hamon jeudi soir à Montreuil. © CG

Tout le monde dans son équipe n’a que l’après second tour en tête mais dans son discours, Hamon tient à répondre à la campagne des vallsistes. Lancée dès le soir du premier tour, la petite musique qui ferait de Hamon le candidat « des Frères musulmans », le candidat « islamo-gauchiste » prêt à des « accommodements avec l’islam radical », passe décidément mal. « On m’avait dit attention, le second tour risque d’être un peu plus dur que le premier, il l’a été incontestablement », commence Benoît Hamon. Celui-ci dénonce ensuite la campagne menée par l’extrême droite qui a transformé son nom en « Bilal Hamon » : « Je veux les remercier, c’est un très joli prénom », lance-t-il à la foule, qui répond en criant « Bilal ! Bilal ! ». « Je serai aussi fier qu’ils m’appellent Elie ou David, peu importe », ajoute le candidat. Puis plus sérieusement : « J’ai bien compris le terrain sur lequel certains voulaient aller, je le trouve dangereux car quand on instille ce poison, on prépare la division, on ne prépare pas le rassemblement. »

C’est bien ce rassemblement que lui veut engager. Il y consacre toute la fin de son discours à Montreuil : « Lundi matin, si les Français de gauche me font confiance, il me reviendra de rassembler un peu plus qu’une famille politique, plus que la famille socialiste […] mais aussi toute la gauche, la gauche écolo et la gauche radicale. » Estimant qu’il lui revenait de prendre cette question « au sérieux », Hamon a insisté pour dire que ce rassemblement devait avoir lieu « sur des bases claires, transparentes, pour ces citoyens qui espèrent, qui ne veulent pas choisir entre Marine Le Pen et François Fillon au second tour ». Affirmant qu’il était en « capacité de submerger la logique des appareils », il a répété qu’il ne posait « aucun préalable ». « La force de la gauche, c’est d’opposer aux hommes providentiels l’intelligence collective », explique-t-il, avant de conclure au bout d’une heure de discours : « Seul, on va plus vite mais ensemble, on va plus loin. »

Rebelote le lendemain à Lille, au terme d’une journée chargée, au sens littéral et symbolique. Dans la matinée, Benoît Hamon a retrouvé son ancien concurrent et désormais soutien Arnaud Montebourg pour une visite express de la Pépinière 27, qui héberge des sociétés travaillant notamment dans l’économie collaborative. Puis, en début d’après-midi, départ à Lille pour une visite centrée sur la culture – au programme, la visite d’un centre culturel, d’une médiathèque et un échange avec des acteurs culturels sur le soutien de l’État. Sur le quai de la gare, c’est François Lamy, l’hyper-proche de Martine Aubry, souffrante, qui l’accueille. Un symbole n’arrivant jamais seul, le candidat recevait ce même jour un soutien appuyé de Nicolas Hulot.

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