Retraites: le régime de la double peine

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Le gouvernement a à peine confirmé son intention d'allonger la durée des cotisations retraite, qu'il annonce aussi son intention d'augmenter ces cotisations «dès cette année». Il lorgne sur les excédents de l'assurance chômage pour ne pas augmenter les prélèvements obligatoires.

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C'est un nouveau tour de vis financier qui est en train de s'esquisser sur les retraites. Jusqu'alors le gouvernement ne parlait que de durée. Lundi, Xavier Bertrand, ministre du Travail, recevant les partenaires sociaux, a confirmé le projet de réforme de la retraite, allongeant les cotisations à 41 ans, pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein. Désormais, le gouvernement parle aussi de hausse des cotisations. Mardi, le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, a ainsi indiqué sur I-Télévision qu'une augmentation des cotisations retraite interviendrait «dès cette année ». « Il le faut pour assurer l'équilibre financier du régime. »
Selon les estimations du gouvernement, le régime retraite devrait afficher un déficit de 5 à 8 milliards d'euros cette année. Conscients de la situation, les syndicats demandent depuis des mois une hausse des cotisations, mais aussi de nouveaux prélèvements notamment sur les revenus financiers et les dividendes. Ces mesures, selon eux, auraient suffi pour sauver l'équilibre du régime, sans qu'il soit besoin en plus d'allonger la durée des cotisations. Le gouvernement a refusé de les entendre. Soutenant qu'il fallait modifier les années de travail, pour tenir compte de l'allongement de la durée de la vie. Une réforme, a rappelé à plusieurs reprises Xavier Bertrand, qui ne fait qu'aligner la France sur la norme européenne. Augmenter les cotisations, en revanche, il n'en était pas question. Et encore moins de créer un prélèvement sur les revenus financiers ou sur les stock-options.
Aujourd'hui, tous les propos tenus dans le passé ne semblent plus d'actualité. Le gouvernement a besoin de cette augmentation des cotisations retraite. Mais il s'est engagé aussi par ailleurs à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires. Pour échapper à cette double contrainte, le gouvernement a bien une idée qu'il a déjà suggéré dans son plan transmis dimanche aux partenaires sociaux. L'augmentation des prélèvements sur les retraites se doublerait d'une baisse proportionnelle des cotisations sur l'assurance chômage. Xavier Bertrand paraît ne pas exclure non plus de faire quelques prélèvements dans la caisse de l'Unedic, aujourd'hui excédentaire, pour combler les autres déficits sociaux. « Cet argent n'appartient pas à l'Etat mais aux assurés sociaux », ont déjà protesté les syndicats, en découvrant les velléités gouvernementales. Leurs protestations ont-elles été entendues ? On peut en douter. La volonté du gouvernement de changer à la fois la durée et le montant des cotisations retraite risque de créer de vraies tensions avec les syndicats et dans l'opinion publique, lesquels pourraient ne pas comprendre ce régime de la double peine.