Benoît Hamon veut «inviter toute la gauche à discuter, sans sectarisme»

Deux mois après son échec au premier tour de la présidentielle, l'ancien candidat socialiste lance samedi à Paris son mouvement. Dans un entretien à Mediapart, il estime, alors qu'il se retrouve coincé entre Mélenchon et Macron, que la gauche, pour continuer d'exister, doit parvenir à se « régénérer » dans l'écologie. Il appelle à des états généraux dès la rentrée.

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Il remonte à cheval, vers des conquêtes toujours plus incertaines. Malgré son échec à la présidentielle, Benoît Hamon a décidé de lancer ce samedi à Paris un nouveau mouvement, pour l'instant appelé « du 1er juillet », pour participer à la reconstruction de la gauche. Dans un entretien à Mediapart, il fait le point sur son ambition et les contours de cette nouvelle tentative de réunification de la gauche, alors qu'il se retrouve coincé entre Mélenchon et Macron. Estimant qu'il ne suffira pas « d'attendre que le balancier de l'alternance revienne », Hamon se fait sévère pour le parti socialiste, dont « les sympathisants non seulement ne se définissent plus comme tels », mais en plus « ne se reconnaissent plus dans ce que nous sommes », ni dans son projet puisqu'il n'y en a plus.

En 2009, alors porte-parole du PS, vous déclariez à Mediapart : « La règle est simple : si tu te plantes, tu payes. Si tu te plantes pas, tu passes à l’étape suivante. » Lancer un nouveau mouvement après avoir fait 6,4 % à la présidentielle et avoir été éliminé, au premier tour des législatives, comme la plupart de vos proches et soutiens, n’est-ce pas passer à l’étape suivante malgré le plantage ? N’est-ce pas paradoxal en termes de dynamique ? 

Benoît Hamon, en janvier dernier. © Nicolas Serve Benoît Hamon, en janvier dernier. © Nicolas Serve
Ça dépend du raisonnement qu’on adopte au terme de cette très longue séquence électorale. « Hamon doit-il être sanctionné car il a perdu ? » C’est une vraie question, que je me suis posée sérieusement, et que j’ai aussi posée à ceux qui m’ont accompagné durant la campagne. Nous avons eu le sentiment que, malgré un échec lourd et indiscutable, nous avions porté sur nos épaules une défaite dont les causes nous échappaient pour partie. Ce qui a été sanctionné, c’est d’abord la déchéance de nationalité, la loi sur le travail, la chronique des trahisons, des reniements, des petites manières de ce quinquennat. Et sans doute aussi – ma propre part de responsabilité incluse – un comportement collectif de la gauche et son incapacité à s’entendre. J’observe que même les frondeurs ont été sanctionnés et n’ont bénéficié d’aucune indulgence particulière.

À ce diagnostic est venue s’ajouter la conviction que la campagne que nous avons menée sur le fond, lors de la primaire puis de l’élection présidentielle, a rencontré un écho bien plus large que les suffrages portés sur mon nom. Toutes les graines que nous avons semées ont éclos rapidement. Sur le revenu universel, le rapport au travail et au productivisme, on a réussi à féconder un espoir. Sur la question démocratique, au-delà de la VIe République, sujet mal traité durant cette campagne, nous avons interrogé la démocratie sociale en martelant que l’économie ne pouvait pas être le seul champ étanche aux pratiques démocratiques. Sur la santé et l’environnement, sur le consumérisme et nos modes de production, sur la robotisation de l’économie… 

On a vu tellement de gens qui nous disaient “vous avez raison mais trop tôt”, “on vous aime bien, mais les socialistes ont vraiment été trop dégueulasses”, et qui ont basculé dans la logique irréversible du vote utile… On s’est dit qu’il y avait matière à régénérer la gauche par ces idées, en acceptant de les secouer. L’inventaire commence par interroger notre propre projet présidentiel. Il y a eu des acquis dans cette campagne, et nous voulons les consolider et continuer à les travailler sans nous éparpiller comme c’est trop souvent le cas à gauche. D’où l’importance du mouvement du 1er juillet.

Quelle est l’ambition de ce “mouvement du 1er juillet” ? Être un parti de masse, ou un club en prélude d’un nouvel Épinay de la gauche et de l’écologie [en référence au congrès refondateur du PS en 1971 – ndlr] ? 

La nécessité de lancer ce mouvement découle de l’analyse que nous avons faite de la défaite. Nous ne pensons pas qu’il suffit d’attendre que le balancier de l’alternance revienne. Nos électeurs nous ont quittés depuis longtemps. Depuis les municipales, ils ont pris l’habitude de ne plus voter pour nous. Leurs fidélités sont ailleurs. Les sympathisants socialistes, non seulement ne se définissent plus comme tels, mais en plus votent Mélenchon ou Macron. Ils ne se reconnaissent plus dans ce que nous sommes, ni dans le projet du PS puisqu’il n’y en a plus. Aujourd’hui, à part dire que le PS est contre les ordonnances sur le code du travail, qui sait ce que pense réellement le PS sur le travail ? Le seul mot d’ordre qui subsiste, c’est “repli sur les territoires et gloire aux militants”… C’est court. Il faut avoir la lucidité de constater que nous avons été remplacés. 

C’est un défi colossal qui est devant nous, et il est avant tout sociologique. Or le PS a laissé de côté la sociologie pour privilégier la psychologie et l’économie. Aujourd’hui, il y a un électorat populaire qui se retrouve dans le choix de radicalité de Mélenchon, et un électorat plus bourgeois qui se retrouve dans la modernité de Macron. À nous de retrouver une forme de synthèse, de projet commun interclassiste, entre catégories populaires et classes moyennes, favorisées et défavorisées, autour de l’environnement, du travail, des services publics, des solidarités, de l’école, de la République, pour reconstituer la base sociale et électorale qui nous manque désormais.

Benoît Hamon le soir de sa défaite, le 23 avril 2017 © Nicolas Serve Benoît Hamon le soir de sa défaite, le 23 avril 2017 © Nicolas Serve

Le mouvement du 1er juillet sera un mouvement citoyen, populaire et décentralisé, et l’objectif est qu’il soit le plus grand possible. L’adhésion sera extrêmement simple, avec différents degrés d’investissement possibles, et l’on pourra le rejoindre en un clic. On vient de lancer une campagne de dons qui marche déjà très fort, puisque nous avons remboursé en vingt-quatre heures les dépenses de l’événement de lancement, pelouse de Reuilly (ce samedi à Paris). Le mouvement doit pouvoir participer à la reconstruction de la gauche, comme une poutre parmi d’autres d’une future maison commune.

Comment y parvenir ? En réunissant toutes les familles de la gauche autour des questions qui mettent la gauche au défi de la modernité : la transition écologique et la nécessité de rompre avec un modèle de développement productiviste, les mutations du capitalisme et la nécessité de repenser le rapport au travail et le financement des systèmes de protection sociale, enfin, l’articulation entre question démocratique, souveraineté et ouverture au monde. Il nous faut reprendre le flambeau historique du socialisme et lui restituer l’horizon internationaliste qu’il a perdu. L’Europe est le terrain privilégié de cette reconquête. L’Union européenne a perdu son sens et sa justification aux yeux des peuples. Faut-il pourtant jeter l’idéal européen au prétexte que conservateurs et sociaux-libéraux ont précipité l’Union dans l’impasse austéritaire ? Ce serait une erreur historique à laquelle la gauche ne peut pas s’associer. Par loyauté et fidélité à son histoire et ses valeurs.

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