Nicolas Sarkozy et l’«Etat profond»

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Nicolas Sarkozy n'est pas «concerné» par les vols et cambriolages qui ont visé plusieurs journalistes et médias en pointe sur l'affaire Bettencourt. Il devrait pourtant l'être quand les indices s'accumulent sur les méthodes d'un pouvoir aux abois prêt à utiliser les pires ressources de l'Etat ou à dévoyer ses services pour se sauver.
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L'« Etat profond » est cette formule quipermettait de caractériser, il y a quelques années, la vraie nature du régimeturc : d'opaques mais solides alliances entre pouvoir, militaires, vieuxparti kémaliste, magistrats, policiers, groupuscules nationalistes ethommes d'affaires. Des alliances capables de s'émanciper, dans des moments charnières,de toute loi, de tout contrôle. Pour aller jusqu'au coup d'Etat.

Nous sommes en train de découvrir ce qui ressemble bien à un« Etat profond » du régime construit par Nicolas Sarkozy. La formulepeut choquer, paraître excessive. Mais elle est à la mesure de ce qui émergedepuis quatre mois à la faveur du scandale d'Etat Bettencourt et des séismesqu'il provoque dans les secteurs clés de l'appareil d'Etat.

Nicolas Sarkozy, vendredi à Bruxelles. Nicolas Sarkozy, vendredi à Bruxelles.
Excessive, elle ne l'est pas si l'on veut bien considérerl'extrême gravité de faits intervenus dans quatre des secteurs clés quiorganisent notre démocratie : le fisc, la police, la justice, la presse.La révélation, cette semaine, qu'une série de cambriolages a directement viséquatre des journalistes les plus en pointe sur l'affaire Bettencourt-Woerth, etles titres (Mediapart, Le Monde, Le Point) où ils travaillent, est venue créerun climat presque sans précédent de suspicion de la puissance publique.

Aucun élément matériel, à ce stade, ne permet de désigner unresponsable, un commanditaire, ni même d'affirmer avec certitude que cescambriolages (vols d'ordinateurs et de documentations) sont liés à cetteaffaire. Refusant de céder à une paranoïa particulièrement malvenue, Mediaparts'est d'ailleurs dans un premier temps gardé de médiatiser le cambriolagesurvenu dans ses locaux.

Mais la concomitance de ses opérations, les cibles visées,les matériels dérobés et le professionnalisme déployé donnent un fort crédit àce qui est désormais l'hypothèse principale : une entreprise coordonnéed'une ou plusieurs officines. Et nous voilà contraint de plonger dans lesprofondeurs noires de l'Etat avec cette question : cette ou ces officines ont-ellesagi sur commande d'un responsable de l'appareil d'Etat ?

Là encore, un contexte particulièrement trouble oblige àprendre au sérieux cette hypothèse. L'affaire Bettencourt, c'est d'abord larévélation de l'envers du sarkozysme. Il ne s'agit pas là d'élucubrations commeveut le faire croire l'UMP, mais de fortes présomptions basées sur des faits etdes éléments matériels : ils ont d'ailleurs contraint le procureur deNanterre à ouvrir des enquêtes préliminaires pour « prise illégale d'intérêt »,pour « financement illégal de la vie politique », pour « fraudefiscale ».

Cette affaire est donc d'abord une affaire politique, n'endéplaise à Xavier Bertrand et Michèle Alliot-Marie (voir vidéo ci-contre, à partir de 3'55) qui, mercredi et dans unnuméro parfaitement rodé, ont expliqué qu'il ne s'agissait là que « d'undifférend entre une mère et sa famille ». Chacun aura compris que l'enjeun'est pas là, comme Mediapart n'a cessé de l'expliquer depuis le mois de juin.

La violence des réactions du pouvoir ne peut que renforcernos interrogations. Il y eut d'abord le déchaînement contre Mediapart organiséen juillet par le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, lors d'une réunion de criseà l'Elysée : là furent arrêtés les argumentaires pour les responsables dela majorité (« presse des années trente », « méthodesfascistes », « site de ragots », etc.) Il y eut ensuite le 12juillet, lors de son explication sur France-2, la mise en cause indirecte denotre site par Nicolas Sarkozy, qui utilisa d'ailleurs à cette occasion leterme « officine ». Il y eut juste avant les fuites organisées d'unextrait tronqué d'un procès-verbal d'audition de l'ex-comptable des Bettencourtlaissant croire qu'elle se rétractait...

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