A Marseille, un vent d’«insoumission» gagne les quartiers nord

Par et Lisa Castelly (Marsactu)

Dans le fief de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise veut être le fer de lance d’un renouveau militant capable de mobiliser les quartiers populaires. Chantier de peinture d’une école, blocage de route…, autant de manières d’aider les habitants à se réapproprier la chose publique, mais aussi de préparer les municipales de 2020.

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L’endroit n’est pas franchement riant : un local dédié aux locataires dans une des cités les plus dégradées du nord de Marseille, la mal nommée « Maison Blanche ». Dans cette pièce éclairée aux néons, où pour tout mobilier s’entassent des chaises et tables pliables, le débat est vif. Le collectif d’habitants rassemblé ce lundi soir doit trancher : faut-il ou non se rendre à une réunion dans la mairie des 13e et 14e arrondissements, tenue par le Rassemblement national ? « Nos interlocuteurs, on n’y peut rien, c’est le FN, ils ont été élus. C’est un parti raciste et ça ne nous fait pas plaisir, bien sûr », déplore Paulette, habitante du quartier depuis plus de 60 ans. « Mais à gauche, qu’est-ce qu’ils ont fait quand ils étaient à la mairie ? rétorque la volcanique Delphine. On est en train d’accabler quelqu’un qui est là depuis quelques années [la frontiste Sandrine d’Angio a récemment pris la suite, pour cause de cumul des mandats, de Stéphane Ravier, élu maire de secteur en 2014 – ndlr], mais les autres, ils ont fait quoi ? »

Malmenés, délaissés, les quartiers nord de Marseille sont traversés par d’intenses tensions politiques. Depuis plusieurs semaines, un petit groupe d’habitants de Maison Blanche mène un bras de fer avec la métropole pour sécuriser les abords de la cité et faire valoir leur droit à vivre dans un lieu sûr. En plus d’être dans un état de détérioration avancée, la copropriété est postée à la croisée de deux avenues très passantes. Elle voit régulièrement ses habitants – dont des enfants – renversés par des voitures filant à toute allure vers les voies rapides qui s’entrelacent non loin de là. Depuis des décennies, nul feu tricolore ou ralentisseur n’est jamais venu contrarier le flot permanent de véhicules, et les minces trottoirs n’offrent guère de refuge pour s’en protéger. En juillet dernier, après un nouvel accident, le collectif a bloqué la route pendant plusieurs jours pour être enfin entendu.

Une mobilisation où des militants politiques ont montré le bout de leur nez. « J’ai appelé Sébastien Delogu de La France insoumise, se souvient Nair Abdallah, 29 ans, à la tête du collectif. Je lui ai demandé de venir bloquer avec nous pour faire la sécurité. Dans les 10 ou 15 minutes, il était là. Et quand les policiers sont arrivés et qu’ils ont vu qu’on avait avec nous l’équipe de Mélenchon et des familles, ils n’ont rien fait contre nous. Au contraire ils nous ont protégés. »