A Colomiers, derrière Hollande mais Valls juste à côté

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Ministres et hauts dirigeants du PS se sont rassemblés lundi soir à Colomiers, près de Toulouse, pour porter la candidature de François Hollande. Le premier ministre a joué le collectif, mais pas forcément le même champion.

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Colomiers, de notre envoyé spécial.-  L’essentiel c’est la République. L’essentiel, c’est la réélection de François Hollande. Tel est en substance le slogan martelé lundi soir à Colomiers, près de Toulouse, par les ministres et autres grands élus du PS réunis pour un meeting qui se voulait une sorte d’université d’été du PS ramenée à son strict minimum, après l’annulation, pour cause de sécurité, des trois jours prévus à Nantes.

Mélenchon avait parlé dimanche de « coup d’envoi de la tournée d’adieu du PS à Colomiers », puis, comme la foule riait, demandé le silence, en ajoutant : « Derrière le corbillard, on fait silence. » Le drapé noir tout autour de la salle, le visage figé de la Marianne sur fond bleu-blanc-rouge, ne lui donnent pas entièrement tort. Mais le ton employé par les différents intervenants au cours des deux heures et demie du meeting de lundi soir était tout sauf celui du deuil.

Les ministres présents – Stéphane Le Foll (agriculture), Najat Vallaud-Belkacem (éducation), Marisol Touraine (santé), Patrick Kanner (sports) –, le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, les présidents des groupes PS à l’Assemblée et au Sénat, Bruno Le Roux et Didier Guillaume, comme le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ont tous développé le même message : un second mandat de François Hollande est indispensable. Seul le premier ministre Manuel Valls, tout en apportant son appui au président sortant, est resté sur une défense plus générale de l’action des socialistes durant ces quatre dernières années. Façon sans doute de ne pas injurier l’avenir si Hollande décidait finalement de ne pas y aller.

A quelques centaines de mètres de l'entrée du meeting du PS, à Colomiers © CG A quelques centaines de mètres de l'entrée du meeting du PS, à Colomiers © CG

Placé sous haute protection policière, le hall Comminges faisait figure de bunker. Officiellement à cause d’un appel à manifester de la CGT non loin de là, et évidemment des menaces terroristes, bien que cette deuxième raison ait finalement peu été mise en avant par les responsables interrogés. Rejoindre le lieu du meeting depuis la mairie de Colomiers, située à 200 mètres, relevait du parcours du combattant, avec pas moins de trois contrôles, et permettait de croiser des dizaines de cars de police, camions équipés de grilles anti-émeutes, policiers en tenue, ou en civil.

Devant la mairie justement, une heure avant le début officiel du meeting, vers 17 heures, une dizaine de militants « Non à Val Tolosa » se sont déjà donné rendez-vous pour dénoncer la « trahison » du PS. Le projet de centre commercial situé à proximité de Toulouse est contesté et considéré comme un GPII, grand projet inutile et imposé. Des manifestants CGT arrivent également, dans la lignée de la mobilisation du printemps contre la loi El Khomri sur le travail. Ils seront environ 200, mais n’auront le droit que de se regrouper derrière la mairie. « On n’a qu’à carrément nous envoyer au cimetière à côté », s’indigne une militante devant les policiers.

Dans l’espace ultra-sécurisé, l’ambiance est tout autre. Du moins si l’on en croit les participants aux deux tables rondes qui se sont déroulées à huis clos dans l’après-midi : « L’engagement au cœur de la République », débat animé par Didier Guillaume, et « Pas de République sans cohésion sociale », animé par Bruno Le Roux. Interrogé sur cette débauche de moyens policiers, le président du groupe PS au Sénat « ne voit pas le problème, à partir du moment où il y a des gens qui ne respectent pas la démocratie, qui veulent perturber ». « Ce n’est pas normal que des organisations syndicales et des petites formations de l’ultragauche aient en tête d’empêcher une formation politique représentée au parlement de rencontrer les citoyens », abonde le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, à l'entrée du meeting © CG Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, à l'entrée du meeting © CG
Les objections sont vite balayées, le sujet du jour étant ailleurs. « On est là pour soutenir la candidature de François Hollande », dit sans ambages Didier Guillaume ; « il faut dire à chacun qu’il faut se rassembler sur l’essentiel », explique Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement ; « les propositions de la droite sont extrêmement violentes », insiste Jean-Christophe Cambadélis. Avant même l’ouverture du meeting intitulé, donc, « L’essentiel c’est la République », les lignes directrices sont répétées à l’envi aux journalistes. En clair : opération serrez les rangs.

En cette rentrée, les socialistes se voient en effet assiégés par une triple menace : la menace terroriste ; la menace d’un retour de la droite au pouvoir – une droite, pour reprendre les mots de Marisol Touraine, « qui a abandonné le général de Gaulle et préfère Donald Trump et le populisme » ; la menace de la division, enfin, alors que les candidatures à la primaire du PS se multiplient (notamment Benoît Hamon, qui faisait sa rentrée ce week-end à Saint-Denis, ou Arnaud Montebourg, qui a fait de même il y a huit jours).

La première menace, le terrorisme, a donné sa thématique à ce rassemblement de plus d’un millier de personnes. Nombreux sont les intervenants à avoir répété que la République était « attaquée », ou « menacée », Cambadélis allant jusqu’à saluer la « génération République », celle qui a bien vu que ses valeurs étaient « en danger »

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