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Goodyear-Amiens : cinq ans de lutte et un paysage syndical explosé

31 janvier 2013 | Par Rachida El Azzouzi

La direction de Goodyear vient d'annoncer son intention de fermer l'usine d'Amiens-Nord supprimant ainsi 1 173 postes. Ceci après l'échec du projet de reprise par le groupe Titan et cinq ans de bataille juridique menée par la CGT, majoritaire, contre l'avis des autres syndicats.

Cet article est en accès libre.

La crise mondiale de l'automobile sera le cauchemar du gouvernement en 2013. Après PSA et Renault, Goodyear-Dunlop, saga à multiples rebondissements depuis 2007, revient au cœur du chaudron social. La direction du géant américain du pneu a annoncé ce jeudi 31 janvier son intention de fermer son usine d'Amiens-Nord, soit la suppression de 1 173 postes. Une bombe à retardement pour la capitale de la Picardie, région qui ne se relève pas du chômage et de la misère, accablée depuis des décennies par une cascade de plans sociaux. Rien que dans la Somme, le taux de chômage s'élève à 12,4 % au troisième trimestre 2012.

Pour la direction, cette fermeture est la seule option possible après l'échec en septembre dernier du projet de reprise par le groupe Titan et, surtout, après cinq ans d'une bataille juridique épique où tous ses plans de sauvegarde de l'emploi ont tour à tour été suspendus ou interdits par la justice, sur la forme ou pour des suppléments d'information. Dans un communiqué, elle se dit « profondément déçue de voir que cinq années de négociations n'aient pas permis de parvenir à un compromis avec les représentants du personnel d'Amiens Nord », et justifie cette décision « pour sauvegarder la compétitivité des secteurs d'activités tourisme et agricole du groupe ». Selon elle, la production de pneus à Amiens-Nord aurait engendré en 2011 une perte cumulée de 61 millions d'euros.

Le site de Goodyear à Amiens-nord © reuters Le site de Goodyear à Amiens-nord © reuters

Sa bête noire, la CGT, syndicat ultra-majoritaire, emmené par le très coriace Mickael Wamen, le leader de ce bastion rouge qui a mis en échec chacun des plans successifs par l'intermédiaire de l'avocat « rouge » Fiodor Rilov, n'a pas tardé à réagir, annonçant une « journée de lutte » le 12 février à l'occasion du prochain comité central d'entreprise au siège de l'entreprise à Rueil-Malmaison. « L'ensemble du site sera en grève le 12 février. On va se battre jusqu'au bout », a-t-il annoncé aux caméras, flanqué d'un tee-shirt orné d'un cercueil et dénonçant « Goodyear, patron voyou ». Il a appelé l'ensemble des salariés des entreprises en difficulté en France à se joindre à ceux de Goodyear pour lutter « tous ensemble » et prévenu que son syndicat activerait tous les leviers juridiques pour contrecarrer, une nouvelle fois, les ambitions du géant américain.

Didier, 45 ans, la moyenne d'âge des salariés dans l'usine, n'a pas su retenir ses larmes, assommé par ce nouveau coup. Épuisé par des mois de conflits, de débrayages, de chantages à l'emploi, il est aujourd'hui traversé par le pessimisme et craint que cette annonce ne scelle cette fois-ci définitivement la mort de leur outil de travail. « Pourtant, dit-il, j'ai l'habitude de ce genre d'annonces. Depuis six ans, on vit tous avec une épée de Damoclès mais là, ils ont réussi à décourager de nombreux salariés qui n'ont plus la gnaque pour se battre. Beaucoup n'en peuvent plus. » Sous Lexomil, suivi par le psy de l'usine, Didier ne reconnaît plus le militant CGT combatif qu'il était il y a encore quelques mois. Il a repris la cigarette, failli divorcer deux fois et ne sait plus quoi répondre à ses enfants qui lui demandent : « À la télé, ils disent que tu vas être au chômage. C'est vrai ? »

Dans l'usine, Didier n'est pas le seul à perdre espoir, dans le rang des syndiqués comme des non-syndiqués. « La direction a réussi à diviser pour mieux régner. L'ambiance est très tendue en interne entre les ouvriers, les cadres, les employés, et les syndicats passent leur temps à se dézinguer surtout depuis le dernier épisode, l'échec du plan de départs volontaires (PDV) qui avait pourtant failli mettre tout le monde d'accord. » Début juin, sur le parking de l'usine d'Amiens-Nord, Didier faisait la fête avec les camarades de la CGT et célébrait un dénouement aussi heureux qu'historique : après des mois d'âpres négociations, le fabricant américain de pneus renonçait face à la mobilisation des ouvriers à un plan social qui menaçait 817 emplois, au profit de départs volontaires assortis du maintien de la production de pneus agricoles et de la division tourisme, cédée au groupe Titan.

Mais le 27 septembre dernier, la négociation a achoppé. La CGT a claqué la porte, estimant que le PDV, que la direction voulait assortir d'un accord de méthode, était en réalité un plan social maquillé et que les garanties apportées par Titan étaient insuffisantes, notamment en terme de garantie de l'emploi pour ceux qui resteraient. Titan offrait une garantie d'emploi pour 537 salariés pendant deux ans, la CGT réclamait au minimum cinq ans. Le syndicat, qui a en mémoire le sort des Conti de Clairvoix dans l'Oise, à 80 kilomètres de là, dont l'usine a été fermée en 2010 quatre ans après la signature d'accords de flexibilité, ne veut pas connaître le même destin. « On ne se bat pas pour que les salariés partent avec des chèques, mais pour qu'ils gardent leur emploi », martèle Wamen.