mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Dernière édition

Violences sur des Roms: une institutrice raconte

3 février 2013 | Par Louise Fessard

En septembre 2012, deux gendarmes varois évoquaient dans Mediapart des pratiques illégales envers des Roms dont ils avaient été témoins dans leur brigade à Brignoles. Elles sont aujourd'hui confortées par le témoignage d'une habitante du Var.

Cet article est en accès libre.

En septembre 2012, deux gendarmes varois témoignaient dans Mediapart, sous couvert d’anonymat, de pratiques illégales envers des Roms dont ils avaient été témoins dans leur brigade à Brignoles.

D’après nos informations, certains gendarmes de Brignoles avaient en effet pour habitude lorsqu’ils interpellaient des Roms, souvent mineurs, de les relâcher à des dizaines de kilomètres de leur lieu d'interpellation, parfois dépouillés de leurs chaussures.

Les deux gendarmes affirmaient avoir été témoins ou avoir participé à ces « raccompagnements » de Roms de nationalité étrangère en 2010 et 2011. En plus de ce qui s'apparente à des séquestrations arbitraires avec vol de chaussures, ils évoquaient des interpellations et des prises d'empreintes digitales en dehors de tout cadre légal, ainsi que des violences légères.

À la suite de la publication de cet article, nous est parvenu, grâce à la Ligue des droits de l'homme (LDH) de Toulon, le témoignage d’un habitante du Var, Caroline Gossez. Cette institutrice de 55 ans travaille à l’école maternelle de Flassans-sur-Issole, à une quinzaine de kilomètres de Brignoles.

Le 9 octobre 2009, vers 18 heures, Caroline Gossez affirme avoir vu arriver chez elle « un gamin en larmes ». « Il est en chaussettes trempées (il vient de pleuvoir), sans chaussures, son jean n’a plus de ceinture et il le tient avec les mains car il descend, décrit-elle dès le lendemain dans un courriel adressé à la LDH de Toulon. Sa chemise blanche n’a plus de boutons, les boutonnières sont déchirées. Il a des traces de menottes aux poignets. »

L’institutrice habite sur un chemin en bordure de forêt, un peu à l’écart de Flassans-sur-Issole. « J’ai eu du mal à le comprendre, car il parlait italien et une autre langue, peut-être du yougoslave, nous explique-t-elle. Il m’a dit que les gendarmes l’avaient lâché à un embranchement près de chez moi, en pleine forêt. C’était juste à la tombée de la nuit. » Selon le récit qu’il fait alors à Caroline Gossez, le jeune homme, qui affirme avoir 15 ans, aurait été arrêté par la gendarmerie devant le collège de Brignoles*, puis plaqué face contre terre, et battu à « coups de chaussures à la base du crâne, des coups de poing à la machoire droite et des claques ». Toujours selon ce récit rapporté par l’institutrice, les gendarmes auraient alors enlevé son pantalon avant de le « séquestrer dans le fourgon pendant une heure environ, sans pantalon ».

« Les gendarmes lui ont pris ses papiers, son portable et de l’argent, et ne lui ont pas rendu, dit-il, poursuit Caroline Gossez. Puis les gendarmes l’ont emmené et lâché juste après le panneau d’affichage et les poubelles du Chemin de Tine, (...) à 14 kilomètres de Brignoles, non loin de chez moi à Flassans, après lui avoir enlevé et jeté ses chaussures. »

Le jeune garçon se plaignant de douleurs, l’institutrice l’emmène illico chez un médecin de Flassans-sur-Issole. « Je voulais savoir s’il n’y avait pas des fractures, s’il fallait l’emmener à l’hôpital, et surtout je voulais avoir une trace », explique-t-elle. Sur le certificat médical daté de 19 h 30, que nous avons pu consulter, le médecin constate plusieurs hématomes et contusions sur le visage du garçon, des traces de menottage sur les deux poignets, de griffure sur le flanc droit ainsi que des douleurs au rachis cervical.

Il note que son patient « se plaint d’avoir reçu des coups de poing et de pied après avoir été plaqué à terre et menotté » . Contacté, le médecin a refusé de confirmer cet épisode, en arguant du secret médical.

* D’après son récit, un autre garçon, âgé de 14 ans, aurait été arrêté en même temps que lui à Brignoles. « Ce dernier se trouve selon lui toujours avec les gendarmes », écrivait Caroline Gossez dans son courriel à la LDH.