Macron rattrapé par son ISF

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Jusqu’ici, Emmanuel Macron estimait ne pas être redevable de l’ISF. Mais d'après nos informations, les vérifications fiscales déclenchées après sa nomination au gouvernement viennent de déboucher sur une réévaluation du patrimoine de son couple. À l’issue de plus d’un an et demi de discussions avec le fisc, ayant notamment porté sur la demeure de son épouse au Touquet, le ministre a dû admettre qu’il devait payer l’ISF et même déposer une déclaration rectificative pour 2013 et 2014.

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Désormais, Emmanuel Macron va devoir payer l’ISF. Alors que le ministre de l’économie et son épouse estimaient ces dernières années ne pas être redevables de l’impôt de solidarité sur la fortune, ils sont aujourd’hui rattrapés par l’administration fiscale.

D’après nos informations, les vérifications entreprises sur la situation d’Emmanuel Macron au lendemain de son entrée au gouvernement en août 2014 (comme sur tous les ministres depuis les lois « post-Cahuzac ») viennent de déboucher sur une réévaluation du patrimoine immobilier du couple, qui lui fait franchir le seuil de l’ISF fixé à 1,3 million d’euros (d’actifs nets taxables).

Emmanuel Macron, le 3 mai 2016 © Reuters Emmanuel Macron, le 3 mai 2016 © Reuters

À l’issue de plus d’un an et demi de discussions avec le fisc, ayant porté en particulier sur la valeur de la demeure de son épouse au Touquet, Emmanuel Macron a finalement admis qu’il devait payer l’ISF et déposé une déclaration rectificative pour les années 2013 et 2014.

Le barème de l’ISF étant faible sur les premières tranches du patrimoine (inférieur à 1 % jusqu’à 5 millions d’euros), le rattrapage pourrait toutefois rester inférieur à 10 000 euros, intérêts ou pénalités compris.

Sollicité par Mediapart, son cabinet n’a souhaité faire aucun commentaire, se retranchant derrière le « secret fiscal ». Aujourd’hui, « la situation fiscale de M. et Mme Macron est tout à fait régulière, toutes les déclarations auxquelles ils sont assujettis ont été effectuées », répond simplement son entourage. Et d’insister sur un point : « Ils n’ont fait l’objet d’aucune notification d’un redressement. »

D’autres (ex)-ministres de François Hollande, tels Laurent Fabius, Michèle Delaunay ou Marisol Touraine, n’ont jamais fait mystère du fait qu’ils payaient (ou avaient payé) l’ISF.

Emmanuel Macron, lui, s’est récemment autorisé à critiquer les fondements mêmes de l’impôt de solidarité sur la fortune, à l’occasion d’un entretien accordé à la revue Risques (destinée aux professionnels de l’assurance). « Si on a une préférence pour le risque face à la rente, ce qui est mon cas, il faut préférer la taxation sur la succession aux impôts de type ISF », théorisait le ministre en avril dernier. Cette sortie, à rebours du programme du PS, lui a d’ailleurs valu un recadrage immédiat de Manuel Valls : « Supprimer l’impôt sur la fortune, qu’on peut toujours améliorer, rendre plus efficace d’un point de vue économique, serait une faute », a répliqué le premier ministre.

À la banque Rothschild, Emmanuel Macron avait gagné 2,4 millions d'euros entre 2011 et mai-2012, si l’on en croit sa déclaration de patrimoine disponible sur le site de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Après l’élection de François Hollande, il avait ensuite intégré l’Élysée comme secrétaire général adjoint. Malgré la nature de ses activités passées, malgré sa promotion au cœur même du pouvoir, on croit aujourd’hui comprendre qu’il n’a fait l’objet d’aucune vérification fiscale approfondie pendant ses deux années à l’Élysée.

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