Au Nagaland, le combat de la mémoire et de l’oubli

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Soixante-dix ans après l’indépendance de l’Inde, le petit État du nord-est, frontalier de la Birmanie, continue de se battre pour la préservation de son identité et de ses traditions tribales. Des émeutes l’ont secoué cet hiver à propos de la place des femmes dans les institutions. Premier volet de notre reportage.

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Kohima (Inde), envoyé spécial.- Le soleil se couche tôt à Kohima. Passé 16 heures, un froid humide tombe sur les épaules et à l’altitude de cette longue crête montagneuse, 1 400 mètres environ, les gens ont l’habitude de presser le pas, emmitouflés dans de grands châles de laine chatoyants, sur les trottoirs encombrés de paniers garnis de fleurs de bananier, de vers à soie, de grenouilles vivantes et autre viande de chien. Voitures et poids lourds sont à touche-touche mais dès 18 heures, alors qu’il fait déjà nuit noire et que la fumée s’échappe des cheminées, toutes les échoppes baissent le rideau et le vacarme de la circulation s’apaise. Nous sommes au Nagaland, un petit État de l’Inde collé à la Birmanie, à équidistance de la Chine et du Bangladesh. L’extrême nord-est du sous-continent, à 3 000 kilomètres de la frontière pakistanaise, une distance qui vaudrait bien deux fuseaux horaires de décalage, si nous n’étions pas dans un seul et même pays.