Israël: la crise politique affaiblit un peu plus le plan de Trump

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En dissolvant la Knesset pour organiser de nouvelles élections en septembre, le premier ministre israélien a plongé son pays dans une crise politique évitable. Et peut-être sabordé « l’accord du siècle » du président américain.

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Jusqu’au vote d’autodissolution de la Knesset, mercredi peu avant minuit, Benjamin Netanyahou était en course pour battre cet été le record de longévité au pouvoir d’un premier ministre israélien, détenu par le fondateur de l’État, David Ben Gourion. Depuis ce scrutin fatidique, il a rejoint la cohorte, nettement moins conforme à son arrogante vanité, des premiers ministres incapables de former un gouvernement après en avoir été chargés par le chef de l’État, où il va succéder à Shimon Peres, confronté à cet échec en 1990, et à Tzipi Livni, en 2008.

Cinquante jours seulement après avoir remporté « l’incroyable victoire » qui devait lui permettre d’échapper, au moins provisoirement, à ses juges et aux reproches de la Cour suprême, « Bibi », comme l’appellent ses partisans, a préféré plonger son pays dans une nouvelle campagne électorale et organiser une élection le 17 septembre plutôt que d’admettre son incapacité à former un gouvernement, et laisser le président Reuven Rivlin charger un autre député de s’atteler à cette tâche. Au risque de se retrouver dans l’opposition.

Comme si l’essentiel pour lui n’était pas d’assurer le fonctionnement normal de la démocratie parlementaire mais de conserver, à tout prix, le pouvoir.

Pour transformer en coalition de gouvernement la majorité parlementaire de droite et d’extrême droite forte de 65 députés (sur 120) issue du scrutin du 9 avril, Netanyahou devait réunir impérativement les cinq élus du parti laïc nationaliste Israël Beitenou, issu de l’immigration russe, et les seize élus des partis Shas et Judaïsme unifié de la Torah (UTJ), qui représentent les 10 % de juifs ultraorthodoxes au sein de la population israélienne. 

Mais le fondateur et tête de liste d’Israël Beitenou, l’ancien videur de boîte de nuit Avigdor Lieberman, exigeait pour participer au gouvernement que soit intégré à l’accord de coalition le texte d’un projet de loi qu’il défend depuis près de dix ans et qui a été voté en première lecture en juillet 1998. Cheval de bataille politique de Lieberman, qui dirigea le bureau de Netanyahou de 1996 à 1997 avant d’être son ministre de la défense de 2016 à 2018, puis de se brouiller avec lui, ce texte entendait abolir l’exemption systématique de service militaire dont bénéficient des dizaines de milliers d’étudiants d’écoles talmudiques.

Son adoption était naturellement jugée inacceptable par les ultraorthodoxes de UTJ, dont la participation à la coalition gouvernementale était indispensable au premier ministre.

Car Netanyahou avait besoin d’une majorité stable pour poursuivre sa politique de colonisation et d’annexion des territoires palestiniens. Et pour faire adopter deux lois destinées à assurer sa protection juridique et politique. L’une devait lui assurer une immunité législative face aux poursuites engagées contre lui dans trois affaires politico-financières pour corruption, fraude et abus de confiance. L’autre devait réduire les prérogatives de la Cour suprême, qu’il jugeait trop intrusive et encombrante. 

C’est pourquoi, au cours des dernières heures précédant le vote d’autodissolution, il a tout tenté ou presque, même auprès de certains adversaires politiques, pour les inciter à déserter leur camp et à rejoindre sa coalition. Selon la presse israélienne, les portefeuilles de la défense, des finances, des communications et de la justice ont ainsi été offerts à trois membres du parti travailliste, Avi Gabbay, Tal Russo et Shelly Yachimovich, qui ont décliné la proposition.

Netanyahou était même prêt, assurent plusieurs commentateurs politiques, à renoncer à ses deux lois « protectrices » en échange de l’appui de certains travaillistes. Convaincu que même après une inculpation, il pourrait rester au pouvoir, ainsi que le permet la loi.

Incapable d’échapper au chantage de Lieberman, accusé « d’appartenir désormais à la gauche » et de provoquer chez les travaillistes les ralliements ou la scission qui l’auraient sauvé, « Bibi », désormais dépouillé de sa réputation d’invincibilité, s’est finalement résolu à demander à sa majorité ce qu’elle ne pouvait lui refuser : voter la dissolution de la Knesset par 74 voix contre 45. Et décider d’organiser un nouveau scrutin… deux semaines avant les auditions judiciaires qui risquent d’ouvrir la voie à son inculpation. 

L’essentiel étant, on l’a compris, de ne pas permettre au président Reuven Rivlin de charger le rival de Netanyahou, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, de former à son tour un gouvernement. Ce qui paraissait la solution non la plus simple mais la plus démocratique, le parti de Gantz, Bleu et Blanc, ayant obtenu le même nombre de députés (35) que le Likoud de Netanyahou.

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