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Mediapart dim. 1 mai 2016 1/5/2016 Dernière édition

Après Chypre, le Luxembourg refuse d'être le prochain maillon faible

3 avril 2013 | Par Ludovic Lamant

Bruxelles a forcé Chypre à réformer son secteur bancaire dans la douleur. Mais qu'en est-il d'autres paradis fiscaux au cœur de l'Union ? Les autorités du Luxembourg refusent toute comparaison avec le « modèle chypriote ». Faut-il les croire ?

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Depuis l’éclatement de la crise chypriote, le refrain est sur toutes les lèvres à Bruxelles : Chypre est un cas particulier. Qu’on se rassure, le « sauvetage » carabiné de l’île, imposé fin mars par l’Union et le Fonds monétaire international, et qui a mis à contribution certains épargnants, ne se reproduira pas.

À Nicosie toutefois, les langues se délient, et certains n’hésitent pas à pointer du doigt quelques-uns de leurs voisins européens : « Il y a environ 20 milliards d’euros de dépôts russes à Chypre… 300 milliards ailleurs en Europe. Les placements de Roman Abramovitch sont plus importants que l’ensemble des dépôts russes à Chypre. On reproche à Chypre des choses que l’on ne reproche pas à Malte ou au Luxembourg », râle l’ex-président de l’île Georges Vassiliou, dans un entretien au Monde.

Après Chypre, Malte, la Slovénie ou encore le Luxembourg sont-ils les prochains maillons faibles qui feront trembler l'euro ? Évidemment, les États stigmatisés rejettent haut et fort la comparaison. Mais le parallèle entre la petite île méditerranéenne et le Grand-Duché du Luxembourg est loin d’être absurde.

Même si elles ne figurent plus sur la liste grise de l’OCDE, les deux places sont considérées comme des paradis fiscaux de premier plan (on lira ici un historique fouillé de la manière dont le Luxembourg a construit et protégé son paradis fiscal au fil des ans). Indice qui ne trompe pas, leur secteur financier est hypertrophié.

Les actifs bancaires à Chypre représentaient, avant la crise, un peu plus de sept fois le PIB de l’île, contre près de 22 fois pour le Luxembourg (le ratio tourne autour de quatre pour la France). Avant de se raviser par souci de diplomatie, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, s’est inquiété fin mars, sans désigner explicitement le Luxembourg, de ces États européens construits sur « le modèle économique de Chypre ».

Sentant le vent tourner, l’exécutif du Grand-Duché a depuis fin mars déployé la communication de crise, pour convaincre que les deux pays n’ont rien à voir. Principal argument avancé : quand Chypre souffre d’une trop forte dépendance à l’argent russe, le Luxembourg, lui, a diversifié ses investissements. « Nous ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier, nous n’attirons pas les capitaux russes au Luxembourg avec de forts taux d’intérêt », résume Jean-Claude Juncker, premier ministre, dans un entretien à la chaîne de télévision allemande ZDF.

Si l’on en croit le communiqué officiel que le Duché a publié pour l’occasion, le pays compte 141 banques originaires de 26 États différents (dont l’Allemagne et la France voisines). Avec un ratio de solvabilité global – une mesure de ses bénéfices rapportés à ses engagements – plus que respectable, proche de 18 %. Rien à voir avec la poignée d’établissements surendettés et croulants de Chypre. Circulez, il n’y a rien à voir.

Le graphique établi ci-dessous par le think tank Bruegel confirme l’analyse optimiste : il y a bien un décrochage des banques chypriotes en Europe, qui, à partir de 2011, voient leur profitabilité s'effondrer. Elles souffrent de leur exposition à la dette grecque, mais aussi de la multiplication d’impayés de la part de ménages chypriotes. Au même moment, les établissements maltais et luxembourgeois, plus diversifiés, sont, eux, toujours profitables.

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