John Pennisi, l’informateur devenu youtubeur

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Le sort que la mafia réserve aux « rats », les informateurs du FBI, n’a pas changé : la peine de mort. En 2018, John Pennisi, 51 ans, ancien de la famille Lucchese, a décidé de collaborer. Il raconte son histoire à Mediapart.

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New York (États-Unis).– « Cher juge Hellerstein, je m’appelle John Pennisi. Je vous ai rencontré une première fois […] quand j’ai témoigné pour le gouvernement. […] Je me souviens d’avoir eu le trac à la barre. […] À présent, je vais me tenir devant vous, Votre Honneur, lorsque vous vous prononcerez sur ma sentence. » Covid-19 oblige, l’audition à New York de l’ancien mafioso John Pennisi, 51 ans, se tient, en cet automne 2020, par téléphone, à distance.

« L’affaire est quelque peu inhabituelle », explique alors le procureur chargé du dossier. « En ce sens que M. Pennisi a essentiellement fourni lui-même tous les éléments à charge contre lui. […] Il est allé voir le FBI et a dit en substance : “J’ai un tas de choses à vous raconter.” Le FBI a pris des notes, et M. Pennisi a plaidé coupable. »

John Pennisi dans une interview de Vlad TV en 2021. © Capture d'écran YouTube. John Pennisi dans une interview de Vlad TV en 2021. © Capture d'écran YouTube.

Pour avoir conspiré dans une affaire de racket en lien avec une entreprise criminelle, John Pennisi risquait 46 à 57 mois de prison. Une éternité pour quelqu’un qui a déjà passé 17 ans derrière les barreaux pour homicide. « En 2007, j’ai été libéré […], a ajouté Pennisi dans une lettre qu’il a adressée au juge Hellerstein avant que celui-ci ne se prononce sur son cas. J’ai honte et je suis déçu de moi-même […] de n’avoir pas saisi cette seconde chance qui m’a été offerte. »

« Monsieur Pennisi, a statué le juge après avoir attentivement écouté le procureur, personne n’est automatiquement sur la voie du bien ou du mal. Le bien ou le mal est un choix qui se fait tous les jours. Je pense que vous avez fait le bon choixmême s’il est difficile à faire. » « Time served », a-t-il tranché. John Pennisi ne retournera pas en prison.

Depuis, Pennisi a quitté New York. Pour sa sécurité, il est entré dans le célèbre programme fédéral de protection des témoins. Nouvelle identité, nouvelles adresses, aides financières, l’ancien gangster a commencé une nouvelle vie. Ou presque. Sur Internet, il poursuit ce qu’il appelle sa « thérapie ». Sur son compte Instagram, son blog, ses interviews et même son podcast… John Pennisi raconte tout, le plus souvent à visage découvert.

L’ancienne société secrète qu’était Cosa Nostra n’existe plus.

Larry McShane, journaliste, spécialiste de la mafia

En quelques mois, certaines de ses confidences ont été vues plusieurs dizaines de milliers de fois sur Youtube. Pennisi est devenu une nouvelle « star d’Internet », a plaisanté l’un des chroniqueurs qui l’a récemment interviewé. « Pennisi, a-t-il ajouté, tu vas bientôt être adapté au cinéma avec Brad Pitt pour jouer ton rôle. » 

Il n’est pas le seul. Ces dernières années, plusieurs anciens mafiosi ont pris la parole publiquement aux États-Unis. Dans un article récent, le journaliste du Daily News Larry McShane, spécialiste de la mafia, a raconté le phénomène. « L’ancienne société secrète qu’était Cosa Nostra, explique-t-il à Mediapart, n’existe plus. » 

Lorsque Sammy Gravano, ancien bras droit du célèbre parrain John Gotti, a brisé le silence en 2019, son témoignage a attiré plus de 10 millions de spectateurs sur YouTube, rappelle Larry McShane. À la fin des années 1980, Gravano avait aidé les fédéraux à faire condamner le célèbre « Dapper Don ». 

John Pennisi, à droite, à l’époque de son appartenance à la famille Lucchese. © Photo DR. John Pennisi, à droite, à l’époque de son appartenance à la famille Lucchese. © Photo DR.

Cette nouvelle entreprise médiatique n’est pourtant pas sans risque. Le sort que la mafia réserve aux « rats », aux informateurs du FBI, n’a pas changé : c’est la mort. Pennisi apparaît particulièrement menacé. Son témoignage a permis, fin 2019, de faire tomber des membres parmi les plus influents de sa propre famille, dont l’ancien parrain des Lucchese, Matthew Madonna, 85 ans. Beaucoup, dans le milieu, aimeraient le faire payer. Alors pourquoi s’exposer ? 

L’affaire semble paradoxalement être une question d’honneur. Il n’est pas un « rat », répète-t-il comme pour laver son nom. Si quelqu’un a brisé les règles de Cosa Nostra, ce n’est pas lui, défend-il. Ce sont ses anciens frères, les Lucchese.

Les mots ne sont pas venus tout de suite. En ce mois d’octobre 2018, Pennisi se souvient de s’être assis à même le sol, chez lui. Rien que l’idée de parler, « j’en étais malade », a-t-il révélé au public au fil de ses interviews. Mais Pennisi, que les Lucchese auraient à ce moment-là accusé à tort d’être un informateur du FBI, était à court d’options. Les Lucchese avaient mis un contrat sur sa tête, affirme-t-il.

À l’écouter, c’est presque par hasard qu’il s’est aperçu que quelque chose clochait. Un jour, alors qu’il essayait ironiquement de s’assurer qu’il n’était pas suivi par le FBI, il a fait un dernier tour de pâté de maisons lorsqu’il est soudain tombé sur une voiture louche. Le véhicule « n’était pas aligné » sur les autres. À bord, deux hommes. Pennisi est convaincu de les avoir reconnus. Les individus ressemblaient à deux membres de la famille Lucchese. 

Envoyer des gens chez moi ? Quel manque de respect. Comment puis-je retourner dans ma famille et leur faire confiance ?

John Pennisi

Viennent ensuite les questions insistantes. « Est-ce que tu sais qui a balancé ? » En bon soldat, loyal, Pennisi jure qu’il n’en sait rien. Son nom, d’ailleurs, n’est pas apparu parmi les informateurs de cette affaire dans laquelle les Lucchese le soupçonnaient d’avoir parlé. Il le martèle dorénavant avec fierté. Il n’a rien dit. Mais quand les Lucchese s’en aperçoivent, il est trop tard.

« À ce moment-là, pour moi, c’est fini, raconte Pennisi avec son fort accent new-yorkais, en interview. Envoyer des gens chez moi ? [pour le surveiller – ndlr] Quel manque de respect. Comment puis-je retourner dans ma famille et leur faire confiance ? », semble-t-il encore s’interroger. Son monde s’écroule. Il pense avoir été piégé par un rival de son propre clan, sur fond de dispute amoureuse. Le rival aurait cherché à séduire son ex-petite amie. Pennisi aurait menacé.

Cacher mon visage quelque part serait leur permettre de continuer à contrôler mon existence.

John Pennisi

« Repented rackateer » trafiquant repenti ») le raconte des années plus tard sur son compte Instagram. Sur sa photo de profil, en noir et blanc, il pose agenouillé, tête baissée, aux pieds de la Vierge Marie. L’image, postée en septembre 2020, a reçu une poignée de likes. Depuis, John Pennisi a publié 400 autres posts sur Instagram, en lien notamment avec le succès de son podcast aux États-Unis et à travers le monde, en Israël, en Europe et même en Inde. « A big thank you », écrit-il. « Merci beaucoup. »

Pour Tom Lavecchia, co-animateur du podcast, ce démarrage « en flèche » s’explique par « l’authenticité de John ». Le ton parfois intime de l’ancien gangster surprend. Au-delà du récit de ses anciennes activités criminelles, il n’hésite pas à évoquer « les hauts et les bas » de son nouveau statut d’informateur ni à parler pudiquement de sa « dépression », ou encore de ce qui l’aide aujourd’hui à tenir. Et d’abord le fait d’avoir retrouvé une liberté.

La photo de profil de John Pennisi sur Instagram, agenouillé, tête baissée, aux pieds de la Vierge Marie. © Capture d’écran Instagram La photo de profil de John Pennisi sur Instagram, agenouillé, tête baissée, aux pieds de la Vierge Marie. © Capture d’écran Instagram

Se montrer à visage découvert est une façon de se « réapproprier [sa] vie », explique John Pennisi à Mediapart. « Cacher mon visage quelque part serait leur permettre de continuer à contrôler mon existenceOr ils [ses anciens frèresles Lucchese – ndlr] ne la contrôlent plus. » Même si cela signifie mettre sa vie en péril. 

Certains messages qu’il reçoit viennent d’ailleurs lui rappeler la menace. « Ces gens qui me disent : “Pourquoi tu n’irais pas enregistrer le podcast en studio avec Tom Lavecchia ?” L’adresse de Tom étant connue, il ne serait pas difficile de le suivre pour remonter jusqu’à moi. »

Dans 99 % des cas cependant, les messages envoyés par ses fans « sont positifs ». Il y a cet homme par exemple, poursuit Pennisi, « je ne sais pas quel [crime] il a commis, je ne lui ai pas demandé ». Mais l’inconnu lui a confié écouter son podcast au quotidien, en faisant du sport. « Ça l’aide à avancer. » « Ce n’était pas le but mais si ça peut aider les gens, ça me rend heureux. »

« Qu’est-ce qu’un ancien membre d’une organisation criminelle fait à la télévision ou sur Internet ? » Pour le professeur Howard Abadinsky, spécialiste de la mafia et professeur de criminologie à l’université Saint John de New York, la situation « est presque absurde ». Les gens « romantisent la vie de gangster », analyse-t-il.

Parfois, Pennisi visionne quelques-uns des épisodes de son podcast. En face de lui, son image apparaît sur son écran comme dans un miroir. Pennisi la décrit à travers les yeux de son entourage. Ses « connaissances du quartier qui disent à [sa] mère : “Purée, j’ai même pas reconnu John”, parce que sur les vidéos il sourit tout le temps. » « Dans ma vie d’avant, j’étais très sérieux, se souvient Pennisi, j’étais contraint de l’être. Maintenant, je suis plus relax, plus en paix. » Il a enfin pu dire sa « vérité »

Les procureurs l’ont trouvé à ce propos « remarquable de précision ». Grâce à Pennisi, les autorités ont pu « établir […] la structure […] de la famille Lucchese […] et les crimes qu’elle a commis » sur ordre de Matthew Madonna. En premier lieu, un meurtre et une série de trafics.

Bien qu’à moindre échelle, les Lucchese trafiquent aujourd’hui encore de la drogue. Certains membres de la famille « étaient des dealers », se souvient Pennisi. « On le savait, explique-t-il à Mediapart. Un jour, on m’a demandé si je connaissais des gens qui cherchaient à s’en procurer [de la drogue – ndlr], des clients, mais je n’ai jamais été mêlé à ça », affirme-t-il.

Depuis la légendaire French Connection, les Lucchese ont scellé de nouvelles alliances, en République dominicaine entre autres. Il est loin le temps – dans les années 1970 – où un soldat de la famille parvenait à voler plusieurs dizaines de milliers de dollars de marchandise, de l’héroïne, saisie par le NYPD, les policiers de New York. La drogue était arrivée depuis le port de Marseille dans une Buick appartenant à un animateur de l’ORTF.  

Désormais, les cartels mexicains ont pris le contrôle. Et la Cosa Nostra s’est adaptée. Chez les Lucchese, certains se sont repliés sur le juteux marché des antidouleurs, ces pilules dérivées de l’opium délivrées sur ordonnance. Dans la famille, le comprimé de 50 mg de Roxicodone, un opiacé, se vend 75 dollars, selon les informations du FBI.

C’est le système D. Aussi parce que les Lucchese ont été reconnus coupables, grâce au témoignage de Pennisi, d’avoir tué l’un des fournisseurs et associé de la famille, un sexagénaire, ancien membre du Purple Gang. Dans les années 1970-1980, le gang contrôlait le trafic d’héroïne dans le Bronx et à Harlem.

À l’époque, Pennisi n’est qu’un adolescent, mais il gravite déjà autour de ces « gars-là ». Dans le quartier où il grandi, dans le Queens, ils sont partout. Y compris « aux barbecues du dimanche ». Pennisi est impressionné. « Les Lucchese avaient une société qui s’occupait des bagages perdus à l’aéroport », raconte-t-il dans l’une de ses premières interviews. La société se chargeait de faire parvenir les valises à leurs propriétaires, en prenant soin de soustraire auparavant « tout ce qui avait de la valeur ». « C’était excitant d’être avec eux. » La « camaraderie » d’une telle association l’attirait, explique Pennisi à Mediapart : « J’étais enfant unique, mes parents venaient de se séparer. »

Le gamin fait rapidement ses preuves. Il a monté un business illicite de prêts d’argent à des taux avantageux, pour lui, entre 2 % et 3 %. Il affirme n’avoir jamais eu besoin d’employer la violence pour récupérer les sommes. À côté de ça, il a monté une affaire de paris sportifs illégaux.

Pennisi gagne de l’argent et en fait gagner à sa famille. Jusqu’à recevoir la récompense suprême. En 2013, il devient « made man », un membre officiel des Lucchese, au cours d’une cérémonie qu’il a racontée aux autorités et par la suite à son public. 

Matthew Madonna, ancien parrain des Lucchese. © Photo DR. Matthew Madonna, ancien parrain des Lucchese. © Photo DR.

« Ils nous ont fait descendre dans un sous-sol […]. Il y avait une table et […] trois chaisesUne partie de l’administration de la famille était là. Matthew Madonna, le patron par intérim, était là. C’est une cérémonie très sérieuse. Sur la table, il y a un pistolet et un couteau, une image de saint et un briquet. Ils vous posent une série de questions. “Serez-vous prêt à tuer pour la famille ?” Et puis votre doigt est piqué, du sang coule sur le saint, dont l’image est ensuite brûlée. »

Sur le coup, la cérémonie se révèle pour Pennisi l’un « des plus grands honneurs » de sa vie. Or le récit de cette cérémonie a précisément été un élément clef dans la condamnation de « Matty », surnom du parrain de l’époque, Matthew Madonna. Fin 2019, Pennisi a dû témoigner contre son ancien boss, regarder dans les yeux celui qui avait présidé sa cérémonie d’introduction, celle dont il était si fier. Sans doute Pennisi a-t-il dû pointer en sa direction lorsqu’il a fallu désigner Madonna devant le jury. « Reconnaissez-vous cet individu devant vous ? »

« Je m’en souviens, confie-t-il à Mediapart, je ne voulais pas aller témoigner. J’étais obligé de le faire », en contrepartie de sa protection gouvernementale. À l’audience, pendant quelques instants, le regard de Pennisi croise celui de Madonna. « Je me suis senti mal parce que je n’ai jamais eu aucun problème avec Madonna. Comme je l’ai déjà dit, je ne souhaite la prison à personne, pas même à un chien. Ce n’était pas une vengeance de ma part. »

Le vieux parrain des Lucchese, au long casier judiciaire, ne marche plus qu’à l’aide d’une canne. Il va sûrement mourir en prison. Pennisi, lui, va de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. De podcast en podcast. Les gens sont friands d’histoires de gangsters. Parfois, il n’a plus envie d’en parler. Il aimerait bien intervenir sur d’autres sujets, « le sport, le business, la gastronomie, le vin », dit-il à Mediapart. Lorsqu’il était en prison, pour homicide, il a commencé à écrire des nouvelles. Sur le 11-Septembre ou l’histoire d’un jeune et de la conduite en état d’ivresse. L’écriture l’intéresse. Mais les gens en redemandent encore, de sa vie d’avant.

Pennisi va également de procès en procès. Il a déjà témoigné à trois reprises contre ses anciens frères. Les Lucchese mais aussi un soldat de la famille Genovese avec qui il avait passé plusieurs mois en détention. Le soldat, un certain Giovinco, s’était un jour présenté à Pennisi. « Que vous a-t-il dit ? », ont interrogé les procureurs dans cet autre procès. « Qu’il était un gentleman », une expression qui désigne un membre de la mafia. Qu’il travaillait en infiltrant les syndicats « dans le secteur de la collecte des déchets ». L’infiltration des syndicats, derniers vestiges des gangsters d’avant Internet…

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Cosa Nostra compterait aujourd’hui encore à New York près de huit cents membres et plusieurs milliers d’associés, selon John Carillo, un agent spécial du FBI. Après les attentats du 11-Septembre, la mafia, affaiblie par des années de défaites judiciaires, a cessé d’être la priorité des fédéraux. Éloignés des projecteurs, les mafiosi ont cependant continué de prospérer. L’année 2019 a été particulièrement marquante à cet égard.

Le 13 mars 2019, Frank Cali, le parrain de la famille Gambino, qui fait l’objet du premier volet de cette série, a été assassiné sur le perron de sa propre porte, faisant craindre une nouvelle explosion de violence.

Le même jour, Joseph Cammarano, le parrain présumé de la famille Bonanno, racontée dans le deuxième volet, jouait sa peau et l’avenir des Bonanno dans une grosse affaire de racket.

Quelques jours plus tôt, le 8 mars 2019, Carmine Persico, le boss emblématique dans les années 80 de la famille Colombo, décrite dans le dernier volet, s’éteignait derrière les barreaux à l’âge de 85 ans.

À l’automne 2019, les ennuis judiciaires de la Cosa Nostra faisaient de nouveau la une des journaux. Le 15 novembre, le boss des Lucchese, la famille au cœur du troisième volet, apprenait sa mise en examen, trahi par l’un de ses soldats. Mediapart a interviewé ce dernier après avoir pris contact avec lui sur Instagram. L’entretien a duré une heure, en visio, pour des questions de sécurité, le soldat en question étant menacé de mort. 

Enfin, au début du mois de décembre 2019, dans le même tribunal du Southern District de New York, les secrets de famille des Genovese éclataient au grand jour. Ils sont racontés dans le quatrième volet de la série.

Aux États-Unis, les dossiers de ces affaires criminelles sont accessibles au public, consultables depuis le greffe des tribunaux. Ceux de Cosa Nostra comptent des milliers et des milliers de pages et de transcriptions diverses : d’audition, de comparution, de plaidoiries, mais aussi des mises sur écoute ou encore des photographies prises lors de surveillance, des rapports du FBI, etc.

J’ai passé un mois et demi à éplucher les dossiers, tous les jours, au greffe. Je devais laisser mon téléphone à l’accueil des tribunaux et parfois même mon ordinateur. Il est possible d’acheter les documents (dix centimes la copie).

Au sein du service presse des procureurs de l’Eastern District de New York, où ont été jugés quelques-unes des récentes affaires de la Cosa Nostra, John Marzulli, est chargé d’orienter les journalistes. Je lui ai souvent parlé. Marzulli a lui-même écrit sur la mafia pour le Daily News, un tabloïd new-yorkais.

Dans l’un de ses derniers articles, Marzulli décrit l’apparence physique de John Gotti, peu avant sa mort des suites d’un cancer, en 2002. Gotti, qui avait porté des costumes à 2000 dollars pièce, est apparu sur ses derniers clichés vêtu d’un simple « tee-shirt gris ». « Sa crinière autrefois épaisse se retire, s’amincit et devient blanche », détaille Marzulli. Comme si le corps de Gotti était devenu avant l’heure une métonymie de la mafia new-yorkaise.