Comment le discret Monsieur Kieber a mis à mal le secret fiscal du Liechtenstein

Heinrich Kieber, simple archiviste d'une banque du Liechtenstein, fait trembler l'Europe: il a dévoilé aux enquêteurs de plusieurs pays les noms des titulaires de comptes de ce paradis fiscal.

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Heinrich Kieber, 42 ans, est un homme discret et solitaire. Un gars simple, amateur de voyages et de mountain bike, comme l'a révélé au magazine allemand Der Spiegel sa maman Maria. C'est pourtant cet homme qui, en monnayant aux services secrets allemands des listings confidentiels d'une banque du Liechtenstein, le Liechtenstein Global Trust (LGT), a fait éclater mi-février un vaste scandale d'évasion fiscale outre-Rhin. Scandale qui dépasse depuis les frontières allemandes et touche également la France.
Heinrich Kieber a grandi entre la Suisse, où vit sa mère et le Liechtenstein, le pays de son père. Dans son parcours, rien de bien remarquable jusqu'en 1996. Cette année-là, Kieber commet son premier méfait. La faute originelle qui va changer son destin. Pour acheter un appartement à Barcelone, Heinrich Kieber signe un chèque sans provisions de 600 000 francs suisses (380.000 euros). L'Espagne lance un mandat d'arrêt international.
La police met du temps à retrouver sa trace. Rentré au Liechtenstein, Kieber est embauché en 1999 chez un prestataire de LGT, la banque de la famille princière de la Principauté.
Deux ans plus tard, la LGT l'emploie comme archiviste. Son travail : vérifier que tous les dossiers de la banque, même les plus confidentiels, sont bien numérisés.
Mais en octobre 2001, l'affaire espagnole le rattrape. Kieber est condamné par un tribunal du Liechtenstein à honorer ses dettes en Espagne. Il fait appel, et retourne numériser ses archives. Las ! En novembre 2002, le jugement est confirmé. Kieber écope même de quatre ans de prison ! Le si discret M. Kieber panique : pour échapper à la prison, le si discret M. Kieber décide de fuir. Avec, dans son baluchon, quatre DVD contenant des informations détaillées sur 4527 fondations domiciliées au Liechtenstein entre 1970 et 2005. Ces fondations (Stiftungen) sont au cœur du secret fiscal de la Principauté, paravents discrets pour les contribuables allemands, français ou américains qui veulent dissimuler aux services fiscaux de leurs pays héritages, plus-values immobilières ou profits plus ou moins illégalement obtenus.
Mais Kieber se lasse de cet exil forcé. Au bout de trois mois, il décide donc de renouer le contact. Et de taper directement au sommet de l'Etat : Kieber envoie au prince héritier Hans-Adam du Liechtenstein une cassette où il menace de diffuser les DVD aux médias internationaux si le prince n'intercède pas en sa faveur. Offensé, Hans Adam refuse. Le Liechtenstein lance un mandat d'arrêt international contre Kieber.