Le «non» des Pays-Bas «attriste» Juncker

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Nouveau désaveu pour Jean-Claude Juncker, qui avait promis à son arrivée à la tête d'une « commission de la dernière chance » de résorber le fossé entre les citoyens et le projet européen. Les Néerlandais qui sont allés aux urnes se sont massivement opposés, mercredi 6 avril, à un accord entre l’UE et l’Ukraine. Et l'abstention est très forte. 

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À peine les premières tendances sorties des urnes connues, Nigel Farage, le patron du mouvement europhobe UKIP en Grande-Bretagne, et partisan fervent du « Brexit », s’est fendu d’un « Hourra » sur Twitter. La consultation organisée mercredi aux Pays-Bas sur l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine (en résumé, un traité de libre-échange) n’avait certes aucun caractère contraignant, à l’inverse du référendum à venir en Grande-Bretagne. Mais la victoire écrasante du « non », à 61,1 %, inflige une nouvelle claque au projet européen, dans l’attente – anxieuse à Bruxelles – du vote britannique du 23 juin.
Ce score écrasant du camp du non, sur un sujet en apparence très technique, n’est pas sans rappeler les 61,5 % rassemblés par le non lors d’un autre référendum sur l’Europe aux Pays-Bas, en 2005. Il s’agissait à l’époque du Traité constitutionnel européen (TCE), qui avait été massivement rejeté, trois jours après le refus français. Mais la participation en 2005 avait été bien plus forte (63 % contre 32,2 %).

« Si les Néerlandais votent non, cela incitera les électeurs britanniques à voter non à leur tour », avait prévenu mercredi Geert Wilders, à la tête du parti d’extrême droite PVV. Cet allié de Marine Le Pen au parlement européen a fait campagne pour le non, tout comme le Parti socialiste d’Emile Roemer (à la gauche des sociaux-démocrates). « Les gens ont voulu dire que l’Ukraine est un pays trop corrompu pour que l’on signe un accord avec lui. Ils ont aussi voulu dire que l’Europe n’est là que pour les élites et les multinationales », a réagi Roemer dans la soirée (lire notre reportage sur Roemer en 2012).

De leur côté, les partis membres de la coalition au pouvoir, la droite du premier ministre Mark Rutte et les sociaux-démocrates du Parti travailliste (PvdA), avaient, eux, fait campagne – mollement – pour le oui. « Si le taux de participation dépasse les 30 %, étant donné la large victoire du camp du non, la ratification de l’accord ne peut pas se poursuivre sans discussion préalable », a reconnu mercredi soir, lors d’une intervention télévisée, le premier ministre néerlandais Rutte. Le taux de participation s’est établi à 32,2 %, un niveau très faible (qui s’explique sans doute en partie par l’extrême technicité du texte en question), mais supérieur à la barre des 30 % à partir de laquelle le résultat d’une consultation populaire est validé. Hasard des calendriers, les Pays-Bas occupent la présidence tournante de l’Union jusqu’à fin juin.

Dans un entretien au site d’info spécialisé EU-Observer, l’universitaire néerlandais Claes de Vreese insiste sur l’extrême variété des motivations qui ont conduit à la victoire du non – ce qui constitue un point commun entre le référendum de 2016 et la consultation sur le TCE de 2005. « Tous les électeurs du non n’ont pas voulu sanctionner le gouvernement en place. Ils ne veulent pas tous fondamentalement sortir de l’UE. Ils ne sont pas tous en désaccord avec la manière dont l’UE gère la crise des réfugiés », assure ce chercheur. « Mais c’est un mélange de tout cela. »