«Offshore leaks»: le rôle des intermédiaires au grand jour

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Au fur et à mesure des révélations faites par la presse, l’ampleur des paradis fiscaux se dévoile. L’évasion fiscale, l’argent caché et blanchi recouvrent une vraie industrie : banques, avocats, notaires, conseillers fiscaux, auditeurs, experts-comptables. Les gouvernements ont-ils la volonté de s’y attaquer ?

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Le scandale des paradis fiscaux est en passe de devenir mondial. Au fur et à mesure que les différents journaux publient une partie de la somme gigantesque de documents (plus de deux millions) rassemblés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), l’ampleur des trous noirs de la finance devient de plus en plus impressionnante. (La quasi-intégralité des articles publiés dans la presse internationale est disponible en anglais sur le site de ICIJ). Pas un pays n’est épargné.

Des noms, de plus en plus de noms émergent. De ceux qui avaient plutôt l’habitude d’apparaître dans les revues sur papier glacé vantant la vie des milliardaires ou de figurer parmi les personnes les plus influentes dans le monde. Du milliardaire Gunter Sachs à Jean-Jacques Augier, ancien trésorier de la campagne de François Hollande, en passant par l’ancien ministre des finances mongol, ou la famille du président d’Azerbaïdjan, la liste semble interminable. On y trouve aussi nombre de personnes riches qui, voulant échapper au fisc, se sont fait voler comme au coin d’un bois par des escrocs leur vantant les mérites des paradis fiscaux, s'évaporant avec l’argent, comme le raconte un des articles du Washington Post. « Plus de 100 000 personnes dans 170 territoires sont concernées », rappelle le Guardian dans la présentation de sa série.

Mais cela n’est qu’un tout petit aspect du problème. Les entreprises, les sociétés financières, les hedge funds et les fonds d’investissement sont les grands utilisateurs des paradis fiscaux. Ils connaissent sur le bout des doigts les méthodes pour échapper à l’impôt, faire circuler l’argent de structure offshore en structure offshore pour le mettre à l’abri des regards. L’opacité et le secret permettent toutes les pratiques inavouables, les détournements, les corruptions qu’officiellement, ils se sont engagés, charte déontologique à l’appui, à bannir.

Le plus grand mérite des révélations de l’ICIJ est de mettre en lumière le rôle des intermédiaires. Banques, avocats, notaires, conseillers fiscaux, auditeurs, experts-comptables, c’est une véritable industrie qui travaille au service des trous noirs de la finance. Tous ces professionnels ont pignon sur rue, entendent afficher une parfaite honorabilité. Mais dans les arrière-cours, ils emploient des escouades de salariés dont la mission est de tricher, truquer, blanchir l’argent sale, inventer les montages les plus sophistiqués pour faire évader l’argent, tout en semblant afficher la plus stricte légalité.

Le Monde a révélé le rôle obscur de certaines filiales de BNP Paribas et du Crédit agricole dans les îles Vierges britanniques et dans les îles Cook, servant de havres pour les entreprises fraudeuses. Sur son site internet, la branche de gestion de fortune de BNP Paribas n’hésite pas à vanter son savoir-faire dans l’instauration de trusts ou de fondations dans les paradis fiscaux. C’est dire le sentiment d’impunité qui règne dans le monde bancaire sur le sujet.

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