A Waukesha, dans le cœur républicain du Wisconsin, les démocrates cultivent l’espoir

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Républicain depuis des décennies, le comté étatsunien de Waukesha, situé dans la banlieue de Milwaukee, pourrait décider de l’issue de l’élection dans l’État stratégique du Wisconsin. Sur place, les démocrates n’ont plus peur de se montrer.

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Waukesha (États-Unis).– Pas toujours facile d’être démocrate dans le comté de Waukesha, dans la banlieue de Milwaukee (Wisconsin). Matt Mareno, président de l’antenne locale du parti, le sait mieux que quiconque. « Nous sommes dans le cœur républicain du Wisconsin. En 2012, nous étions même le comté de plus de 50 000 personnes le plus républicain des États-Unis ! », insiste-t-il.

Pourtant, ce dynamique trentenaire, volontaire au sein des campagnes de Barack Obama, pourrait bien être l’artisan de la défaite de Donald Trump dans le Wisconsin, un État stratégique (« Swing State ») de dix grands électeurs que le milliardaire a remporté d’à peine 23 000 voix en 2016. 

Dans un scrutin qui s’annonce une nouvelle fois serré, Waukesha pourrait faire la différence. À la fois rural à l’ouest et urbain à l’est, ce territoire de 400 000 habitants aux portes de Milwaukee est souvent cité dans la presse comme la clef de l’élection.

Un meeting de Trump en 2016 à Waukesha, dans le Wisconsin. © Spencer Platt/Getty Images North America/AFP Un meeting de Trump en 2016 à Waukesha, dans le Wisconsin. © Spencer Platt/Getty Images North America/AFP

Bien que solidement républicain depuis 1969 – tout comme ses voisins de Washington et Ozaukee, qui forment à eux trois ce que les politologues américains appellent les « WOW counties » (Waukesha, Ozaukee, Washington) –, il montre des signes de tergiversation depuis 2016. Les écarts de voix entre candidats démocrates et républicains se réduisent d’élection en élection. En avril, une juge soutenue par les démocrates est parvenue à se faire élire à la cour suprême du Wisconsin grâce à la mobilisation dans le comté.

« Nous savons que nous n’allons pas gagner le comté le 3 novembre, mais si nous parvenons à franchir les 35 % au lieu de rester dans les 20-30 % habituels, Donald Trump passera une mauvaise soirée dans le Wisconsin », assure Matt Mareno.

Sur la porte du bureau du parti, situé à Waukesha City, le chef-lieu du comté du même nom et berceau de l’inspirateur des guitares Gibson Les Paul, un message indique que toutes les pancartes Biden 2020 ont été écoulées. Même certains conservateurs en demandent !  « Dans le comté de Waukesha, les démocrates étaient un club secret jusqu'à présent. Ce n’est plus le cas, poursuit Matt Mareno. Personnellement, je hais les yard signs [pancartes politiques plantées sur les pelouses – ndlr]. Mais cette année, elles sont utilisées par les démocrates pour faire leur “coming out” politique. Dans un endroit très républicain comme Waukesha, ce n’est pas anodin» 

Dans l’ouest rural du comté, ce sont plutôt les pancartes pro-Trump qui dominent. À Dousman, une commune de 2 300 habitants qui ressemble aux banlieues pavillonnaires des films avec ses maisons proprettes et ses pelouses bien tondues, le soutien pour le président sortant n’a pas faibli en quatre ans. Bien au contraire.

« Je viens d’une famille de militaires et il a beaucoup fait pour les anciens combattants », souligne Annie Akerton, une femme blanche d’une cinquantaine d’années qui se méfiait de Donald Trump en 2016 mais a quand même voté pour lui.

L’un de ses voisins, Robert Waltz, votera de nouveau pour Donald Trump. Lui reproche aux démocrates de soutenir le mouvement antiraciste Black Lives Matter (BLM) et les violences contre les forces de l’ordre qui ont émaillé certaines manifestations, y compris à Milwaukee. « Je ne veux pas que mes enfants vivent dans un pays où la gauche radicale détruit nos villes et nous précipite vers le socialisme, explique-t-il. Il y a beaucoup d'énergie cachée chez les supporters de Donald Trump. La majorité silencieuse gagnera de nouveau en novembre. Sinon, il y aura encore plus de chaos. »

Donald Trump ne ménage pas sa peine pour remporter les banlieues comme Waukesha : les suburbs – nom donné aux États-Unis aux banlieues résidentielles des grandes villes – concentrent près de la moitié de la population américaine.

Il multiplie les appels du pied aux housewives, ces femmes au foyer blanches et aisées qui incarnent la vie de banlieue depuis les années 1950. Il accuse les démocrates de vouloir défigurer ces zones résidentielles en permettant la construction de logements abordables, synonyme, en creux, d’installation de non-Blancs. Surtout, il veut se poser en gardien de la « loi et de l’ordre » alors que les images d’émeutes et de violences contre la police tournent en boucle sur Fox News et dans le reste de la galaxie médiatique trumpiste. 

Terry Dittrich, président du parti républicain du comté de Waukesha, cite plusieurs sondages internes pour assurer que ce discours fonctionne auprès des nombreux indépendants de la région, en particulier les « jeunes femmes » qui ne s’identifient à aucun des deux partis. « Ces femmes trouvent le président agressif, mais veulent que l’ordre soit préservé. Elles ne pensaient pas que des affaires comme Kenosha [ville du Wisconsin où des commerces ont été incendiés après que la police a logé sept balles dans le dos d’un homme noir lors d’une intervention en août – ndlr] pouvaient se produire près de chez elles et ne veulent pas les voir arriver dans leur banlieue. » Kenosha se trouve à une heure au sud de Waukesha.

Le républicain donne aussi pour exemple les agents de police pris à partie par des manifestants de BLM dans la ville de Wauwatosa, une autre banlieue de Milwaukee. « Son soutien à la police n’a fait que le renforcer l’enthousiasme pour le président, confirme Paris Procopis, une des plumes du site conservateur local Wisconsin Conservative Digest. L'enthousiasme est plus fort cette année car les électeurs voient les démocrates devenir de plus en plus extrêmes. »

Pour le moment, presque tous les sondages dans le Wisconsin donnent Joe Biden vainqueur. Une étude d’opinion de Fox News montre même que les électeurs de cet État du Midwest font davantage confiance à l’ancien vice-président sur les questions de réforme de la police.

Matt Mareno estime que le vent électoral est favorable aux démocrates. Même minoritaires à Waukesha, ils ont participé à l’élection du démocrate Tony Evers au siège de gouverneur du Wisconsin en 2018 face au très conservateur Scott Walker et à la réélection de la lesbienne Tammy Baldwin au Sénat.

La sulfureuse présidence Trump n’est pas la seule à être remerciée pour ces bons résultats : comme d’autres banlieues dans le pays, Waukesha vire à gauche en raison de changements démographiques de long terme. Une population jeune et métissée, attirée par la qualité de vie et les prix abordables offerts par les suburbs, s’y installe depuis plusieurs années. « Waukesha City, moins conservatrice que le reste du comté, a une large population hispanique, tandis que l’est du comté, plus près de Milwaukee, attire plus de jeunes et d’individus hautement diplômés en raison de l’expansion du centre médical local », explique Matt Mareno. 

Une diversité que l’on retrouve au marché fermier de Waukesha City, où démocrates et républicains parviennent tout de même à s’accorder sur la qualité des fruits et légumes.

Reflet d’un pays de plus en plus polarisé, personne ici n’a changé de camp depuis 2016, si ce n’est Don Casey, un vendeur de petites statuettes de jardin qui vit à Waukesha City depuis trente-cinq ans. Ce commerçant généreux sur les rabais l’est moins quand il parle de Donald Trump. « C’est un enfant. Je ne suis d’accord avec rien de ce qu’il fait », s’exclame-t-il. En 2016, déçu par les deux candidats, il a inscrit le « nom d’un gars qui vivait au coin de la rue » sur son bulletin de vote. En novembre, il votera Joe Biden. « Je suis plutôt conservateur, mais je n’ai plus envie d'être énervé par mon président tous les jours. »

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